‹ Révolutions de PologneChapitre 23 sur 282 · LIV.BB X · texte numérisé non relu

LIV.BB X

Pulaski plaçn ses troupes outre des marais, des rivières et des bois. Les Russes parurent à la pointe du jour. Les Polonais connaissaient tous les gués ; et présentant au delà des marais leur cavalerie tatare qui se replia à l'approche de la cavalerie russe, celle-ci la suivit avec vivacité , tomba dans le marais , et la plupart y périrent.

Kasimir voulait aussitôt attaquer l'infanterie, et ensuite marcher rapidement aux différents corps qui accouraient dans cette province, pour les attaquer avant qu'ils eussent pu se réunir. Mais tous les autres chefs lui représentèrent : « Qu'il fallait suivre le plan général secrètement adopté dans toutes les provinces , attendre que l'approche de la grande-armée turque eut forcé les Russes de quitter les postes qu'ils occupaient , et d'en retirer leurs détachements, pour couvrir leurs propres frontières ; qu'on devait jusquelà s'occuper uniquement à former les confédérations, ne rassembler de forces que pour protéger et assurer les assemblées où la noblesse nommait ses députés , et se disperser ensuite ; que l'excellence de l'infanterie russe contre des troupes peu aguerries rendait le sort des combats encore trop incertain, pour y exposer la destinée de toute la république , et qu'il ne fallait les risquer qu'aux dernières extrémités ».

On se détourna donc, pour s'enfoncer vers le nord de la Lithuanie ; mais les Russes, renforcés de tous leurs détachements, prirent aussitôt la même route. Cette infatigable infanterie, suivant sans relâche la cavalerie lithuanienne, appesantie par la quantité d'équipages que le manque d'asile obligeait de traîner après soi , il y avait chaque jour quelque nouvel engagement; et quoique Kasimir se fit joindre par les troupes domestiques de tous les châteaux où il passait , et qu'il eût à ses ordres près de quatre mille hommes, il reconnut bientôt que ces troupes en effet

étaient trop peu aguerries. 11 regardait comme un bonheur d'échapper par ses manœuvres à cette poursuite obstinée de trois mille Russes , et de les arrêter à propos , en ne présentant au combat que ses meilleures troupes. On parvint dans les bois d'Augustowo, non loin des frontières de Prusse , par des routes si détournées , qu'on échappa entièrement à cette poursuite; et les Lithuaniens y procédèrent tranquillement aux élections qu'ils avaient à faire.

Cependant ceux qui avaient tâché de rendre les Pulaski suspects, et empêché Radzivill de leur confier ses troupes, voulurent proûter de ce mouvement général excité en Lithuanie, et donner à un homme plus dépendant et plus soumis l'honneur du succès. Ils mandèrent à Radzivill de confier ses troupes à Bierzynski , ce faux enthousiaste que nous avons déjà fait connaître, et que les partisans de la maison de Saxe voulaient rendre le chef suprême des confédérations. Celui-ci accourut, se présenta en force devant le château que Radzivill occupait. Le prince, feignant d'être abandonné par ses troupes, lui livra six cents hommes déjà un peu exercés, six pièces de canon et quelques chariots de munitions. Radzivill craignit toutefois d'être soupçonné par les Russes de cette collusion, et d'être enlevé pour la Sibérie.

Il partit aussitôt par les routes les plus détournées, gagna la frontière, et se rendit en droiture à Cieszyn , où se tenait, sans aucun secours d'aucune puissance , le conseil-général des confédérations. Ce conseil était composé de citoyens nés la plupart dans l'opulence, mais dont les terres avaient été ruinées en vengeance de la résolution qu'ils avaient prise. Radzivill y lit parvenir ce qui lui restait des trésors amassés par ses ancêtres , consacra à secourir ces généreux citoyens toutes ces richesses accumulées pendant tant de siècles. Toujours conduit par les intentions les plus droites.

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