‹ Révolutions de PologneChapitre 69 sur 282 · RÉ VOL. DE POLOGNE. — T. III · texte numérisé non relu

RÉ VOL. DE POLOGNE. — T. III

s'insinuer dans les esprits, et pénétrer le secret des familles; assez audacieux pour se revêtir de tous les personnages que les circonstances exigeraient ; et dont la solitude avait exalté l'imagination au point de le rendre propre à échauffer le fanatisme populaire. Il fut accueilli avec une extrême considération par l'évêque; et sous cette protection, il parcourut les différentes vallées , exerçant partout la médecine, et s'appliquant à réconcilier les familles, à réunir dans cette petite nation les esprits divisés par d'anciennes haines. Sa bienfaisance lui attira l'affection des peuples, sa piété celle des prêtres. Il était toujours couvert d'un énorme bonnet, dont l'épaisse et longue fourrure lui tombait au-dessous des yeux, soit qu'il craignît d'être reconnu, soit qu'il voulût à ' dessein en affecter la crainte. Mais ce mystère même ayant lixé l'attention générale, le bruit se répandit parmi ces peuples, et jusque dans les contrées voisines, que c'était quelque grand prince russe. Cette rumeur s'accréditait de plus en plus, lorsqu'au commencement de 1767, il fit assembler, dans une des vallées, les notables des quatre cantons, et leur persuada de faire entre eux une trêve d'un an. Ce premier pas fait, et son crédit s'en étant accru, il les convoqua une seconde fois, et leur dit qu'une simple trêve ne convenait ni à leur position ni à la sienne ; que s'ils ne se juraient à l'instant une amitié éternelle, il allait s'éloigner d'eux pour jamais. Cette alliance fut jurée entre ses mains. L'autorité qu'il s'arrogeait avec confiance et par une sorte d'ascendant naturel, les respects que lui rendaient constamment tous ceux dont les liaisons avec les Russes étaient publiques, et le profond mystère dont il affectait de s'envelopper, persuadèrent enfin à ces montagnards ignorants et fanatiques, que cet inconnu était l'époux infortuné de Catherine, l'empereur Pierre III. Ils se figurèrent que les cnuemis de ce prince l'avaient faussement fait passer pour

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