‹ Révolutions de PologneChapitre 98 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Ottomans ont subjuguées, pendant plusieurs siècles de conquêtes et de victoires.

Un général russe, avec quatre mille hommes, pénétrait alors dans les montagnes du Kaukase , s'y faisait joindre par plusieurs corps de Géorgiens , tâchait de faire soulever tous ces peuples, projetait de diriger sa marche vers Trébizonde , de s'emparer de cette ville et de s'avancer ensuite par les provinces asiatiques jusqu'où la fortune et la guerre pourraient le conduire. Dans ie même temps, on équipait une flotille aux embouchures du Tanaïs, où les Russes, profitant de l'incroyable négligence des Turks, s'étaient emparés des ruines d'^zof , de ce même établissement maritime formé autrefois par Pierre 1 er sur la mer Noire , et que deux guerres successives avaient forcé deux fois les Russes d'abandonner. Les bâtiments qu'on y armait étaient destinés à porter la dévastation sur tous les rivages de la mer Noire , à favoriser l'attaque de la Krimée , et surtout à venir jusqu'aux châteaux qui , du côté de cette mer, défendent l'entrée du canal de Constantinople , à l'instant même où Elphiuston, arrivant par les mers de la Grèce, forcerait les châteaux qui ferment le passage de l'autre canal. Dans le même temps encore , on n'épargnait aucune intrigue pour détacher de l'empire ottoman toutes les hordes de Tatars soumises à cet empire. C'était le projet que tout le parti des ministres russes avait embrassé , en opposition du projet de soulever la Grèce, auquel la faction des favoris s'était attachée. Ce parti des ministres, composé d'hommes plus sages , plus expérimentés, employait à faire réussir cette autre entreprise le pouvoir si étendu que donne le ministère. Les deux armées de terre y étaient destinées ; l'une devait s'avancer jusqu'aux bords du Danube, contenir l'armée turque au delà de ce fleuve , et par cette position appuyer tout ce que l'autre armée, commandée par un

I>i8 RMOLl'TlOaS DK l'OLOGKE.

général , frère du ministre Panin , tenterait dans le pays des Tatars. Orloff cependant avait obtenu l'envoi d'une troi* sième escadre, qui devait partir de Pétersbourg au printemps, et porter dans la Méditerranée de nouvelles troupes, et dans la Grèce des forces suflisantes pour y établir des garnisons et s'assurer la soumission de ces peuples. Le Péloponèse devait être érigé en gouvernement russe, soumis à un sénat qui aurait relevé directement de la cour de Russie. Toutes les îles situées sur les côtes auraient été comprises dans cette nouvelle juridiction ; et quel que fût l'événement de la guerre, Catherine se flattait de conserver cette belle province par le moyen de sa marine.

Quant à la Pologne, première occasion de ce vaste incendie , quelques détachements placés dans les positions les plus avantageuses suffiraient , si on en croyait les apparences , pour disperser tout parti qui se formerait, veiller à ce que la confédération générale demeurât inutilement rassemblée hors des frontières, et tenir toute cette république sous le joug.

Page 1