VI. Entretiens publics
Les entretiens publics donnèrent beaucoup à penser; moins encore peut-être par les matières qu'on traita, que par le ton que chaque souverain semblait affecter de prendre : on parla surtout de la guerre de sept ans. « Je ne dois pas, disait l'empereur, manquer cette occasion de m'instruire sur les plans des campagnes et des négociations dont je n'ai pu connaître que les résultats. » Mais Frédéric dit et répéta qu'il n'avait jamais eu de plans, ni de guerre, ni de politique, et que les événements seuls lui avaient suggéré chacune de ses résolutions ; soit qu'il se flattât de persuader à l'empereur une chose si peu vraisemblable, soit qu'il voulut par là écarter tout ce qui aurait pu le conduire à des développements, qu'il était soigneux d'éviter. L'empereur semblait se composer pour écouter gravement les questions savantes et préparées que lui faisait le roi, et pour n'avoir pas l'air de remarquer un ton amer, répandu souvent dans ses propos, ton que dans la suite Joseph appelait un persifflage. Ce fut peut-être pour s'en venger qu'il adressa au prince Henri, frère du roi, des mots très-flatteurs, dans lesquels on pouvait trouver l'intention de nourrir le mécontentement de l'un, et de fomenter dans l'autre une jalousie peu digne d'un grand homme, mais qui était trop publiquement connue. Les observations qu'on lit à ce sujet furent justifiées l'année suivante, lorsque Frédéric éloigua sou frère de la conférence de Neustadt.
Cette affectation de l'empereur vis-à-vis du prince Henri n'échappa point au roi, qui y répondit sur le même ton à l'égard de Lascy et Lawdon. Le premier jouissait de toute la faveur de Joseph ; Frédéric ne lui adressa que quelques