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XLV. Levée du siège

Pendant ce temps, les confédérés se montraient en troupes nombreuses dans toutes les provinces, aûn d'empêcher les Russes d'aller renforcer les assiégeants. Ceux qui, depuis le commencement des troubles, se maintenaient aux environs de Varsovie, sans être trahis ni découverts, toujours prompts à se séparer et à se rassembler, se montraient alors chaque jour à tous les débouchés des bois qui avoisinaient

cette capitale. Zaremba rassembla ses troupes, et menaça une seconde fois la capitale de la grande Pologne. Le partisan que Pulaski avait envoyé en Lithuanie, parvenu dans cette province par un immense détour, s'avança avec une troupe d'élite sur les frontières mêmes de Russie; d'autres partis qui avaient attendu les gelées pour traverser les rivières, passèrent subitement dans cette même province, si importante pour la communication de la cour de Russie avec ses armées, et ils y attaquèrent les troupes du roi qui couvraient cette province. D'autres se jetèrent sur Krakovie, s'y emparèrent d'un faubourg, y tuèrent deux cents Russes et y restèrent quelques semaines. Drewitz reçut enfin l'ordre de lever le siège, et abandonna autour de Czenstochowa douze cents morts au milieu des neiges.

Ia délivrance de cette forteresse parut au peuple un miracle ; les pluies et les gelées alternatives de l'hiver furent regardées comme autant de prodiges. Une foule extraordinaire de pèlerins vint en dévotion ; et on ne douta plus de la protection du ciel pour toute la suite de la guerre.

XtiVI. Les confédérés se fortifient dans plusieurs postes .

importants.

Jamais la confédération ne s'est montrée plus redoutable que dans cet hiver de 1770 à 1771. Elle achetait, en Silésie et en Hongrie, des fusils et des canons, en déterrait dans les châteaux de Pologne, faisait fondre des boulets , recrutait des déserteurs impériaux et prussiens, envoyait trois cents hommes vers la frontière de Hongrie, trois cents autres sur celles du duché de Cieszyn, interceptait autour de Varsovie les communications et les correspondances, s'emparait de salines de Wieliczka, fortifiait les châteaux de Ro~

brek et de koscian, les places de Tynice et de LançkoroDa. Cette dernière forteresse, placée à la tête des monts Karpathes, domine la plaine du palatinat de Krakovie. Le général russe Suwaroff ne tarda point d'y attaquer les confédérés ; ils le repoussèrent. Leurs positions étaient avantageuses, leurs troupes aguerries, leurs généraux formés par l'expérience des revers et des victoires. Animés par ces derniers succès, ils ne prévoyaient pas que ces succès mêmes, plus dangereux que leurs défaites, amèneraient plus vite le désastre de la république. Mais déjà ce spectacle de la valeur renaissante des Polonais avait fixé l'attention des cours voisines, et suggéré la pensée d'en arrêter bientôt l'essor. Les destinées de la Pologne s'agitaient à Vienne et à Berlin autant qu'à Pétersbourg ; et la Russie, perdant l'espoir de l'asservir tout entière, consentait à la partager.

Nous sommes obligés de suspendre le récit des glorieux succès des confédérés, pour nous engager dans les détours de la conspiration de ces trois puissances , qui après avoir depuis 1769 essuyé les contradictions, les embarras, les variations inévitables dans une grande complication d'intrigues, finit en 1772 par démembrer la Pologne, sans détruire le germe des troubles que l'on voulait surtout y laisser subsister. Nous avons déjà prévenu les lecteurs de cette nécessité où nous sommes de les transporter d'une époque à l'autre, d'anticiper ou de revenir sur les faits, pour les placer dans le jour le plus propre à en faire connaître les causes et les suites; et nous allons remonter à des * temps que nos précédents récits ont dépassés.

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