‹ Révolutions de PologneChapitre 68 sur 282 · IV. Il est adopté par Orloff · texte numérisé non relu

IV. Il est adopté par Orloff

En effet Orloff, qui depuis le départ de Papaz-Ogli avait vu, malgré la haute élévation de sa fortune, échouer ses plus hardis projets, celui d'épouser l'impératrice, celui de faire ériger sur sa propre tête un royaume dans les environs d'Astrakan, entendit alors avec un nouvel enthousiasme parler de royaume à conquérir, de sujets qui ne demandaient qu'à se soumettre, et non-seulement de l'espérance de rétablir l'ancien empire d'Orient , mais ce qui flattait bien plus son ambition et celle de sa famille, du projet de renouveler quelque jour, à la faveur de ce soulèvement, les royaumes de Macédoine etd'Épire. Orloff saisit donc avidement une si belle espérance ; et cet homme hautement déclaré contre toutes les opérations des ministres et contre toutes les querelles suscitées en Pologne par le couronnement de son ancien rival, vit au contraire avec joie, par une suite de ces nrômes querelles, la guerre contre la Turquie devenir inévi-

table. Catherine vit avec une joie égale les deux partis qui jusque-là avaient divisé sa cour, se réunir, quoique saus concert entre eux, dans une sorte d'émulation pour soutenir cette guerre. Un accord apparent régna dès lors dans cette cour ; et des motifs différents faisaient concourir au succès général de la guerre ces deux factions constamment opposées, dont l'une avait toujours été maîtresse du cabinet et des affaires, et l'autre maîtresse du palais et des régiments des gardes ; dont l'une s'attribuait toute la gloire du règne, et dont l'autre s'en attribuait toute la sûreté.

Mais deux années avant la guerre, et aussitôt que Papaz- Ogli eut quitté les rivages Adriatiques pour aller former des liaisons dans le Péloponèse, d'étranges conjonctures, et telles que toute la prudence humaine ne pouvait les prévoir, occasionnèrent le soulèvement particulier des Monténégrins. Ces peuples, dont le nom signifie les habitants de la montagne noire, habitent en effet de hautes montagnes à l'extrémité septentrionale de l'Albanie, et près du golfe Adriatique. Cette horrible contrée peut être regardée comme une branche des Alpes, qui va s'unir aux montagnes de la Grèce ; et elle l'ait partie de cette longue chaîne appelée par quelques géographes Chaîne du monde. Les Monténégrins, du côté des terres , sont environnés de provinces soumises aux Turks. Vers le golfe, ils sont séparés de la mer par les petits États de Raguse et par la ville de Cattaro, qui, avec sa banlieue, appartient aux Vénitiens. Ceux qui habitent le revers extérieur, sont comptés parmi les sujets des gouver nements qui les avoisinent. Mais les habitants des vallées défendues par des gorges étroites et ceux des hauteurs escarpées vivent dans l'indépendance. On y compte environ onze mille maisons et quinze mille hommes en état de porter les armes. Chaque bourgade obéit à un chef, qui rend la justice et conduit les expéditions militaires. Le plus grand

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objet de ces expéditions est de piller les contrées voisines, de voler les caravanes, on d'envahir sur les hauteurs de petites plaines fertiles, dont les bourgades se disputent la possession. La nécessité d'acheter du sel en Albanie, les contraint de payer aux Turks une douane, que ceux-ci regardent comme un tribut ; et ils se contentent de cette redevance, regardant les Monténégrins comme une nation à moitié assujettie, dont la soumission totale ne vaudrait pas les efforts qu'elle coûterait. De son cote, la république de Venise s'est fait de leurs montagnes un rempart contre les Turks. Elle seule, pendant les derniers siècles, les a plus ou moins secrètement aidés à repousser les pachas voisins, quand ceux-ci ont tenté de les astreindre à un tribut plus régulier. Mais depuis la (in du règne de Pierre l pr , la cour de Russie est parvenue à se substituer aux Vénitiens dans l'affection de ces peuples. Klle eu tire aujourd'hui, comme les Vénitiens, un grand nombre d'officiers et de soldats. Ceux même qui se destinent à la prêtrise ont été appelés à Pétersbourg pour y faire leurs études et y recevoir l'ordination. L'évéque du Monténégro va maintenant en Russie se faire reconnaître du souverain, qui est lui-même un patriarche de cette religion, et se faire sacrer par les évéques russes.

Au commencement de 1765, cet évéque, qui jouissait dans la contrée d'une grande réputation de savoir et de piété, et qui portait sur sa poitrine, à côté de la croix episcopale, un portrait de la tzariue, se mita prédire que les temps marques pour la délivrance de la Grèce étaient près d'arriver. Tous les esprits étaient déjà frappés de cette prédiction , quand un jeune inconnu parut dans ces montagnes. C'était un simple caloyer, ou moine grec, à qui l'étude des simples et quelque usage de la médecine dans son monastère pouvaient ouvrir l'accès de toutes les maisons ; assez adroit pour profiter de cet avantage,

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