LIVRE X* i
Quelques-uns cependant avaient répondu à ces conseils : * Que \e temps de la prudence était passé; que s'ils posaient les armes , ils ne sauraient plus que devenir ; et qu'ils manqueraient d'asile; que de retourner dans leurs maisons, c'était se livrer aux mains de leurs ennemis, ou plutôt aux mains des bourreaux ; en un mot, qu'il n'y avait plus de salut pour eux que dans la guerre ». Mais les Russes, dans toute rétendue de la Pologne, étant maîtres des forteresses, des châteaux et des villes , et ayant défendu à tout gentilhomme de donner refuge aux confédérés, sous peine d'emprisonnement et du saccagement de ses terres, ceux qui se soutenaient encore avaient hiverné au fond des bois. Les habitations qu'ils s étaient faites daus les endroits les plus inaccessibles des forêts ressemblaient à des hameaux de sauvages ; et quelques-unes de leurs troupes, se liant avec trop de sécurité à la difficulté de découvrir leur asile, et à celle d'y pénétrer, y furent surprises et égorgées.
1IL. Situation des frères Pulaski. — » Le plus jeune est fait
prisonnier.
Les seuls Pulaski avaient passé l'hiver dans une situation moins déplorable. Ces trois jeunes confédérés, à la tête de huit cents hommes, s'étaient maintenus dans deux postes avantageux sur la rive polonaise du Dniester. Ils comptaient faciliter, par la position qu'ils avaient prise, le passage du fleuve aux armées turque et tatare , quand elles marcheraient à la délivrance de la Pologne. Ils avaient, sur l'invitation du séraskier tatare, qui avait commandé en Moldavie au commencement de l'hiver, amassé des magasins considérables pour la subsistance des troupes alliées. Mais dans les premiers jours du printemps, les Russes, malgré la
faiblesse où était encore leur grande-armée, reçurentordre de
6 BÉVOLUTIQNS DE POLOGNE.
prévenir les ennemis. Ils s'avancèrent par toutes les routes à la fois, et formèrent d'abord un cordon, à quelques milles du Dniester. Le plus jeune des Pulaski, âgé de dix-sept ans, tomba entre leurs mains. 11 fut envoyé prisonnier à Kasan ; et telle est l'influence de la fortune sur la durée des empires, que bientôt après il contribua au salut de cette ville, et par là au salut de (l'empire russe, lorsque le soulèvement des paysans armés de toutes parts contre la noblesse, lit éprouver aux provinces intérieures delà Russie des calamités qui la menaçaient de son entière ruine. Six mille Russes s'approchèrent ensuite des deux postes que les deux autres Pulaski occupaient encore.