‹ Révolutions de PologneChapitre 62 sur 282 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

ï. Projet de faire soulever la Grèce.

Le projet de faire soulever toute la Grèce contre les Turks , de soutenir par une armée et une flotte russe ce soulèvement général , de transporter à Constantinople le trône des tzars , et de réunir à l'immense étendue de la Russie les plus belles provinces de l'ancien empire d'Orient, est communément attribué à Pierre 1 er . Ce prince ressemble en quelque sorte à l'Hercule de la Fable. C'est à lui seul qu'on donne tout ce qui s'est fait ou projeté de mémorable dans son empire pendant tout un siècle. Mais ceux qui croient l'honorer en faisant remonter ce dessein jusqu'à lui ne fout pas attention que, pendant la durée de son règne, il n'y a pas eu un seul instant où il ait pu raisonnablement le concevoir. Une formidable ligue dans laquelle il se trouvait engagé à sou avènement au trône attaquait alors de toutes parts les Turks fatigués par leurs précédentes victoires, et par les sanglantes séditions de leurs armées. Et cependant à cette époque , à peine parvint-il à conquérir une ville au fond d'un golfe de la mer Noire. C'est là , il est vrai , le plus faible côté de l'empire ottoman ; c'est par cette mer qu'il aurait pu menacer et faire trembler Cojistantinople. Mais ni la force de ses armes, ni l'adresse

de ses Négociations ne purent lui ouvrir la sortie de ce golfe. Dans une seconde guerre il perdit en une seule campague , et par une paix ignominieuse , ce même établissement maritime ; et enfin dans ses dernières années , quand sa puissance fut assurée par la mort de son rival , il s'allia au contraire avec l'empire ottoman , dans le dessein de conquérir et de partager quelques provinces du royaume de Perse.

Ce sont les Grecs eux-mêmes qui , longtemps avant Pierre I er , et sur la foi d'une vieille prédiction accréditée parmi eux ( que l'empire turk sera détruit par une nation blonde ) ont regardé les Russes, chez lesquels en effet cette couleur domine, comme devant être leurs libérateurs. Ceux même qui ne s'attachaient pas à une superstition si grossière , avaient la pieuse confiance que Dieu ferait triompher leur religion ; et dans leur attente ils ne pouvaient tourner les yeux que vers le souverain de Moskovie , seul prince de cette croyance qui ne soit pas asservi aux Turks. Mais les anciens tzars étaient bien éloigués d'une pareille ambition. Pour obtenir quelque alliance en Europe , il se montrèrent plus d'une fois disposés à embrasser la religion romaine ; et cette religion est tellement odieuse aux peuples de la Grèce, que le joug ottoman leur inspire moins d'horreur. Pierre s'étant formé des nœuds plus réels avec la république européenne, laissa tomber cette vieille ruse politique. On voyait à sa cour un de ses bouffons porter le nom de pape , et jouir en cette qualité d'un palais et d'un revenu. Il se rendit en Russie le chef suprême de sa religion. Il en décida ainsi pour jamais la séparation d'avec celle de Rome; et c'est véritablement la seule part qu'on puisse lui attribuer dans le projet d'étendre sur toute la Grèce la souveraineté des tzars. Un autre événement, qui remonte à cette même époque, a sans doute contribué à faire naître cette ambition dans l'esprit de ses successeurs. Aussitôt que ses

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