‹ Révolutions de PologneChapitre 74 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

mêmes inclinations et le même courage. El nous pouvons déjà remarquer ici ce que les récits suivants confirmeront encore, que dans la Grèce captive, de toutes parts couverte de ruines, dont tous les gouvernements ont été détruits, dont les révolutions successives ont transformé les temples en églises, et la plupart des églises en mosquées, après tant de siècles et de bouleversements , le génie de chaque lieu reste toujours le même. Les Albanais ne parlent ni turk, ni slave , mais une langue composée de tous ces idiomes. Leur nom même est changé. Une ville anciennement bâtie dans les détroits qui communiquent de l'Épire à la Macédoine, sous le nom d'Albanopolis, leur a lait donner, sans qu'on puisse en marquer précisément l'époque, ce nom d'Albanais qui se prononce en grec de deux manières, Jlbanitès ou Jrvanéiès ;et\\est vraisemblable que la corruption dece dernier nom a produit celui d'Arnautes, sous lequel ils sont également connus. Leur extérieur annonce leur férocité. Ils sont si exercés aux armes, que la plupart se fout un jeu de tirer un œuf à deux cents pas, sur la tête de leurs enfants* de leur femme ou de leur mère. Ceux qui habitent les côtes se livrent à la piraterie. Ce sont les Dulcignotes, si redoutés dans le golfe Adriatique. Ceux de l'intérieur des terres s'adonnent souvent au brigandage. Toutes les relations diseut qu'il n'y a guères dans la partie asiatique de l'empire ottoman, d'autres voleurs que des Arabes, et dans la partie européenne , que des Albanais. Leur révolte sous Skanderbeg, qui à leur tête gagna vingt-deux batailles contre les Turks, leur peu d'attachement à la foi mahométane, qu'ils ont embrassée de force, lorsque cédant enlin aux armes ottomanes, il leur fut ordonné, sous peine d'un massacre général, de se faire tous circoncire, le mélange qu'ils ont fait longtemps des deux religions, leur ancienne rivalité de courage contre les janissaires eux-mêmes, et le grand nombre

de transfuges de cette nation qui passe des armées turques dans les armées ennemies, sont cause de la haine qui subsiste entre eux et les autres Turks. Aujourd'hui, quelquesuns suivent encore le rit latin, d'autre le rit grec ; mais la plus grande partie, et surtout les habitants des villes, professent la religion mahométane.

Ces Albanais reçurent donc ordre de prendre les armes. A leur approche, les habitants desmontsde la Chimère rentrèrent précipitamment dans leurs rochers. Douze mille Albanais s'avancèrent, de l'aveu des Vénitiens , sur le territoire de cette république, et se portèrent au pied des Montagnes noires, tandis qu'un égal nombre s'avançait du côté de l'Albanie, et que les troupes de Bosnie se portaient aussi vers le côté qui regarde leur province. Les asiles des Monténégrins se trouvèrent assaillis de toutes parts. Il y eut quelques actions indécises ; mais dans le temps où la guerre était près de s'allumer entre les deux empires russe et ottoman, les Monténégrins furent entièrement défaits ; les communications de leurs montagnes furent coupées* leurs villages incendiés , les plus braves tués ou pris ; leurs têtes, envoyées à Constantinople, furent exposées aux portes du sérail; et Stéphano, échappé au fer du vainqueur, demeura dans ces montagnes errant de caverne en caverne, en attendant que de plus heureuses conjonctures lui permissent de reparaître.

Les forces des Monténégrins étaient donc presque détruites, les habitants des monts de la Chimère déjà repoussés entre leurs précipices , les Albanais rassemblés et en armes, quand au mois d'octobre de cette même année 1768, la guerre fut déclarée entre les deux empires.

Tous les Grecs, dans toute l'étendue des provinces ottomanes, furent aussitôt désarmés ; précaution que les Turks

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