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de toute la noblesse polonaise, étaient un beau voile dont elle couvrait avec assez d'adresse tout ce vain manège de son ambition personnelle; et les confédérés ne servaient réellement en Saxe que de prétexte aux intrigues de cette petite cour. C'est dans cette vue que rélectrice douairière sacrifiait au soutien de ses amis dans les confédérations tout ce que ses profusions de tous les genres lui laissaient de son modique revenu. Son importunité arracbait quelquefois pour eux de légers secours à son fils; et avec ces faibles moyens elle continua toujours d'entretenir parmi les confédérés les dangereuses intrigues que nous avons développées. Elle voulait, pour déterminer son fils et vaincre ses scrupules , que dès lors on déclarât le trône vacant. Tous ceux qui s'opposaient à cette démarche précipitée lui paraissaient autant d'ennemis déclarés ou secrets. Tout ce qui ne répondait pas à son impatience lui paraissait une trahison ; et dès qu'elle eut su combien le comte Potocki s'était attiré de considération parmi les Turks, elle se pressa d'envoyer en Turquie des émissaires chargés de présents pour seconder en apparence ce chef de confédérés, mais dont la commission secrète était de détruire ce Polonais dans l'esprit du ministre et des généraux ottomans.
Les confédérés, abandonnés de l'univers entier, et plutôt trahis que secourus par la seule puissance que l'opinion de toute l'Europe regardait comme leur soutien , ne se découragèrent cependant point, malgré leur détresse et leur deuil ment presque total de tout moyen de résistance.
Ce fut dans les premiers jours de novembre que la plupart des maréchaux , conseillers et autre députés des confédérations particulières , se trouvèrent réunis à Biala sur les frontières de la Silésie. Biala ou Bilitz (ce sont deux noms de la même ville), est la capitale d'un duché héréditaire
dans la maison de Sulkowski ; et une moitié est sur le
territoire polonais et l'antre moitié sur le territoire de la hante Silésie. Cette séparation est marquée par une rivière qui coupe également la ville en deux parties. Elles appartiennent au même seigneur ; mais l'une est sous la domination de l'Autriche , et l'autre sous la domination polonaise. Cette position parut favorable pour une assemblée qui ne pouvait, suivant toutes les anciennes lois, exercer d'autorité qu'autant qu'elle rendrait ses décrets sur le territoire polonais, et qui toutefois dans les périls dont elle était menacée , n'avait encore d'autre moyen de s'en garantir que de se réfugier, s'il le fallait, sur un territoire dont ses ennemis respecteraient la neutralité.
Les députés des deux Polognes et ceux de la Prusse polonaise proclamèrent solennellement pour maréchal-général du royaume le comte Krasinski, et pour régimentaire^gé* néral le comte Potocki. L'acte en fut dressé authentiquement en présence d'une assemblée nombreuse; et il fut revêtu de toutes les formes exigées par les anciennes lois pour en établir la validité. Ceux des maréchaux qui n'avaient pu se rendre à Biala avaient envoyé leurs voix par écrit.
La confédération du grand-duché de Lithuanie, dont les députés et les chefs étaient présents, se réunit aussitôt à celle de la Pologne par un acte solennel.
Le comte Pac , maréchal de Lithuanie, fut nommé substitut des deux autres chefs, jusqu'à leur retour de Turquie ; et on forma sous son autorité un conseil suprême chargé du pouvoir souverain dans toute l'étendue de la république. Cet acte fut aussitôt répandu et promulgué dans tout le royaume. Tous les camps épars des confédérés célébrèrent cette publication par des fêtes militaires. Dans les villes mêmes occupées par les Russes , le peuple se livra aux démonstrations de sa joie ; mais surtout à Poznan , la seule
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capitale que les confédérés occupassent eucore, on donna à cette occasion des fêtes aussi éclatantes que les circonstances le permettaient. On opposa ces réjouissances à celles que les Russes célébraient partout pour leurs faciles conquêtes.
Il avait fallu attirer du fond de la Lithuanie et des provinces les plus reculées , aux dépens du sang de plus de vingt mille gentilshommes , à travers mille périls , non-seulement ceux de la mort , mais ceux de la captivité et des tortures, à travers mille pièges multipliés, malgré les trahisons, et les défiances non moins funestes peut-être que les trahisons, cette nombreuse assemblée de la noblesse des cent soixante-dix-neuf districts d'un vaste royaume; réunion nécessaire pour former cette confédération générale, à qui toutes les anciennes lois donnaient désormais dans la république l'autorité souveraine. Les événements qui avaient terminé la campagne , firent renoncer dès lors au système de soutenir les efforts des confédérés, de réprimer leur zèle, d'attendre les troupes auxiliaires des Turks et des Tatars, d'attendre même que les Russes, rappelés pour la défense de leurs propres foyers , eussent évacué sans coup férir les provinces polonaises. Tant de prudence céda à de plus généreux desseins, ou plutôt à la nécessité. On résolut au contraire d'encourager les efforts de ceux qui avaient combattu jusqu'à présent, de réunir leurs troupes qui étaient actuellement éparses dans les forêts , dans de petites îjes, ou réfugiées sur les montagnes qui séparent la Hongrie de la Pologne , de chercher d'abord à conquérir la province voisine de la frontière où se rassemblait la confédération générale, de se former sous la protection de ces troupes , un arrondissement qui pût les nourrir et servir a les recruter. On résolut enfin d'établir en Pologne le siège d'une véritable guerre; et loin de désespérer de la patrie, un des premiers soins de la confédération générale fut de consulter les meil-
leurs esprits de l'Europe, pour savoir quelle forme de gouvernement les Polonais devaient donner à leur république après sa délivrance.
11 est beau , il est consolant pour des citoyens , pour des hommes, de voir comment un peuple sans lois, sans union, sans gouvernement, amolli par le luxe, endormi par l'oisiveté, et qui dans son engourdissement paraissait mort aux grandes choses, s'est éveillé, s'est animé, au péril d'une oppression presque inévitable, s'est enflammé d'indignation, de courage ; et seul , dénué de tout , abandonné pour ainsi dire de la terre et du ciel, a retrouvé en lui-même une force et des vertus qui rétonnaient , et repoussé avec d'héroïques efforts un joug de fer imposé par des mains étrangères. Ce qui nous reste à raconter n'est plus que le jeu delà fortune, l'œuvre de là puissance, une image de ce qui s'est passé dans tous les temps ; mais si les causes de cette guerre , son origine et ses premiers détails sont des faits rares , précieux, remarquables, honteux à la tyrannie, honorables à l'humanité , dignes enfin d'entrer dans le dépôt sacré de l'histoire, les événements qui vont suivre , quoique d'un genre bien différent , ne sont pas entièrement indignes d'être conservés, dans la mémoire des hommes (1).