‹ Révolutions de PologneChapitre 94 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

saire. Enfin, après deux mois de séjour dans ces montagnes , et vers le temps où la flotte russe était attendue, ce général remit Stéphano en liberté, lui donna le titre et l'uniforme de lieutenant-colonel au service de Russie, et chercha à lui assurer une autorité réelle sur ces peuples. Il en repartit après toutes ces dispositions , et emmena sur deux navires non-seulement tout ce qu'il avait amené de Russes, mais un corps nombreux des plus braves Monténégrins échappés au massacre que les Turks avaient fait dans ces montagnes, et Févêque du Monténégro, qui se destinait à être l'apôtre de la nouvelle croisade.

Ce fut surtout dans les îles vénitiennes que les Russes, à l'aide de quelques prêtres et à l'insu du gouvernement, tramèrent leurs complots. Le peuple de ces îles connaît nonseulement tous les parages du Péloponèse, mais il en connaît presque tous les habitants, toutes les maisons, tous les sentiers ; parce que dans la saison des travaux champêtres, il vient en foule y louer ses services et y travailler aux récoltes. Les paysans de ces îles, et cette multitude de Thessaliens et d'Épirotes qui y avaient fui au commencement de la guerre, se tinrent prêts à recevoir des armes et à joindre la flotte russe aussitôt qu'elle paraîtrait. Plusieurs vaisseaux de l'Archipel avaient déposé le pavillon ottoman, et pris le pavillon russe. On en avait formé des magasins de provisions. Ils attendaient à l'ancre dans quelque rade déserte. Voilà par quels moyens on avait tâché de suppléer à tout ce qui manquait réellement aux armements moskovites. Il semblait qu'au lieu de tramer un soulèvement dans le Péloponèse, on eût fait une conjuration contre cette malheureuse province ; et en effet , Alexis Orloff, dont une première conspiration avait élevé si haut la fortune, et qui fut bien éloigné de développer dans cette nouvelle entreprise les qualités d'un conquérant, y développa encore quelques-uns des pkis

grands talents d'un chef de conjurés. On ne peut examiner sans quelque surprise tout ce que fit cet étranger dans des villes absolument inconnues pour lui. et dont il ignorait la langue; les artifices spécieux dont il sut couvrir tout ce qui devait être nécessairement public, les intelligences secrètes qu'il se ménagea, l'ordre qu'il entretint parmi des hommes ramassés de toutes parts et dispersés sur tant de côtes, et en un mot, tout ce qu'il exécuta daus un temps si long pour un secret de cette nature, et si court pour de tels préparatifs.

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