LIVRE XIV
Strawinski, à la tête de l'arrière-garde, était à l'entrée du bois de Bielany, rendez-vous commun des trois troupes ; Lukaski, l'un des principaux conjurés, y avait aussi conduit l'avant-garde. Attaqué par des kosaks, Strawinski tue leur chef, et se fait jour à traveis ceux qu'il blesse et qu'il renverse. Lukaski tombe percé de coups; et les kosaks le laissent pour mort après l'avoir dépouillé. Strawinski le retrouve, l'emporte sur son cheval, le remet à un chirurgien, se met à la recherche de la troisième troupe, et apprend vers le milieu de la journée que le roi est rentré à Varsovie. Pulaski reçoit la même nouvelle, lorsque, revenant des lieux où il a occupé les Russes durant les jours précédents , il croit se réunir aux conjurés et à Poniatowski sur la route, de Czenstochowa.
On déclara dans Varsovie que cette entreprise était un régicide ; et Poniatowski ne négligea rien pour accréditer cette opinion , quoiqu'il sût mieux qu'un autre que les conjurés avaient eu le temps et les moyens de l'assassiner ; qu'il ne devait sa délivrance qu'à leur résolution de n'en rien faire ; et qu'enfin, tous leurs efforts tendaient à l'entraîtraîner à Czenstochowa. Il avait dit même , au moment de sa rentrée dans la capitale, qu'il regrettait de n'avoir pas été conduit dans cette forteresse , parce qu'il y aurait harangué et converti les confédérés , et que ce triomphe de son éloquence eût été le plus bel événement de son règne.
XXI II. Les confédérés accusés d'assassinat. — Lukaski
décapité.
11 convenait aux cours étrangères d'accuser les confédérés d'un assassinat. Marie-Thérèse et Frédéric écrivirent à Poniatowski pour le féliciter d'avoir échappé aux poignards.
RÉVOI.. DK POLOGNE. — T. III. 37
L'Europe presque entière en conçut la même idée ; et quelques hommes éclairés furent assez peu attentifs pour l'adopter, ou assez injustes pour la répandre.
Pulaski, invectivé jusque dans les chaires, pouvait se défendre par un récit Adèle ; il publia un manifeste où il déclarait qu'il n'avait pris aucune part à cette conspiration. On commença des poursuites judiciaires ; mais Kosinski s'obstinant à nier le projet de régicide , elles furent interrompues. Lorsqu'on les reprit , plusieurs mois après , on ne voulut entendre aucun plaidoyer tendant à prouver qu'il n'avait point existé de conspiration contre la vie du monarque. Lukaski , qui n'avait pas d'autre moyen de se défendre , fut décapité, ainsi qu'un autre conjuré. Les contumaces, y compris Pulaski , furent condamnés à la même peine.