‹ Révolutions de PologneChapitre 224 sur 282 · LIVRE XIII. 37.V · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. 37.V

sa demande, dans des occasions rar.es, quand il craiguait de prendre sur lui l'événement d'une résolution importante. On attribuait cet isolement à son insociable orgueil, à la constante frivolité de ses occupations, à l'excessive indulgence de Marie-Thérèse; et quelques-uns l'attribuaient à l'ascendant que sa vertu, ses heureuses qualités et son génie lui avaient donné sur sa souveraine. Mais il tenait à d'autres causes et plus secrètes et plus intimes ; à la nature même des affaires, au genre de cette politique toujours lente, toujours subtile toujours conduite par de sourdes intrigues. Comment^ en effet, eût-il exposé assidûment sous les yeux à la discussion d'une assemblée, quelque peu nombreuse qu'elle fût, de tels projets et de telles espérances? Il s'y attachait d'autant plus qu'ils étaient un sûr appui de sa grandeur, et que cet isolement accroissait son orgueil, favorisait sa nonchalance, et forçait chaque jour Marie-Thérèse à de plus grandes indulgences. Ce n'était plus le chef du conseil , c'était le maître du gouvernement ; seul dépositaire de ses propres desseins, seul dans la confiance de sa souveraine, et que chaque jour, chaque événement, chaque projet rendait toujours plus nécessaire.

11 avait au contraire fait créer pour l'administration intérieure, dont il regardait les soins assidus comme au-dessous de son génie, un conseil permanent qui manquait avant lui à cette monarchie , et qui, depuis sa première convocation, s'assemblait régulièrement en présence de l'impératrice ; mais il daignait rarement y assister, content de tenir dans sa dépendance tous ceux, qui le composaient.

Cette longue et entière confiance d une princesse si justement respectée, souveraine de tant de nations et mère de tant de souverains, répandait sur lui seul tout ce grand éclat qui l'environnait elle-même ; et Marie-Thérèse était bien loin cependant d'avoir fermé les yeux sur les défauts

de son ministre. Elle répondait quelquefois aux plaintes des plus grands seigneurs de sa monarchie, que la plus singulière preuve d'affection qu'elle eût donnée à ses peuples, était d'avoir pu elle- même s'accommoder d'un pareil homme ; mais l'importance des services qu'il lui avait rendus, et ceux qu'il lui promettait encore, l'engageaient à faire grâce à tous ces travers dont une oisive et longue jeunesse avait enraciné en lui l'invincible habitude. Elle l'exemptait seul des règles sévères que sa piété avait imposées à toute sa cour; elle descendait jusqu'au soin de ménager son extravagant orgueil ; elle cherchait à s'en justifier en secret auprès des ambassadeurs étrangers, dont l'estime lui était chère , et daigna même plus d'une fois les solliciter d'avoir aussi pour lui cette indulgence dont elle donnait l'exemple. Toute sa coùr se faisant un devoir de l'imiter, ce qui était dans la souveraine indulgence et bonté devenait dans les autres égards timides, ménagement presque servile et voisin de l'abaissement; et cette complaisance universelle prenait ainsi tous les dehors de la considération et du respect.

Les ambassadeurs et les ministres étrangers se ployaient à cet exemple général. Le rang de la cour impériale sur tous les autres États de l'Europe ajoutait encore à leur circonspection. Le plus grand nombre honorait véritablement en lui l'auteur d'une des plus grandes révolutions dont nous ayons été témoins ; car aux yeux de cet innombrable essaim de négociateurs dont fourmillent toutes les cours de l'Europe, de si heureuses intrigues passaient pour le chefd'œuvre de la politique, et Kaunitz pour le modèle du parfait négociateur.

Lui, cependant, jusque dans ses plus futiles occupations, toujours grave, indolent et réfléchi, compassé dans ses démarches, concerté dans ses paroles, inabordable dans la

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