‹ Révolutions de PologneChapitre 51 sur 282 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

suivre les bords du fleuve et de passer vers Bender par la Pologne; mais trente-cinq seulement y parvinrent, le reste périt.

Pendant ce temps, le camp des Turks était en proie à de violents murmures, voisins de la sédition. Les uns rejetaient ce malheur sur l'injustice de la guerre, d'autres sur les brigandages qu'on avait commis pendant toute cette campagne. Presque tous les pachas, jaloux de l'avancement subit de Moldavandji, encourageaient le mécontentement des soldats, l'accusaient d'avoir sacrifié v olontairement l'élite des troupes, et disaient hautement que l'époque marquée par les anciens usages pour la fin de l'année militaire aurait dû être avancée daus ces climats rigoureux.

Dès que le jour fut devenu plus grand, les batteries russes commencèrent à faire feu ; et dans le désordre où était l'armée ottomane, les batteries turques, dressées sur le rivage opposé, et celles de la forteresse, ne répondirent point. Quelques boulets ayant porté dans les tentes, les Turks levèrent leur camp afin de le reculer derrière la v ille. Mais ce mouvement tumultueux dev int le sigual d'uue défection générale. Toute cette armée, animée à la désertion par ses pachas, se dispersa tout entière. Tous reprirent en foule le chemin du Danube. L'autorité du visir méconnue ne put arrêter cette déroute volontaire. Lui-même fut entraîné. La garnison de Cbocim suivit l'armée. Le gouverneur, abaudonné des troupes, prit, avant de sortir, la bizarre précaution d'apposer le sceau impérial sur tous les magasins, et suivit sa garnison.

Les Tatars pillèrent quelques tentes qui demeuraient désertes et la forteresse qui restait vide. Quelques-uns d'entre eux s'occupaient de sauver les malades, et prirent seuls le soin charitable de les emmener.

Les confédérés, si près de rentrer eu triomphe dans leur patrie, s'éloignèrent les derniers du rivage; et celte petite

troupe lit l'arrière-garde de celte innombrable multitude de Tatars et de Turks. Ces généreux citoyens, qui avaient jusque-là éprouvé tant de fatigues , de périls et de désastres avec un courage inébranlable^ commencèrent de ce jour seulement à sentir leur infortune.

Le grand-visir envoya ordre au camp impérial d'y retenir les troupes. Mais elles ne connaissaient plus aucun ordre ; et dans la détresse où était cet autre camp , les pacbas qui y commandaient virent avec joie la désobéissance des soldats.

Moldavandji , réduit à sa propre garde, ne s'occupa plus que de sauver l'artillerie, s'arrêtant partout pour l'attendre, voulant qu'elle passât le Danube avant lui, ne perdant point courage, et attribuaut ce revers aux fausses mesures prises par son prédécesseur, et surtout à la destinée, ressource ordinaire des Turks dans leurs fautes et leurs malheurs.

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