‹ Révolutions de PologneChapitre 22 sur 282 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

forma à Brzesç, de la manière la plus solennelle, en présence du palatin de la province et des principaux officiers du palatinat. François s'était procuré des connaissances exactes sur les dispositions des gentilshommes les plus distingués. Il écrivit au jeune prince Sapiéha, dans le château de Bialystok. Il lui manda : - Que la voix publique le lui avait annoncé comme un bon citoyen, et que le temps était venu de prouver ses sentiments. »

Sapiéha, conduit par sa jeune épouse, et cette lettre à la main, alla trouver le grand-général, qui, dans un transport mêlé de douleur et de joie, le serra dans ses bras ; regretta, en versant des pleurs, que le poids de ses longues aimées lui ravît à lui-même l'honneur de délivrer son pays ; se félicita de ce que du moins les deux seuls héritiers de sa fortune étaient dignes, par leurs sentiments, du choix qu'il avait fait d'eux : et il acheva ainsi de déterminer ce jeune prince. Mais Sapiéha n'avait eu jusqu'alors aucune occasion de se faire^connaître. Tout ce qu'on présumait de lui, était dû au soin perpétuel que prenait sa jeune épouse de l'annoncer et de le faire valoir. Il ne manquait ni de résolution, ni de courage. Ses sentiments ne le rendaient point indigne de son nom ; mais élevé dans la mollesse, dès qu'il fut abandonné à son propre caractère, il se trouva au-dessous du rôle qu'il avait entrepris. L'auteur de cette histoire s'entretenant, quelques années après, avec Sapiéha lui-même, des combats qui suivirent, reconnut avec le dernier étonnement, que ce qui avait le plus frappé ce jeune prince, était « que les Russes étaient venus l'attaquer, dès la pointe du jour, et toute la terre étant encore couverte d'une rosée fraîche. » Telle était l'horrible mollesse dans laquelle avait été élevée presque toute Ja génération actuelle des grands seigneurs polonais. En un mot, le grand-général Branicki eut bientôt regret à un choix que lui-même avait cru devoir favoriser.

Sapiéha s'étant renda sur ses terres, François Pulaski lui envoya cent vingt hommes tout armés et tout équipés, pour être entièrement à ses ordres. Sapiéha y joignit trente gentilshommes qui lui étaient attachés, et cinquante hussards qu'il avait à sa solde. Sous cet appui, la noblesse d'un district voisin s'étant assemblée, il en fut élu maréchal.

Les Russes accoururent de toutes parts en Lithuanic. Une première troupe de mille hommes vint attaquer Kasimir dans le poste qu'il avait choisi, en avant de la vilte de Brzesç. Son frère eut le temps de l'y joindre. Mais celui-ci, dont l'habileté conduisait toutes les négociations, laissait entièrement à Kasimir le commandement militaire, et obéissait modestement dans un combat à tous les ordres qu'il en recevait. Kasimir força les ennemis d'abandonner le champ de bataille, après leur avoir tué deux cents hommes. II poursuivit le gros de leur troupe, les atteiguit dans une petite plaine environnée de bois, et leur montrant par des trouées beaucoup de têtes de troupes et plus de monde qu'il n'en avait, il les somma de mettre bas les armes. Ils s'engagèrent à ne plus servir contre les confédérés, et à retourner en Russie par le plus court chemin.

Le bruit de cette victoire, en promettant un appui aux Lithuaniens, les encouragea à former les confédérations particulières de tous les districts. La troupe des Pulaski, grossie de toutes celles des confédérations, forma bientôt une petite armée. On marcha vers Slonim, dans l'intention de pénétrer jusque dans la capitale de la Lithuanie , afin d'y former la confédération générale de tout le grand-duché. Mais un corps nombreux de Russes arriva près de Slonim, aussitôt que les Polonais. Ce même détachement qui avait capitulé, violant toute foi publique , s'était joint à d'autres détachements, et ils venaient ensemble fermer ce passage aux confédérés.

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