LIVRE XI
tivité et l'étendue de leurs intrigues, étayées par l'argent dl Maruzzi , et par les correspondances d'un grand nombre de consuls, de banquiers et de négociants anglais , le secret était encore gardé d'une manière étonnante. L'infidélité des relations de Papaz-Ogli commença cependant dès lors à se faire jour. Un député des Maïnotes était venu trouver le comte Alexis pour lui exprimer l'étonnement de ces peuples, sur ce qu'une lettre à eux adressée et signée de lui, portait que la tzarine les recevait au nombre de ses sujets. Ces hommes, fiers de leur éternelle indépendance , étaient indignés de ce titre, et leur député était chargé de le désavouer. Ils offraient leur alliance ; ils promettaient de se concerter avec les Russes, quand ils en connaîtraient les véritables desseins; et ils faisaient annoncer qu'on ne devait espérer aucun succès, si on arrivait dans le Péloponèse avec moins de dix mille hommes : députation digue peut-être des Spartiates, dont ils prenaient le nom dans cette occasion même, en demandant que ceux dont ils rejetaient toute dépendance, arrivassent sur leurs côtes avec de telles forces. Les troupes envoyées de Russie sur la flotte étaient bien inférieures à ce nombre. Une contagion cruelle les décimait encore pendant leur longue navigation. Mais les deux Orloff ne négligeaient en Italie aucun moyen de suppléer à cette extrême faiblesse des armements russes. Les sommes que ces deux frères distribuaient partout, sous le nom spécieux de charités , leur avaient dans toute l'Italie attaché cette multitude de Grecs et de Slaves qui y est répandue. Us avaient fait secrètement éclipser des grandes villes des gens de tous métiers, à qui, sous la fausse promesse de leur procurer un état en Russie et de les y faire conduire, ils assignaient des rendez-vous dans les différents ports. Toute cette contrée était pleine de cette espèce d'hommes qu'on nommme des embaucheurs , qui faisaient déserter des soldats, et sous prétexte d'engager des
paysans pour leur donner en Russie des terres à défricher, les attiraient vers les côtes, où ils étaient embarqués de gré ou de force, et emmenés sur des frégates destinées à joindre l'escadre. Ces frégates, dont ils avaient fait l'acquisition, paraissaient uniquement se préparer à faire la course dans l'Archipel contre le commerce des Turks. Mais leur vraie et secrète destination était de porter à Mahon et dans quelques autres ports tous les rafraîchissements et les recrues dont les escadres auraient besoin à leur arrivée. Pour donnera ces enrôlements forcés ou volontaires et aux nombreux achats d'armes, de munitions et de navires, un motif plus apparent encore que celui de faire la eourse dans l'Archipel, on ne tarda pas à y joindre le prétexte de secourir les Monténégrins. Autant on y aurait apporté de mystère si ces secours eussent été réels, autant on affecta de donner à ce prétexte plausible toute la publicité qu'on pouvait y donner. On choisit à dessein les plus bruyants émissaires pour faire montre des légers secours qu'on fit réellement passer dans ces montagnes. Un général russe s'y rendit avec un grand appareil, et de manière que toute l'Europe en apprît aussitôt la nouvelle. On eut soin de publier que trois gros bâtiments partis des côtes d'Italie, avaient transporté dans les Montagnes noires soixante officiers , beaucoup de munitions, quelques centaines de soldats. Six cents Monténégrins s'avancèrent vers la côte au-devant de ce général ; et celui-ci, dès le lendemain de son arrivée, fit arrêter le faux Pierre III. Cet aventurier restait caché depuis sa défaite, toujours craignant l'assassinat ou le poison, toujours lié avec Pévéque, qui lui-même pour le contenir l'entretenait alors dans ces terreurs. Sa captivité fut aussitôt publiée dans tous les papiers de l'Europe ; et ce fut la seule satisfaction que Timpératrice crut se devoir à elle-même, en réparation de I étrange fable innocemment occasionnée par cet émis-