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au rang de ses sujets, n'a jamais teuté de les subjuguer entièrement, parce que leur férocité et leurs brigandages servent à réprimer d'autres peuples voisins, sujets de l'empire ottoman. Ces Pastrovits, qui ne peuvent armer plus de six cents hommes, infestent cette mer, quand ils peuvent se dérober à la vigilance des galères vénitiennes. Ils pillent et assassinent indifféremment toutes les nations, et les Vénitiens eux-mêmes. Ils se soumirent volontairement à Stépbano ; et à la faveur de leur port, il reçut d'Italie quelques barques de munitions et de vivres.
Le général vénitien commandant sur cette côte envoya le prier de se faire connaître ; ou s'il s'obstinait à demeurer inconnu, le sommer de sortir lui et tout son cortège des États de la république. Stépbano répondit avec fermeté; et peutêtre espérait-il, à la faveur de l'incertitude où sont toutes les limites dans ces contrées, parvenir à compromettre les Turks avec les Vénitiens. Ceux-ci se conduisirent avec une extrême circonspection, ne voulant ni s'aliéner les Monténégrins, ni indisposer les Turks, ni accréditer par de ridicules ménagements cette fable populaire, dont la singularité lixait les yeux de l'Europe entière. Us sentirent qu'ils avaient aussi à craindre, quelles que fussent leurs démarches, de blesser l'impératrice de Russie, dont on commençait à entrevoir clairement les sourdes menées, au travers du nuage qui couvrait cette bizarre intrigue. Il régnait un si profond secret dans les conseils de cette république, qu'il lui fut toujours facile de tenir cette conduite équivoque et réscrv ée qui satisfait à de doubles vues. Elle prit sur ses frontières toutes les précautions qui pouvaient contenir ses propres sujets Elle mita prix la tète de ceux qu'elle regarda comme des rebelles. Elle lit de perpétuels préparatifs, sans jamais sortir de la plus exacte défensive ; et elle eut soin de donner
à chaque puissance les avis secrets dont chacune d'elles devait lui savoir plus de gré.
Toute l'Europe attendait avec curiosité la conduite que tiendrait la tzarine dans une si étrange conjoncture. Mais l'apparition lointaine de ce fantôme ne déconcerta point le plan secret que cette princesse commençait à se former. Elle ne se livra ni à une inquiétude pusillanime, ni à une colère de femme ; elle profita au contraire, avec une singulière adresse, de cette folle crédulité des Monténégrins, et tourna ce contretemps à l'avantage de sa politique. Dans ce moment, elle redoutait encore la guerre contre les Turks ; et pour opprimer tranquillement les Polonais, elle cherchait tous les moyens d'endormir ou de distraire le sultan. Elle parut se concerter avec le sultan. lui-même; et sous le spécieux prétexte de prendre les informations qu'elle désirait, ses émissaires, chargés de grandes espérances et de légers secours, arrivèrent publiquement et de toutes parts dans les Montagnes noires. Le sultan, averti du fréquent envoi de ces émissaires, répondit que personne n'était plus intéressé que la tzarine à démêler le fond de cette aventure. Elle alla jusqu'à prier ce prince de* faire marcher des troupes contre ces mômes peuples, auxquels elle faisait passer de l'argent et des munitions.
Les Turks avaient d'ahord regardé Stéphano comme un fanatique isolé et peu dangereux. Un pacha voisin avait seulement envoyé pour s'en défaire un capidji, espèce d'huissiers qui, bien instruits du danger auquel ils s'exposent, s'introduisent dans les couseils des pachas suspects au gouvernement , ou des princes que les Turks regardent comme leurs sujets, et déployant, quand ils en trouvent l'occasion, un ordre du grand-seigneur, saisissent le moment de poignarder ou d'étrangler le proscrit. Stéphano découvrit le