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IV

envahissait la Moldavie, et contre les flottes anglorusses, qui brûlèrent son escadre , et forcèrent les Dardanelles. Les Turcs, soutenus par Napoléon, allaient prei;idre l'offensive lorsqu'une révolution renversa Sélim du trône. La paix de Tilsitt avait prouvé au divan que «es intérêts n'étaient que secondaires dans les grandes combinaisofns de la politique européenne ; dès lors il accepta un armistice, et chercha un appui dans l'influence anglaise.

La Suède, isolée dans sa résistance, s'épuisait en sacrifices inutiles» Gustave IV refusait de considérer la Baltique comme une mer fermée. Cette obstination intempestive lui coûta la Finlande, dont l'occupation définitive compléta les frontières septentrio-^ nales de la Russie. Le despotisme de Gustave III avait préparé cette cession importante, qui , compensée plus tard par l'acquisition de la Norvège, devait rapprocher par une communauté de vues et^ d'intérêts les cours de Pétcrsbourg et de Stockholm.

La chute de Gustave IV fut une conséquence nécessaire de sa conduite et de son caractère. Dévot jusqu'au mysticisme, il montra dans ses démonstrations politiques une roideur qui contrastait de la manière la plus dé&vorable avec l'hésitation et la pusillanimité qui présiiiaient à tous ses actes. Il

compromit le sort de ses armées et l'honneur du nom suédois. Après avoir subi la pitié de la Prusse, il venait de se déclarer contre F Angleterre, lorsque la demande d'une nouvelle levée et d'impôts onéreux prouva aux Suédois que le salut commun exigeait la déposition du monarque. Cette révolution s'accomplit sans secousse^ sans que le sang coulât, parce que le prince détrôné inspirait plus de pitié que de haine, et que cet acte fut une mesure de raison et non de passion. Le duc de Sudarmanie, son oncle, fut salué roi de Suède, sous le nom de Charles Xin. Il désigna pour successeur le prince danois d'Augustenbourg, qu'une niort prématurée enleva aux espérances de la nation. Le génie militaire du prince de Ponte^Corvo, son humanité, ses lumières^ enfin toutes les qualités qui, dans les temps difficiles, semblent désigner «au trône le plus eapable comme le plus digne , déterminèrent son élection. C'était le seul de tous les capitaines de l'empire qui dût à lui-même de parvenir à ce dernier terme de l'ambition et des honneurs; et quel»que extraordinaire qu'ait été son élévation ,. en présence de cette adoption mutuelle et de toutes les prospérités dont elle a doté là Suède, on hésite à décider si .le roi a moins donné ou si le peuple a pluareçu.

m RÉVOLUTIONS

TaBdis que l'Europe presque entière, dominée et comme fascinée par le génie de Napoléon, s'affaiblissait ps^r les traités non moins que par une suite non interrompue de défaites, rEsi)egne luttait contre le vainqueur avec la double énergie du sentiment national et religieux; la journée de Baylen prouva que les armées de la France impériale pouvaient être vaincues ; 'F Angleterre alimentait la résistance avec cette volonté tenace tjui porte les Etats <x>mme*les individus à s'attacher aux dernières ressources. Un parti avait offert à Farchiduc Charles le trône d'Espagne 5 la situation présentait quelque analogie avec l'époque de la guerre de succession, mais il s'agissait surtout pour l'Autriche de concentrer ses moyens d'action poiir recouvrer ce qu'elle avait perdu. Napoléon se trouvait dans l'alternative de raviver la haine des souverains aile-

ïnands par des mesures rigoureuses, ou de voir sa clémence tourner contre lui-mêiiie, s'il leur laissait lé temps et les moyens .de reprendre l'offensive. Pie VI venait de lancer contre l'usurpateui* dû royaume catholique une buUe d'excommunication ; la perte des légations fut la conséquence de ce coup d'état pontifical; ainsi l'élément religieux manquait désormais à Napoléon monarque, comme le principe républicain manquait au représentant arthé

. de la liberté. Pour sonder les dispositions secrètes de ses vassaux couronnés, le nouveau Charlemagne proposa l'entrevue d'Erfurt. Les intérêts étaient trop divergents pour qu'il put sortir autre chose . de*ce congrès que l'expression blessante de la prépondérance française) la paix avec l'Angleterre, dans les circonstances présentes, n'était que la consécration des victoires de Napoléon; la politique britannique ne pouvait ni ne devait y souscrire ; d'un autre côté, la guerre imposait aux alliés de l'empereur français de nouveaux sacrifices : en admettant la. ruine commerciale et financière de l'Angleterre comme dernier terme de l'alliance continentale, la France dominait sans contrcrpoids, et toute com^

*prasation ultérieure se bornait à des avantages matériels. L' Autriche fît dés' réclamations dans cq sens, que suivirent bientôt des démonstrations hos* tiles. Après une campagne de trois semaines, Vienne fut occupée par l^s Français, i^es journées d'Essling et deWagram amenèrent le traité deSefaônbrùnn. ^Autriche dut céder, soità IXapoléon, soit à la confédération du Rhin, quelques villes en Allemagne et en Italie; elle abandonna au duché de Varsovie la Gallicie occidentale et Crficovie. La Russie, qui avait appuyé, quoiqu'à regret, les opérations de

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tin territoire dont la population pouvait être évaluée à quatre cent mille âmes. L'empereur François reconnut en outre lés droits que s'arrogeait le vain- . queur sur les monarchies du midi de l'Europe ; il lui fallut adhérer au système continental, et renoncer à toutes les contrées comprises sous le nom de provinces Illyriennes. Un dernier sacrifice, imposé à Torgueil de la maison d'Autriche , vint clore cette longue série de désastres : des intérêts qui ne pouvaient que rester hostiles s'abritèrent sous la garantie d'une alliance de famille.

Tandis que l'occident et le centre de l'Europe recevaient la loi du vainqueur, Alexandre obtenait des avantages importants sur les Turcs ; la guerre, commencée en -iSlO, ne se termina que deux ans' plus tard, par le traité de Boukharest, qui donna à la Russie le tiers de la Moldavie avec Khoczim et Bender, et toute la Bessarabie avec Ismaïl et Kilia. La Russie pouvait exiger davantage, mais elle avait besoin d'assurer ses frontières orientales, au moment id'engager cette lutte terrible qui devait changer la fece de l'Europe.

Napoléon, qui voulait établir une navigation intérieure avec la Baltique/ avait réuni à son empire les embouchures del'Escaut^ de la Meuse, du Rhiu^ de FEms, du Weser et de l'Elbe; le Hanovre était

incorporé au royaume de Westphalie ; Francfort avec son territoire venait d'être cédé à Eugène Beauharnais; les côtes de la mer du notd, Bremen, Hambourg, le duché de Lauenbourg et Lubeck faisaient désormais partie intégrante de l'empiref rançais ; enfin les exigences du système continental men^çaient tous les Etats de remaniements non moins précaires pour les princes qui acquéraieijt si subitement que désastreux pour ceux qui se voyaient dépouillés. Dans ces nouvelles combinaisons^ les États du duc d'Oldenbourg avaient été sacrifiés : l'empereur Alexandre saisit ce prétexte et y rattacha ses autres griefe. Tranquille du côté de la Turquie et de la Perse, il fondait en outre de grandes espérances sur la coopération ultérieure de la Suède. Le prince royal avait accepté loyalement toutes les conséquences de son adoption ; il lui en coûtait sans doute de tirer l'épée contre ses anciens compagnons d'armes; mais, devenu suédois, il crut devoir consulter avant tout les intérêts du peuple sur lequel il était appelé à régner. Le pouvoir immense de Napoléon imprimait un caractère de noblesse à cette résistance consciencieuse; etTissue de la campagne de 4 84 2 prouva qu'il y avait dans cette détermination pénible non moins de prévoyance que de fermeté.

3T6 BÉVOLimONS

On eût dît qn*cn s'ef forçant d'âcrer son peuple, par le bienfiait des lumières et des institutions, à la bauteur du rang que lui assignaient Tétendue de son territoire et ses ressources commerciales, Alexandre pressentait le rôle que lui réservait la fortune. Son rival avait pour lui le prestige de ses victoires, un génie égal à sa renommée;, il disposait de toutes les ressources de l'Europe centrale; mais cette armée si belle et si formidable manquait de ce lien commun qui rend tous les intérêts solidaires. Le dévouement des Français était complet; mais ridée de patrie était devenue pour eux trop subitement complexe; gloire, civisme, institutions, ils avaient tout personniGé dans un seul homme; dans ce seul homme, était leur orgueil, leur foi, leur culte : un accident, un revers, rompait cette chaîne magique, et les laissait sans but et sans direction. Les grands dignitaires de l'empire aspiraient au repos; n'ayant plus rien à espérer, ils avaient tout à perdre : cependant Timpression ineffaçable de tant de victoires, l'éducation du drapeau et la présence du chef, suppléaient à l'absence d'un principe moral, et jetaient trop d'éclat à la surface des choses, pour qu'on fdt tenté d'en sonder la profondeur. Dans cette croisade contre la Russie, les contingents étrangers balançaient au m'oins les forces de Tan-

BES PEUPLES DU NOBD. STT

cieiine France, de la France réelle; différentes de ïnœurs, de langage, d'intërêts, les annexes dèTempire subissaient les conséquences des traités : les Allemands ne marchaient qu^à regret contre un ancien allie avec leô légions de leur vainqueur : soumis et dégénérés, ils n'eussent été qu'embarrassants; patriotes et braves^ leur énergie était une menace continuelle.

Alexandre pouvait donc compter sur les sympathies de rAllemagne. A défaut de places fortes, il poffffeiit opposer à l'ennemi des solitudes sans ressources, lui disputer le passage de chaque fleuve, ruiner tout en se retirant, harceler et intercepter les convois avec sa cavalerie infetîgable, et attendre son salut de l'hiver. II parla de gloire à sa noblesse, au peuple de la relfgion menacée, et, comme en Es* pagne, la guerre prit un caractère natioual: les seU gnéurs offrirent leurs richesses et leurs services, le peuple tout ce qu'il possédait, sa haine et son sang. Ainsi la Russie se trouvait dans les conditions morales les plus favorables pour la résistance : intelligence dans les chefe, dévouement complet dans les masses. On ne peut qu'admirer le génie de l'homme qui triompha de tant d'obstacles et ne céda qu'aux éléments. Les détails de la campagne deil 812 et des événements qui ont changé la France

378 RÉYOLimONS

impériale en monarchie constitutionnelle n'appar* tiennent pas à notre cadre ; nous nous contenterons d'indiquer les phases principales de cette révolution mémorable, en nous renfermant dans une impartialité consciencieuse. Le plan de Napoléon était

tracé^sur une trop vaste échelle, et les obstadès que devait rencontrer Farmée d'invasion étaient trop multiples, pour que les combinaisons stratégiques les plus savantes ne .fussent pas soumises à une foule d'éventualités. Ces considérations, non moins que la nature de son génie, portaient donc NapolMQ à frapper un coup décisif. Cependant, en entrant sur le territoire russe, il avait perdu son avantage numérique ; il se voy»t donc forcé d'isoler les corps ennemis pour les détruire successivement, et pour ne pas épuiser par la concentration de ses forces le peu de ressources que lui offrait le pays. Quant aux Russes, leur résistance ne pouvait que se régler sur l'attaque. Ils observaient les mouvements des corps ennemis, et manœuvraient pour couvrir les deux capitales : souvent défaits dans les afËBÔres partielles, ils perdaient cependant moins de mon(fe sur le champ de bataille que n'en enlevaient aux Français les maladies occasionnées par une nourriture malsaine, les £itigues et les privations de tonte espèce. A Wilepak, à Smolcnak, les Rottes^ qui pA-

raissaient décidés à risquer une grande bataille, se replièrent devant des forces sijpérieures. Barclay, prévoyant et temporiseur, contenait l'impatience de ses soldats, et préparait froidement le succès de ceux qui lui disaient un crime de sa prudence.

Cependant l'exaltation du peuples russe était à son comble; les proclamations d'Alexandre, les exhortations solennelles du clergé, le danger qui menaçait Moscou, tout annonçait que la lutte serait terrible, et qu'une victoire ne la terminerait pas. Kputousof venait de remplacer Barclay , lorsque l'armée française joignit l'ennemi qui occupait une position forte à Borodino. Le 6 septembre au matin, Napoléon alla lui-même reconnaître l'ennemi, et résolut de l'attaquer dès le lendemain. Les deux armées également impatientes d'en venir aux mains, les Russes pour sauver la ville sainte, les Français pour en finir, présentaient un effectif d'environ deux cent quatre-vingt mille combattants. Ney décida la victoire, mais elle fut tellement disputé^ et coûta si cher aux Français, que Napoléon, en voyant tant de vides dans les rangs de ses braves, répondit aux généraux qui lui conseillaient de charger l'ennemi qui se retirait en bon ordre : Si nous avons une bataille denis^in, que nous restera-til pour vaincre?

Quelques jours après, Napoléon entrait dans Moscou. La ville était déserte ^ triomphe étrange sans vaincus et sans spectateurs! Bientôt les flammes s'élevèrent de tous les quartiers de la cité silencieuse, Moscou n'était plus qu'un vaste bûcher; mais ruinée et envahie, elle venait de reprendre le rang de première capitale de l'empire. Rostopchin avait eu le courage de consommer ce sacrifice comparable à tout ce que les dévouements antiques offrent de plus grand, sacrifice qui rapetissait le vainqueur et l'ensevelissait dans son triomphe. Napoléon étonné offre la paix ; on l'entame dans des négociations dilatoires; il perd quarante jours; mais il compte les braves qui lui restent, et il se croit encore invincible. Cependant, au 13 octobre, les premières neiges, avant-coureur d'unhiver précoce, annoncent le plus terrible auxiliaire des Russes; alors il ordonne la retraite; la retraite, quand les routes sont effacées ou impraticables ; c'est peu, le nécessaire manque à l'armée à l'instant même où, sous un ciel si rigoureux, la vie seule est une lutte. Là grande armée est détruite, mais ses débris se pressent instinctivement autour du drapeau; tel maréchal de l'empire redevient soldat , et, le mousquet à la main, marche en avant des colonnes. . . Honneur à ceux qui ont sauvé les nobles restes de

DES PEUPLES DU NORD. 8«l

nos légions ! Partout où l'ennemi jse montre en

force, les bataillons français se reforment pow mourir ou pour vaincre encore. Après une lutte acharnée, Eugène triomphe à Malo-Iaroslâvetz. Les débris de larmée d'invasion s'étaient dirigés sur Smolensk. Là, Napoléon put apprécier ses pertes : il lui restait à peu près quarante mille hommes. L'armée du nord, sous les ordres de Gouvion Saint-Cyr, avait peu souffert, et celle du sud quecommandait Sch^arzenberg, offrait encore un effectif de vingt -cinq mille hommes : mais Wittgenstein occupait Victor, et Tchitsdhagof, supérieur ai^^x Autrichiens, les tenait en échec. Enfin la Bérézina, qui devait ^t% le tombeau de Farmée

française, est franchie presque sous les yeux de Tchitschagof ; l'empereur gagne Wilna, laisse le commandement de l'armée au roi de Naples , et vole à Paris, dans l'espoir de réparer un désastre irréparable. La défection des Prussiens venait de cx>n$ommer les désastres de celte campagne.

Les événements de l'année 1813 prouvèrent au monde que les traités ne sont que l'expression des nécessités présentes. Les négociations entre l'Autriche et la France a'étaieat qu'un artifice dilatoire -, la Prusse, plus compromise, se déclaraît pour la Russie ; les Anglais gagnaieBtdu terraia ea Espagne,

Stt RtYOLUnONS

et leurs ag^its poUtiqaes s^agifaient partout. Enfin la réaction était générale.

Par le U^ité de Kalisch, Âlesandre dédarait qu'il ne poserait 1^ armes que lorsque la Prusse aurait recouvré le territoire qu'elle possédait avant la guerre de 4800* Au mois de mars, le traité de Stockholm mit les forces de la Suède à la disposition des alliés.

%poléon avait retrouvé toute son énergie; mais il résistait, il n'attaquait plus. Les eflbrts de cet homme extraordinaire furent dignes de son passé : il triompha à Lutzen'et à Bautzen*

Cependant le danger augmentait en-raison même de nos victoires. L'Autriche a levé le masque ; toute FEurope s'est retournée contre la France redevenue menaçante. La journée de Dresde marqua Fapogée de cette nouvelle série de succès, mais ce n'était qu'un piège de la fortune. La bataille de Gross-Beeren que le prince royal gagna sur Oudinot, et le désastredeVandamme à Peterswald, préparèrent la défaite des Français à Leipzig. L'Allemagne avait secoué ses chaînes; les exigences des alli^ s'élevaient comme leur fortune; il ne s'agissait plus de délivrer le sol germanique, mais de franchir le Rhin et de renfermer la France dans les fin>ntières de l'ancienne monarchie.

La campagne de 1814 mit à nu toutes les plaies de la France impériale. Les succès mêmes restaient stériles ; Tarmée était encore fidèle et animée de l'esprit de son chef; mais les ressources étaient épuisées, la population soupirait après le repos. Les Bourbons avaient quitté la terre d'exil^ et leurs partisans montraient le rappel du roi légitime comme la condition et le gage d'une paix honorable. La France unie et compacte eût peut-être repoussé Finvasion étrangère : Tirrésolution et la discorde accélérèrent sa ruine. La capitulation de Paris déjoua tous les plans de rempereùr, et la France crut déguiser l'humiliation de sa dé&ite, en acceptant l'ancienne dynastie. L'abdication de Fontainebleau avait consacré ce grand changement : le congrès de Vienne s'occupait de régler les restitutions et les indemnités des alliés, lorsque Napoléon débarqua à Cannes. Sa rentrée en France après un triomphe eût excité moins d'enthousiasme : c'était plus que le dévouement à un homme, c'était la réaction de la France nouvelle contre la France du privilège et de l'émigration. La jeunesse, les débris de l'armée se groupèrent autour du grand capitaine ; mais les plus sages comparaient l'obstacle aux ressources y et déploraient l'issue d'une lutte ri inégale.

i84 RÉVOLUTIONS

Le désastre de Waterloo ne fut quela conséquence naturelle de la situation politique. Le génie du chef et l'élan des troupes françaises l'emportèrent d'abord ; l'hésitation de Grouchy compromitle succès; la patience et le nombre triomphèrent. En cas d'échec^ un million d'alliés se. précipitaient sur la France.

Le traité de Paris stipula le» exigences de la conquête ; celui de la sainte-alliance avait été signé deux mois auparavant (1).

Le caractère de mysticisme que prit alors la politique s'explique par l'esprit de l'époque, non moins que par les prédispositions morales de l'empereur Alexandre. En moins d'un quart de siècle, le torrent révolutionnaire avait renversé les institutions de la vieille Europe : trônes, nationalités , tout jusqu'au langage, administratif avait subi les conséquences de la défaite. Le s^itiment national avait été le point d'appui de la réaction européenne, le sentiment religieux le compléta. En présence des maux de la guerre ou de l'épuisement des populations, les princes semblèrent adopter les principes d'unepolitiquehumanitaire,etlemalbeurksrapprocba de leurs peuples : eetle disposition des esprits

{4]2Û«epUaibrelSI5.

rendit faciles les plus grands sacriflôes. Après la victoire, on put sonder toute la profondeur de la situation ; les germes révolutionnaires étaient partout : d'un autre côté, l'équilibre de l'Europe était ^ rompu par le développement de la pui3sance russe, et les petits États de l'Allemagne se trouvaient menacés par les rivalités de l'Autriche et de la Prusse. On crut neutraliser tous ces éléments de discorde en transformant la ligue armée dont la mission était accomplie, en une alliance sainte, de telle sorte que les intérêts des princes fussent solidaires, et que les tendances nouvelles ne pussent forcer les conditions de ce système sans se heurter à un obstacle religieux, et sans donner l'éveil à toute l'alliance.

Les vices'de ce système étaient sensibles, et dans ce qu'on venait d'établir, et dansVl qu'on voulait empêcher. Dans les combinaisons du partage, le principe de la légitimité n'était point resté intact ; puisqu'il avait fallu admettre quelques iimovations, on n'était point fondé à repousser indéfiniment les réformes que réclamait l'Allemagne comme la récompense de ses sacrifices. La sainte alliance ne se prouva donc que par des rigueurs et des répressions qui disciplinèrent les résistances ; et à l'instant même

où la France était domptée, l'esprit de la révolu- IV. 2^

lion de 89 travaillait toute l'Europe. Malgré ce vicç organique de la sainte alliance, elle se soutenait par la conscience du. danger, et par le génie de M, de Metternich, qui avait su enlacer l'empereur Alexandre dans les liens d'une religiosité timorée et d'un sentimentalisme politique. Les entrevues de ce monarque avec madam e de K^rudener avaient produit sur son âme naturellement tendre et exaltée une vive impression. La révolution qui l'avait mis gur le trône, les traverses de son règne, le dénoûment providentiel de sa lutte contre le génie et la puissance de Napoléon, tout, jusqu'aux faiblesses de sa vie privée , donnait à sa piété un caractère de modestie et de gratitude. Il semblait qu'il voulût expier sa grandeur à force de modération. Ses alliés tirèrent un avantage positif de cette abnégation volontaire : éc|||lré autant que ferme, Alexandre ne fut la dupe que de ses propres vertus. Plus d'une fois la force des choses et les exigences de la politique le convainquirent de la difficulté du rôle qu'il s'était laissé imposer. C'est ainsi que la constitution qu'il avait octroyée aux Polonais trompa ses vues et leurs espérances ; s'il ne considérait la Pologne que comme une annexe de l'empire russe, il en fit trop ; s'il voulait régulariser l'exercice des libertés nationales par une pondération salutaire.

il s'alarma trop promptement des conséquences nécessaires de son bienfait.

Les congrès de Troppau, de Laybach, d'Âix-Ia- Chapelle , étaient comme les corollaires des troubles du Piémont et de Naples. La sainte alliance s'efforçait d'étouffer ces manifestations ; mais elle ne pouvait avoir d'action sur l'esprit des masses qu'en employant des moyens plus propres à augmenter l'irritation qu'à la calmer* Alexandre avait une double tâche à remplir : celle de chef de la sainte alliance , et celle d'empereur de Russie. Gomme tsar^ il fondait ou favorisait toutes les institutions qui pouvaient conduire son peuple à la liberté ; comme modérateur de l'Europe, il arrêtait l'essor des idées avancées, se, flattant d'équilibrer les forces physiques et'intelligentes dans des conditions dont le dernier terme serait le repos et le bien^ être de l'humanité : conception vraiment noble, mais qu'il n'appartient qu'au temps de réaliser. L'insurrection des Grecs mit la longanimité d'A* * lexandre à une rude épreuve : ses frères en religion étaient massacrés par les Turcs; l'occasion des'éten* dre vers l'Asie se présentait naturelle et légitime : cependant il refusa d'appuyer une révolte. Partout le système d'immobilité ddnt Alexandre était le hn»f et U» de Mettermdi la tète, se trodvah

débordé par les tendances ou par les faits. Les sociétés secrètes bravaient les mesures d'une police vigilante. En France, en Italie, en Allemagne, en Pologne et jusqu'en Russie, un pouvoir occulte paralysait l'action gouvernementale : le fluide électrique n'attendait qu'un conducteur pour éclater sur les trônes de droit divin.

Des événements sinistres agirent sur le moral déjà affecté de l'empereur Alexandre. Un incendie dévora le palais de Tsarskoié-sélo, et un débordement extraordinaire menaça d'engloutir Saint-Pétersbourg. Depuis cette catastrophe, où le chef de la sainte alliance crut reconnaître le doigt de Dieu, la politique russe sembla vouloir sortir des limites où la retenait le cabinet de Vienne ; la résistance héroïque des Grecs, en éveillant la sympathie universelle, accusait la longanimité des souverains; l'esprit d'opposition se faisait un point d'appui de cette cause religieuse , et le système , acculé à ses ' dernières conséquences, devait se modifier ou renier son principe. Les difficultés de la politique se compliquaient encore par des embarras financiers. L'entretien de la flotte et des armées russes excédait Içs ressources de l'empire. Pour simplifier les dépenses, on essaya de coloniser les militaires dans les villages de la couronne ; la cavalerie se prêta à ce mode

d'organisation, mais les essstis appliqués à Tinfanterie furent abandonnés plus tard. La lutte morale à laquelle Alexandre était en proie se révélait par l'inégalité de son humeur, et par un redoublement de mysticisme que les uns attribuaient à l'ébranlement de ses facultés, les autres à des scrupules de conscience, nés de sa détermination tardive à protéger efficacement ses coreligionnaires, lorsqu'il entreprit un voyage dans les provinces méridionales de ses États. Il fut saisi de la fièvre de Crimée, et expira à Taganrok le 19 novembre 1825, dans les sentiments de résignation et de piété qui devaient couronner une vie si pure. Ses intentions furent constamment droites j il s'était montré ferme et populaire dans la résistance , mais le succès dépassa les forces de sa nature ; il erra souvent dans les moyens, parce qu'il jugeait les hommes d'après luimême, et ferma les yeux sur ce que le mouvement de l'époque avait de légitime et de puissant : il crut assurer la paix du monde en décrétant l'immobilité. Napoléon avait tout déplacé; Alexandre voulut renfermer jusqu'aux idées dans les limites des traités : tous deux échouèrent parce que l'intelligence a Savoie et qu'elle ne relève que d'elle-même. Après lui, les passions, longtemps comprimées, réagirent avec violence, et la volonté des peuples

SM BÉTOLUnOHS

Tenyersa enpen de jours rorayre si laborieusement constmite de l'alliance des rois.

Quant à la modération d'Alexandre^ elle n alla point jusqu'à l'abnégation ; à la mort de ce monarque la Russie avait complété ses fipontières, au sud, par la ligne du Caucase, au nord, par l'acquisition de la Finlande suédoise; enfin, par la Pol(^e, elle se créait une force immense d'agression, et attirait à elle par le seul effet de sa présence tous ces lambeaux du monde slave, jetés comme au hasard au milieu des possessions germaniques et ottomanes. La vraie politique, celle qui voit le succès dans la durée , se prouve moins que par des entreprises extraordinaires , que par la mise en ceuvre intelligente de toutes les ressources d'un Etat.

Dians une histoire qui a pour but de signaler Fesprit des révolutions, le développement des fidts récents ne serait point à sa place. Au milieu des intérêts qui divisent l'Europe, Técri vain impartial se récuse : rexpérienoe même lui interdit de prononcer sur des changements dont l'avenir sent lévâem h pM^

tée. Plus la critique du présent est facile, à ne considérer que le côté vicieux des institutions, plus le correctif se dérobe à l'historien consciencieux qui tient compté, non-seulement de ces obstacles qui sont de tous les temps, mais de ceux que nous a légués un passé de plusieurs siècles.

D'un autre côté, la flatterie serait pire encore j une- erreur s'excuse, la flatterie déconsidère et le souverain qui en est l'objet et l'homme qui s'en fait l'organe. Laissant à nos neveux le blâme et l'éloge, nous nous contenterons d'esquisser les faits principaux, les seuls qui caractérisent la physionomie d'une époque.

Nous n'avons rien à dire du Danemark ; depuis la chute de l'empire français , ce royaume a porté la peine de la fidélité à ses alliances ; son influence sur les affaires de l'Europe est à peu près nulle; délivré des grandes agitations politiques, il se repose de ses longues luttes, et semble borner son ambition au développement de ses ressources et à la culture des arts de la paix.

Contre toute espérance, la Suède, si près de sa ruine sous Gustave- Adolphe IV, s'est relevée de ses désastres. Pour la troisième fois, un roi d'élection raffermit les destinées de ce pays de liberté. Un soldat de l'empire, simple grenadier au début de sa

carrière, prince de Ponte-Corvo en 1806, élu prince béréditaire de Suède quatre ans après, ceint la couronne des Vasa en ^ 8 1 8, et ajoute à l'écu de Suède les armes de Norvège. Appuyé par la Russie, il entra dans la ligue qui devait renverser son ancien maître; cette ligue triompha. Les devoirs d'une élection libre et librement acceptée déterminèrent Charles-Jean. Désormais la lutte entre la Russie et la Suède est terminée par la cession de la Finlande, et l'activité des Moscovites se tourne vers l'Orient.

Quand le souvenir de la coopération active du prince royal au succès de la sainte alliance fut affaibli, on essaya d'ébranler .la fermeté du roi de Suède par des intrigues et des menaces indirectes : mais tout fut inutile : les réclamations du Danemark au sujet de la dette de Norvège furent réglées sur des bases équitables ; les tentatives de soulèvement dans ce dernier pays échouèrent aussi bien que quelques conspirations obscures, qui ne servirent qu'à faire éclater le dévouement du peuple pour le prince de son choix. Charles-Jean resta ce qu'il avait été, Thonmie de ses œuvres, et il porta les soins et la dignité de la couronne comme s'il était né dans la pourpre. Le sang des Beauhamais coule dans les veines de ses petits-fils^ et réducation

toute suédoise du prince Oscar est comme; un ^nouveau lien qui attache le peuple à la dynastie du roi soldat.

De grands travaux marquent le règne de Charles-Jean; on ^'étonne qu'avec des ressources aussi modiques on ait osé les entreprendre et su les exécuter. Parmi ces monuments, le plus utile est le canal de Gothie, qui joint la Baltique à la mer du Nord, fecilite les communications commerciales, et les affranchit désormais de la servitude des détroits, causes jadis si fécondes de démêlés et de guerres entre la Suède et le Danemark.

Le repos dont jouit la presqu'île Scandinave, et qui résulte surtout de la politique d'expectative adoptée par les puissances de premier ordre, a permis aux Suédois de développer l'industrie manufacturière parallèlement à l'accroissement de la production. Quand l'esprit d'association aura triom^ phé des répugnances des propriétaires, le commerce des fers prendra une extension rapide et ouvrira une source inépuisable de travail à la classé pauvre^ qui reste inactive pendant une partie de Tannée, et que décime l'abus des liqueurs spiritueuses.

Tandis que l'agriculture, le commerce et l'industrie, favorisés par une longue paix, permettent d'équilibrer toutes les branches du système finan-

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der et simplifient Faction l^slative, les arts, les sciences et les lettres élèvent la Suède au niveau des nations les plus avancées. L'esprit d'investigation, si naturel aux Suédois, a agrandi toutes les voies des sciences exactes et naturelles ; leur poésie, dégagée des langes de Fimitation^ a puisé le beau dans la nature, en s'appuyant au sentiment national et au sentiment religieux : enfin, les historiens ont scruté avec un soin sagace tous les monuments du passé. Les Suédois ont des historiens consciencieux autant qu'éloquents ; en méditant leurs annales, où tant de malheurs se mêlent à tant de gloire, ils apprécient d'autant plus ce bonheur calme et solide que donnent la paix et la maturité des institutions. Cependant la Suède, peu formidable aujourd'hui par sa force d'agression, se trouve dans les conditions les plus £avorables pour défendre ses frontières naturelles qui embrassent toute la presqu'île Scandinave. Ses rivages, profondément découpés et semés d'écueils ; ses lacs, ses montagnes et ses défilés, l'âpreté du ciel et le courage d'un peuple religieux, brave et pauvre, opposeraient à une armée d'invasion des obstacles presque invincibles. Les dernières guerres ont prouvé que dans une guerre européenne l'alhance suédoise prend une importance qu'explique son assiette géogra-

DES mUPLES DU NORD. 595

phique^ à la fois en dehors et à portée des principales lignes stratégiques de la Russie et de TÂllemagne.

Il ne nous reste plus qu'à résumer ce que nous avons dit sur la Aussie, et à jeter un regard rapide sur le règne de l'empereur actuel. Nous avons vu les Slaves du nord et de Test, disciplinés sous la domination des Variègues, inaugurer leur civilisation en acceptant le christianisme. Les rivalités des princes apanages entravèrent longtemps le développement des institutions. A l'instant même où un instinct conservateur rapproche les Russes de l'unité monarchique, le glaive des Mogols vient tout niveler. Après deux siècles d'oppression j durant lesquels s'élaborent tous les éléments du despotisme, les princes tributaires de la horde secouent le joug ; le sol russe est affranchi, mais l'empreinte asiatique est restée sur le front des vainqueurs ; à peine s'aperçoivent-ils qu'ils ont changé de servitude. Peu à peu cette âpreté de mœurs s'adoucit par les relations européennes. Le despotisme sombre de Jean IV a fondé l'unité de l'empire ; le génie inflexible de Pierre le Grand impose aux Russes la civilisation de l'occident. Catherine adoucit les aspérités de cette large ébauche, et déjà sous Alexandre la Russie domine la politique de l'Europe.

Mê BÉVOLUnONS

Jn§qaeAh Fantocratie a troa vé de noa veUes foron dans un système constamment actif; les inconvénients se sont effiicés, pour ainsi dire, dans la grandeur du résultat; mais, dans un état politique stationnaire, ou de transformation purement civilisatrice, les vices d'un gouvernement se font d'autant plus sentir qu'ils frappent l'attention pnbHque sans partage. Un exposé succinct du règne de Fempereur Nicolas montrera que l'exercice d'un pouvoir absolu a ses conditions et ses limites, et qu'il exige autant de fermeté que de prudence, soit en présence des rivalités étrangères, soit même dans les améliorations que réclame le plus impérieusement l'état du peuple.

A la mort d'Alexandre, une conspiration, ourdie depuis longtemps, éclate dans l'armée; leschefis, officiers pour la plupart, voulaient un changement de constitution^ mais les soldats, incapables de saisir la portée de ces théories, résistent, et quelques-uns ne se décident à agir que parce qu'on leur fait croire qu'on veut frustrer le grand-duc Constantin de ses droits au trône. La révolte est étouffée; mais une vérité reste évidente : c^est que l'absolutisme, qui convient encore aux masses, rencontre une opposition systématique dans une partie de la noblesse; car la tentative de 1825 ne

ressemble plus à ces conspirations de palais dont le seul but était un changement de personne.

Après le jugement des coupables, l'empereur Nicolas jugea qu'une diversion énergique était né- , cessaire, et qu'une guerre nationale absorberait touç ces éléments d'agitation. Il se trouva que le caractère du monarque était en harmonie parfBite avec le rôle que lui indiquaient les circonstances. Alexandre avait beaucoup promis et peu tenu; Nicolas, sans rien promettre, débuta par des victoires, et les concessions spontanées du trône n'en furent que plus efficaces. Tous les regards étaient fixés sur l'Orient ; les peuples s'étaient pris d'enthousiasme pour la cause des Grecs^ sans prévoir que les ruines du despotisme turc s'ajouteraient à la base du despotisme russe; l'Autriche et l'Angleterre,

craignant que l'obstination du divan n'attirât les

Russes jusqu'au Bosphore, menaçaient Mahmoud d'une coahtion européenne, et surveillaient en même temps les démarches du cabinet de Pétersbourg. La France entra dans les mêmes vues ; et les suites du combat de Navarin prouvèrent bientôt que le triomphe des alliés de la Russie n'était pour eux qu'une défaite diplomatique.

Tandis que la Russie semblait se borner à n'agir contre la Turquie que comme liée par le traité de

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Londres^ efle attaquait la Pêne, où ]es léfoniMs dans le svstcme militaire prenaieiit on eaiactère menaçante Depak quelques années^ des instroctears étrangers formaient les Persans et les Torcsà la discipline eoropéenne; il était ui^ent poor les Rosses de ne pas attendre qoe ces changements portassent leurs fruits. Les victoires de Paskéritdi en Perte préparerait le traité de Tourkmandiû (4), qui livre aux Russes les provinces d^Érivan et de Nakhitcliévan, et leur pomet de prendre à revers toute la ligne du Caucase. Deux mois plus tard, la Russie déclarait la guerre à la Porte. H £dlot deux campagnes et dMmmenses sacrifices pour triompher des obstacles qu'opposaient aux généraux du tsar la nature des lieax^ les maladies contagieuses et la bravoure des Ottomans. Pour la première fois, le pavillon rosse flotta sur les forteresses de rArméuie turque; pour la première fois leurs aigles firan*ehirent la chaîne des Balkans. Enfin, le traité d'Andrinople termina la lutte ; il livre aux Russes les embouchures du Dairabe^ et, en leur assurant l'emphre de l'Euxin, il établit définitivement leur pré' pondérance dans FOrient et leur ouvre le chemin des Indes. Ce doubla ^omphe des armes et de la

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politique permettait à l'empereur Nicolas de porter sa sollicitude sur les améliorations de l'intérieur. L'esprit de l'armée n'était plus douteux ; mais l'influence des idées et des formes politiques de l'étranger neutralisait en quelque sorte le dévouement de la noblesse ; il s'agissait, d'attacher la nouvelle génération aux institutions du pays par une éducation plus forte et plus nationale, de satisfaire aux tendances morales par des garanties plus larges, et de couvrir la personne de l'autocrate de l'égide des lois. Quant aux paysans, ceuxdes domaines delà couronne se trouvaient placés dans des conditions plus ÉBivorables, on les rapprocha graduellement de l'émancij^ation; cette classe nombreuse et active exprime la transition de l'affranchi au serf j elle est comme le point d'appui d'une émancipation générale qui, opére'e sans tempéraments, présenterait de grands dangers. Les Russes entraient avec espoir et confiance dans ces voies nouvelles, lorsque la révolution de juillet éclata : tous les cabinets de l'Europe s'émurent; mais le torrent avait creusé si profondément son lit qu'il ne put que réagir sur luimême. Cependant cette victoire rapide du peuple ;surune dynastie parjure surexcita les passions longtemps comprimées; la Belgique suivit l'exemple de la France ; toute l'Allemagne s'agita ; mais nuUe

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part les cris de liberté ne trouvèrent plus d*échos sympathiques qu'en Pologne. Toutes les résistances passèrent de Tétat de conspiration à celui de révolte armée ; la force militaire, si admirablement organisée par le grand-duc Constantin , se retourna contre le gouvernement; une jeunesse enthousiaste, pressée de -faire acte d'énergie, se dévoua pour la délivrance commune; Varsovie se crut libre, et la lutte venait seulement de commencer. Si les huit palatinats, c'est-à-dire la Pologne telle que l'avait constituée x\lexandre, supportaient seuls le poids de la guerre, les ressources révolutionnaires devaient bientôt s'épuiser; si l'on essayait de soulever la Lithuanie et les provinces échues à la Russie dans le dernier partage, on alarmait l'Autriche et la Prusse, et l'on triplait les chances de défaite. Dès le principe, trois partis, distincts par leurs tendances comme par leur action, révélèrent l'absence de cette unité de vues et d'efforts qui supplée le nombre, et sans laquelle le triomphe d'une insurrection sur des forces bien supérieures devient impossible. Les politiques voulaient transiger : c'était avouer leur faiblesse ; les constitutionnels rêvaient la charte du 3 mai, oubliant qu'une ' organisation présuppose l'existence; enfin, les exaltés ne demandaient qu'à combattre, pressentant que

l'ordre ne pouvait naître que de la victoire^ et préférant même une défaite glorieuse à la né|/ation de leurs principes.

Le développement de c^te lutte si complexe^ à l'intérieur par le jeu des partis^ devant l'ennemi par les chances de la guerre^ exigerait une relation spé* ciale« Nous nous bornerons à dire que les Polonais, comme lés Ru^es, se montrèrent tels qu'on les avait vus dans les guerres précédentes. Le ccmra^ était égal de part et d'autre ; mais les pertes des^ insurgés étaient irréparables, tandis que de nouveaux renforts conservaient aux Rùj^s leur prépondérance. Les Polonais eurent \^ gloire de tenir longtemps en écbec toutes les forces de Diebitch ; ce général, bon tacticien, mais refroidi par Fàge, dut . céder le commandement au prince d'Érivan ; dès lors tout changea de face : cet autre Sou vorof termina la campagne par la victoire de Varsovie, pèsormais la Pologne est soumise dé Mty mais les débris de cette nation généreuse protestent encore contre la conquête; l'esprit de l'émigration n'est pas vaincu.

Il y a un siècle et demi, la Russie comptait à peine, dans les combinaisons de la politique euro« péenne : aujourd'hui rien d'important ne peut se iaire qui ne touche à ses intérêts ; la Turquie, en si-

gnant le traité d'Unkîar-Skeleséi , a abdiqué son indépendance; lea mhiès de l'Oural et du Valdaï donnent à la Russie du fer et de l'or : elle est puissante entre les nations : la civilisation de l'Europe a fécondé ses ressources; mais le plus difficile reste à foire, c'est de mettre de l'harmonie et de l'«nsemble dans toutes les parties de cet empiré immense, c'est de cimenter lès réformes et les amélioxi(^ti0ns pip rélément national, c'est de faire passer sans secdusse le peuple à cet état de liberté et de digoité morale qui complète Thomnie en lui don- Bant la eonseiènce de ses devoirs et de ses droits^

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