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CHAPITRE XXI

Jusqu^à k fin du quatorzième siècle, l'Eglise, d'abord persécutée, puis triomphante, avait modifié et dominé la marche des événements politiques. Ses conquêtes avaient été successives, et si les croisades d'Orient n'avaient pas eu le résultat qu'on s'en était promis, la conversion des Scandinaves, des lithuaniens, des Slaves delà Baltique et des Russes, avait en quelque sorte compensé les pertes et les défaites des chrétiens en Terre-Sainte. Mais dès que toute l'Europe fut chrétienne^ l'activité des papes se replia pour ainsi dire sur elle-même ; et l'influence

de l'Eglise, désormais en lutte avec les pouvoirs m. A

séculiers, prit un caractère plus exclusivement jpoUtique.

La mission des. ordres religieux qui avaient changé la fece du Nord était accomplie : celui de Prusse j après la conversion des lithuaniens , en \ 387, ne fit plus que décroître. Les influences territoriales commençaient à devenir prépondérantes. En Allemagne, le pouvoir féodal se résumait dans quelques grands fiefs. La prospérité des villes, celle des communes que le commerce rendait plus puissantes de jour en jour, tout indiquait la tendance des intérêts à se grouper autour des principaux centres de force et d'action. Les empereurs n'étaient plus guère que les présidents d'une confédération souveraine. Les villes hanséatiques, ces foyers de l'indostrie et des lumières dans le Nord au moyen âge, étaient à l'apogée de leur puissance. La Flandre et le Brabant voyaient fleurir le commerce d'échange, en même temps que l'industrie manufacturière. La Suisse, après une lutte héroïque, consolidait ses libertés, et révélait tout ce qu'il y a de force dans un peuple décidé à maintenir ses institutions. Une nouvelle puissance s'élevait entre la France et l'Allemagne: le duché de Bourgogne. L'Espagne, partagèe entre plusieurs souverainetés, les unes chré^ tlraiiM) lel autre» musulmane, ne prenait que peu

de part au mouvement général de l'Europe. La France, sous les Valois, était en proie aux faction| et déchirée par la guerre étrangère. Ce royaume n'avait respiré un instant, sous Charles V, que pour retomber dans les plus effroyables calamités. UAngleterre elle-même voyait la maison de Lancastrç et celle d'York préluder aux luttes sanglantes qui sont l'époque la plus dramatique de ses annales. Au milieu de toutes ces divisions, de ces conflits de pouvoir, de ces rivalités de famille, de ces schismes religieux, l'Église n'apparait plus dans le prestige de sa majesté première : la religion n'est plus un but, mais un moyen ; elle descend au niveau des passions politiques, et quelque soin qu'elle prenne de les déguiser, l'ambition et la fiscalité révèlent suffisamment la nature des motifs qui la dirigent. , Si tel était le caractère général de l'Europe centrale vers la fin du quatorzième siècle, il est aisé de comprendre que les royaumes Scandinaves, désormais en rapport avec l'Allemagne et Rome, ne pouvaient échapper à l'influence de l'esprit du temps. Marguerite, comme tous les génies supérieurs, devança les tendalices de son siècle, et en fit la règle desapolitique : sans se laisser éblouir par les faveurs de la fortune, elle s'arrêta toujours à propos et sut tirer avantage des circonstanœs mêmes qui

semblaient Saire obstacle à son ambition. Fille, femme et mère de roi, on l'avait toujours vue si près du pouvoir,' que les esprits s'étaient peu à peu habitués à confondre son influence avec celle des prérogatives royales. La fierté des Scandinaves eût difficilement consenti à se courber sous le sceptre d'une femme ; Marguerite ne voulut point heurter de front ce préjugé national; elle couvrit toujours le trône d'un simulacre de souverain, se réservant l'action, la conduite des affaires , en un mot , la souveraineté réelle.

A la mort d'Olof , les Danois n'hésitèrent point à lui confier l'administration du royaume. La Norvège suivit bientôt l'exemple du Danemark. Le sénat norvégien stipula seulement qu'Eric de Poméranie, petit-neveu de Marguerite, succéderait à la couronne, à l'exclusion d'Albert de Mecklenbourg, et porterait dès ce moment le titre de roi sous la tutelle de la reine. L'extrême [jeunesse d'Éric assurait à Marguerite une longue régence ; elle aimait mieux couvrir son administration de la pourpre d'un roi-, enfant que de contracter un nouveau mariage qui lui eût donné un maitre dans la personne d'un époux couronné.

A peine la position de Marguerite f utrelle nettement établie^ qu'elle porta ses regards vers la Suède.

Albert, qui pénétrait les plans de sa rivale, s'arrogeait le titre de roi de Danemark et de Norvège : c'était sans doute pour répondre à la prétention de la reine, qui prenait celui de souveraine de Suède, comme veuve de Hakan.

Le parti d'Albert perdait tous les jours de Isa force. Les Suédois, depuis que la mort avait délivré ce prince de ses compétiteurs, lui reprochaient Ténormité des impôts et sa faveur exclusive pour les Allemands. L'esprit de la noblesse frisait prévoir une catastrophe prochaine. Selon quelques historiens, Albert, pour subvenir à la pénurie de son trésor, avait exigé, sôus forme d'impôt, que le tiers des biens du clergé et des seigneurs fit retour à la couenne. Une telle tentative, dit Geïer^ est inadmissible ; il est probable que cette mesure ne regardait que la restitution légale d'une partie des domaines royaux que les nobles et leurs ancêtres s'étaient appropriés pendant les guerres civiles. Le testament de Bo Jônsson, drost du royaume de Suè^e, porte même à croire que la restitution n'était exigée que des héritiers du chevaUer. Quoi qu'il en soit, lé mécontentement produit par cette ordonnance fiscale prépara l'union de Calmar. Les nobles suédois résistèrent, et quelques-uns d'entre eux, plutôt que de céder à la force, allèrent

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chercher \xa asile ea Danemark. Marguerite lee accueillit avec fevçurj mais elle leur fit entendre qu'ils n'obtiendraient d'elle un secours effectif que dans le cas où elle pourrait compter sur un avantage non moins réel ; eUe finit bientôt par leur déclarer qu'ellQ . n'exposerait pas ses deux tonronnes aux hasards d'une lutte inc^srtaine sans respéranoe d'en acquérir une troisième. Les mécontents s'étaient trop avancés pour reculer. Les places fortes et les fiefs qu'occupaient leurs partisans sur le terjritoire suédois furent livrés au^ troupes danoises» Marguerite, reconnue par un grand nombre de seigneurs comme reine de Suède et de Gothie, s'engagea de son côté à maintenir les libertés et les priv^éges dos différents ordres du royaume, à dé^ livrer la nation dé la tyrannie d'Albert, et à gou- . yernerconformémentauxlois. Ën'1288jlemaréchal Éric Kettilsaon et le sénat de Suè4e accédèrent à cet acte. Albert ne se tint pas encore pour détrôné, Le duc de Mecklenbourg, son neveu, et le comte de (lolsteiA lui amenèrent un secours considérablet ConPkptant sur une victoire facile, Albert marcha à ^ la rencontre de l'armée danoise que commandait , -Ivar Lycke. Un marais couvrait les Allemiands qui

(1) En 4988.

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avaient prâ poûtjktn près de FaUcôping ; la cavalerie d'Albert, engagée dans ces terres détrepipéei, causa, dit-on, la perte de la bataille ; Albert, &0Q fils Éric et le» priocif^ux <Jie£t de l'aripée Saxe^t £aitg prisonniers, et conduits â Bohos, vilie frûfttière des trois royaumes, cm Marguerite s'était readue pour jouir de rhumiliatîon de son ennemi. On prétend qu'elle ne pot résister au plaisir de se va»ger des railleries qu'Albert s'était p^mises snr sott cxHopte (1). Les deux princes £iu%njt transportés w xdiàteau de LindboLm, e» Scaoie, où ils furent dér tenus pendant sept ans.

La Suède âait au poujFQÎr d« Itttii^ïKs^ ; oe^K»dast Stockholm et un petit noaibre die plfkoas, oer £iq)ées par ks partùans d'Albert, réiiitaient enoiHit. On ne peutdouterquelarane,Àbqudlele£lergé était .génécaktfxterit déroué, lae ^ Ëk wiénagé des

(1) Salon les hiatorieDs danois, Albert faisait una cesse de» rapprochements ÎRJiiriein entre te ute de Margnerits et son ambition Tirile. iQiuîjvprocluit «slûiBeDcuiee rA»ft|Be te Son «en inwrfainaT. E^fa^ ■raot le combai de Falkôpiug, il avait fait le vœu de ne poi it remettra HB ftonnet sTsni d'avoir t^cd la reine. A fidbns, Margnerite, faisant ■Untionicette 1imtb4^ ,M[liM)ae deduBeer ab prince on ^ong basfiqt c

Sie lîess ihm ancb ein csppe schneide : HMte FaiArilin dlen in die weite Der "Timpd, wnhl nenntdm rftea tanglc, MaMenbttrgische Keimchronik. Behr.Herum mecVeimrgiar hh. n, t. 7. Oeler, tome f , page SM.

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intelligences dans Stockholm/Cette vUle, qui parta geait les privilèges comraerciaax de Tlianse , et qui comptait presque autant d'Allemands que de Suédois, fut le théâtre de réactions violentes commises par les étrangers.

n était diffidle au parti de Marguerite d'investir Sto<^olin, que les princes de Hecklenboui^ et qnelqiies villes libres de la Baltique secouraient da c<Vté de la mer. La lijpie opposée à la reine autorisa tous les pirates des côtes à exercer des déprédations et des ravages sur les terres de l'obéissance danoise (1). Marguerite, fidèle à sa politique*, Tonlaît réduire les Suédois à n'espérer de salut que «ons «on gouvernement. Le jeune Éric, son petitneveu, fut mandé à sa cour, et elle n'attendait plus que la maturité des événements pour amener les états de Soède, comme ceux de Norvège , à lui déférer le titre de roi. Persuadée que la résistance du parti allemand en Suède cesserait aussitôt que l'appui des étrangers lui manquerait, elle traita séparémeut avec le duc de Poméranie et celui de Sleswig, Bkui qu'avec les comtes de Holatan, de la branche

(l)Cei finie» nturent l« nom de litalieiu, pue* qu'il* 4Ui(nl<&vbmdti

de Rendsbourg, qui venaient de recueillir la «uc^ cession d'Adolphe.

Les déprédations et les cruautés des pirates qui n'épargnaient ni amis ni ennemis , firent désirer à Jean de Mecklenbourg et aux villes de Rostock et de Wismar la fin d'une guerre ruineuse, et dont l'issue, méine favorable, n'eût point compensé ks sacrifices qu'elle leur imposait. Plusieurs conférences furent tenues à Falsterbôde^ à Scanir , à Lindholm ; dans cette dernière ville on stipula par un traité que le roi Albert et son fils seraient remis en liberté sous la condition, que si au bout de trois ans on ne pouvait en venir à un accord défimtif , les princes se constitueraient de nouveau prison^ niers. Dans ce dernier ois, Marguerite s'engageait à se contenter pour leur rançon de soixante ndtte marcs d'argent, ou, à dé&ut du payement de cette somme, de la cession du cbâteau et de la viHê de Stockholm^ et de toutes les placés qu'occupaient à cette époque les Mecklenbourgeois. Le duc Jean • s*eng9geait, de son côté, à observer cette trévé, qui ne chai^eait rien à la situation respective des deux partis pendant trois années. Albert et son fils forent bvrés aux dépntés des villes baméatiques, qui ga^ nuitiffltàent le traité, et dont les troupes occupèrent S^jwfcholm. Cette importante question une foî^ ré*

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