‹ revve des documents historiquesChapitre 48 sur 108 · DE POLICE · texte numérisé non relu

DE POLICE

SECRÉTARIAT ^ '°" Excellence le Ministre

GÉNéRAL du Commerce et des Travaux publics.

J20 'Bureau.

^^^^^^^J^iTus Monsieur le Ministre,

bals masqués oui

ont lieu dans les , , ,, , , ,

Théâtres de la Ca- Votre Excellence, en donnant par la lettre

pitale. ' ^

qu'elle m'a fait rhonneur de m'écrire le

20 courant, son approbation à la mesure qui interdit, cette année, les bals masqués au Théâtre de TAmbigu-Comique, exprime en même temps l'intention de voir autant que possible favoriser la prospérité des Théâtres, et notamment les Directeurs qui ne sont pas hostiles au Gouvernement, et ce, de préférence aux établissemens des Bazars Montesquieu et Saint-Honoré, qui exploitent ce genre d'industrie.

Je crois devoir ajouter aux observations que j'ai eu l'honneur d'adresser à ce sujet à votre Excellence, le 16 courant, quelques réflexions qui lui démontreront, j'espère, que mon

administration s'est toujours proposé le but qu^elle indique^ çt que ses instruaions à cet égard ont été remplies autant que possible.

Il su%a de rappeler à votre Excellence quel était l'état des choses avant la Révolution de Juillet.

Un seul théâtre, l'Opéra, avait la faculté de donner des bals masqués. Il tenait son droit du décret de 1806. Avant i83o, l'administration crut devoir, avec l'agrément du Directeur de l'Opéra, étendre cette faculté à trois autres Directions. En conséquence, elle désigna l'Odéon, la Porte Saint-Martin et le Cirque comme les seuls théâtres qui seraient en possession de donner des bals dans Paris.

Postérieurement, et dans l'hiver de i83o à i83i, la plupart des Directions théâtrales se croyant affranchies, par les événements de la révolution, des règles de leurs privilèges, usurpèrent généralement le droit de donner des bals masqués. Ainsi, à Texception des Français, du Vaudeville et des Italiens, il y eut des bals masqués, pendant près de deux mois, dans tous les théâtres de la Capitale.

Mon administration;» dans cette année, ainsi que dans l'hiver de i832, voulut bien, en raison des circonstances difËiciles où la Révolution avait placé les Directions théâtrales, tolérer ces usurpations, mais en se promettant d'ap* porter, par la suite, une amélioration dans ces réunions nocturnes qui étaient continuellement la cause de scènes d'immoralité, de danses indécentes et de paroles obscènes.

Cette année donc, avant l'époque du Carnaval, j'ai jugé convenable, afin de prévenir le retour de semblables excès,, de restreindre le nombre des bals, d'en fixer l'ouverture au S janvier courant, d'imposer des conditions rigoureuses aux Directeurs,* ainsi que la présence d'un grand nombre d'agens de mon administration dans leurs théatres,.pour y maintenir l'ordre et la décence publique.

Quant à l'Opéra, je n'ai pas eu à m'en occuper sous le

LÉS BALS MASQUÉS A PARTS gS

rapport d'une autorisation ; il tenait son drdt de la loi, et

l'administration n'a que des félicitations à adresser à son Directeur pour la bonne marche qu'il donne à ces réunions.

RelatiTement à TOdéon, M. Harel, tenant de votre Excellence la fiaculté d'y donner des bals masqués, je me suis fait un devoir d'assurer Texécurion immédiate de sa décision.

Trois autres directions théâtrales, savoir : le Palais Royal, les Variétés et la Porte Saint-Martin, étaient en demande auprès de ma préfecture dès le mois de décembre dernier pour user pareillement de la faculté de donner des bals masqués.

Devaîs-je autoriser ces Directeurs à l'exclusion des autres ? Telle était la question à examiner. Pour le théâtre de la Porte Saint-Martin, cela ne faisait aucun doute ; cet établissement était en possession de donner des bals avant la Révolution.

Restaient les bals du Palais Royal et des Variétés à autoriser : les goûts du public, et ses habitudes dans ces théâtres à la présente époque, m'ont paru des motifs suffisans pour les permettre dès le 5 janvier, et, en outre, j'ai pensé qu'en raison du prix élevé des entrées, on y obtiendrait une composition meilleure que dans les théâtres de l'Ambigu et des Boulevards, où Ton est dans l'usage de délivrer une grande quantité de billets à un franc, ce qui donne lieu & des réunions turbulentes et extrêmement difficiles à surveiller.

Voici, Monsieur le Ministre, les raisons d'ordre public qui m'ont déterminé à ne permettre d'ici au 2 février, ouverture du Carnaval, qu'un certain nombre de balsdans les th^très et à remettre à la dite époque ceux qui, par la composition du public qui les fréquente, n'of&ent pas autant de garanties à l'autorité.

J'ajouterai aussi que, si chaque théâtre avait été admis i donner des bals à partir du 5 janvier, mon administration aurait manqué de moyens de police et d'agens pour exercer

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la surveillance nécessaire au maintien de Tordre et de la morale publique dans ces réunions bruyantes.

M'expliquant également sur la tolérance accordée par ma préfecture aux établissemens des bazars Saint-Honoré et Montesquieu qui leur permet des bals masqués, Votre Excellence se rappellera facilement par quelle succession d'incidents Tadministration a été amenée à les tolérer.

C'est après avoir lutté très longtems contre ces établissemens pour empêcher des concerts que Tune de ces entreprises, le Bazar Montesquieu, ayant fermé sa salle au bout de quinze jours d'exploitation, a sollicité de nouveau, pour éviter sa ruine et récupérer des pertes considérables, le bénéfice de mon ordonnance qui permet l'ouverture des bals publics dans Paris.

Le sieur Guiboud, possesseur de la salle Montesquieu, payant un loyer de quinze mille francs, offrant dans sa personne des garanties à Tautorité et ne pouvant être assimilé à un Directeur de théâtre dont le genre est tout à fait exclusif du droit de donner des bals, devait nécessairement être admis au bénéfice de cette ordonnance, et c'est ce qui a motivé mon autorisation qui lui accorde des bals de nuit non masqués.

La réclamation du sieur Chabrand, entrepreneur des concerts du Bazar Saint-Honoré, se basant sur les mêmes motifs, j'ai du pareillement permettre des bals à cet établissement, qui, plus que les théâtres, donne, par la bonne composition de ses réunions, des garanties d'ordre public.

Mon administration n'a donc pas manqué de justice à l'égard des Directeurs de théâtres en permettant les bals à ces deux établissemens qui ont un genre spécial et n'ont aucun rapport avec les théâtres qui cherchent à faire des bals l'objet principal de leur exploitation, alors que ce genre de réunions publiques n'en devrait être que l'accessoire passager.

Il faut que les Directeurs de spectacles sachent que le droit de donner des bals n'est pas inhérent à leur privilège et qu'ils

doivent se soumettre à l'ordonnance de police concernant les bais, enfin, et que dans tous les cas il convient de ne pas laisser ouvrir ni afficher des bals dans les théâtres, sans une permission de l'autorité, qui doit régler les conditions nécessaires au maintien de Tordre et de la tranquillité de la Capitale. C'est pourquoi j'ai dû défendre le bal que M. de Cescopenne avait affiché sans aucune permission : la mesure de rigueur prise à ce sujet était un avertissement nécessaire.

Telle est. Monsieur le Ministre, la règle de conduite que je me suis tracée en cette matière et que je compte améliorer, tant que la direction de la police me sera confiée.

Je désire que cette marche obtienne votre assentiment.

Agréez, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon respect.

Le Conseiller d'État, Préfet de Police,

GiSQUET.

J'ajouterai aux observations ci-dessus que la surveillance des bals dans les théâtres est un service fort pénible et dispendieux pour mon administration, puisque les agens ne sont pas rétribués par les théâtres et sont obligés de passer la nuit.

Plus les prix d'entrée sont modiques et plus les bals sont mal composés. Dès lors il faut un plus grand nombre d'agens pour maintenir autant que possible le bon ordre.

Huit théâtres des boulevards donnant à la fois des bals occupent la totalité des employés de la police municipale, et dès lors le service manque dans les autres et très nombreux établissemens publics où l'on se livre au même divertissement. Il m'est dès lors impossible de suffire à tout et l'inconvénient est d'autant plus grave qu'après avoir passé la nuit les agens fatigués ne peuvent faire aucun service pendant le jour suivant. Il y a donc nécessité de limiter sévèrement le nombre des bals qui peuvent être ouverts dans les théâtres ( i).

(t) Ce po8t-scriptum est de la main de Gisquet.

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