XXI. Nouvelle entrée des Russes en Moldavie
Cependant le plan concerté s'exécutait. L'armée du grand-visir, partie pour Bcnder le 26 juin 1769, avait établi le camp impérial près decette ville. Les deux détachements destinés à entrer en Russie sous les ordres dukan, et l'autre en Pologne sous 1rs ordres d'un scraskier> avaient pris leurs
différentes routes, quand une seconde entrée des Russes en .Moldavie déconcerta toutes ces mesures. Le général russe avait reçu de Pétersbourg l'ordre de s'emparer de Chocim à quelque prix que ce fût. Cet ordre connu de toute son armée, y avait répandu la dernière consternation On obéissait avec terreur, mais on obéissait sans délai, sans représentations et sans murmures.
Il est triste pour un historien dTarrêrer les regards de ses lecteurs sur les détails d'une pareille campagne; et sans l'importance des événements qui ont suivi, il suffirait de faire connaître ce qu'ont pensé de toute cette guerre quelques officiers exprimentés, envoyés à l'armée russe par leurs différents souverains. Vingt mille hommes bien conduits auraient pu, selon eux, dissiper cet innombrable attroupement des Turks, s'avancer sans obstacle au travers des provinces ottomanes jusqu'au milieu de Constantinople ; mais, d'un autre côté, trente mille Turks aguerris, disciplinés, munis d'une bonne artillerie et conduits par un chef habile, auraient également suffi pour terminer en peu de mois cette longue querelle, et pénétrer jusqua la capitale de l'empire russe. Toutefois, les vicissitudes de cette campagne, et les alternatives de fautes et de revers mutuels, ont tellement influé sur l'événement général de cette guerre et sur la destinée présente et future d'un grand nombre de nations, que nous sommes obligés d'entrer ici dans quelques détails.
L'armée russe montait alors à trente mille hommes. L'arrivée de quelques officiers étrangers en augmentait véritablement la force. Il y était venu de Sibérie le lieutenant- général Rennekampf, qui se rendit bientôt remarquable par sa fermeté, ses connaissances militaires et la justesse de son coup-d'œil. C'était un Livonien qui avait servi sous Munich et suivi en France Lôwendal ; mais quand les Russes s'allièrent aux ennemis de la France, il fut rappelé, et, soit faveur,