‹ Révolutions de PologneChapitre 81 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

sion : « Que la tzarine avait commencé à protéger dans tous les pays la religion grecque ; qu'elle faisait passer de nombreuses armées en Pologne, sans autre ambition que d'y venger cette religion opprimée ; que ses desseins avaieut plus d'étendue, et qu'elle méditait l'entière délivrance de la Grèce. Toutes les nations de l'Europe, ajoutait-il, étaient d'accord avec elle, et j lui avaient secrètement promis de ne point s'opposer à la des* truction de l'empire ottoman ; la France elle-même, ancien allié de cet empire, consentait à l'abandonner» et son alliance avec la maison d'Autriche était la preuve évidente et le sceau de ce changement dans sa politique. Dans une si heureuse conjoncture, c'était à ceux des Grecs qui avaient su défendre leur liberté à donner l'exemple à toute la Grèce, et à en être les premiers libérateurs ». Ce principal chef, qui se nommait Mauro-Mikali, et son frère loanni, étaient deux hommes d'un grand courage et d'une raison très-saine quoique d'un esprit peu cultivé. Leur famille, dont le nom originaire est Iatrani, prétend être la souche de la célèbre maison de Médicis. Et il est remarquable que le nom de Medicis en latin a le même sens que le nom ftlatrani en grec. Si la prétention de cette famille a quelque réalité, cette origine des Médicis expliquerait les liaisons qu'ils ont toujours entretenues dans la Grèce. L'accueil favorable qu'ils firent à tous les Grecs fugitifs, aurait été un sentiment naturel pour des compatriotes infortunés ; et nous devrions en première cause à ces féroces montagnards l'heureuse transmigration de tous les arts de la Grèce dans l'Europe moderne.

Ces deux chefs exposèrent à Papaz-Ogli, avec une noble franchise, l'état de leurs forces et les divisions qui affaiblissaient leur pays. Us lui dirent]: « Que les Maïnotes, invincibles s'ils sont attaqués, étaient peu propres à attaquer euxmêmes ; que leurs divisions les empêcheraient de se réunir

dans un même dessein, tant qu'un danger commun ne les menacerait pas. Ils ne lui dissimulèrent point que les Russes, s'ils portaient la guerre dans le Péloponèse, devaient songer à le conquérir et non pas à le soulever, parce qu'il n'y avait point à compter sur les autres Grecs, accoutumés à trembler et à fuir, aux premières menaces des Turks. Ils ravertirent de se méfier de tous les discours de ces autres Grecs, qui lui feraient de grandes promesses, soit par une vaine présomption, soit par un aveugle fanatisme, soit par une fourberie intéressée, maisqui à révéuement ne tiendraient aucune de ces paroles •. Papaz-Ogli n'ayant aucune lettre, aucun titre qui l'accréditât auprès d'eux, ils le regardèrent comme un simple émissaire sans aveu ; et en paraissant disposés à seconder les efforts des Russes, ils ne prirent avec lui aucun engagement formel. Ils assemblèrent cependant tous les autres chefs pour conférer avec lui, et à quelque temps de là , ils assemblèrent encore tous les gérontes. La réponse unanime de ce sénat fut la même que celle des deux Mikali , une simple promesse de se concerter avec les Russes, quand on connaîtrait leurs forces et leurs projets, et un refus positif de traiter, à moins que ce ne fût sur des titres indubitables.

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