LE MARÉCHAL DE VILLÂRS I
à la mode du temps de M. de Turenne, il n^a pas blâmé les divers plis que l'on met à un just' au corps; je suis persuadé qu'il faut les supprimer entièrement.
Quant aux plastrons, c'est moy qui les ay établi dans la cavalerie. Ne vous relâchez point sur cela ; M. de Turenne fit acheter toutes les cuirasses qui se trouvèrent à Francfort, Mayence, Spire et Vorms pour en donner à tous les ofSders de cavalerie, et huit par compagnie, voulant que le premier rang au moins fut armé, disant que^ lorsque Ton deffend aux cavaliers de tirer, ils n^ont pas beau jeu en attaquant sans armes un cuirassier. Ainsy, monsieur, des plastrons préférablement à tout.
M. de Turenne haissoit le mousqueton, ne songeant qu'à Parme nécessaire pour une bataille ; je n'oserois proposer de lesoster à la cavalerie. Ne les faittespas fusils, mais du calibre de l'infanterie.
Quant aux bottes, je tiens encore de M. de Turenne l'aversion pour les grosses bottes. Le feu Roy, sur mesreprésentations, ordonna qu'elles seroient molles, mais Ton n'y tint pas rigueur.
M. de Turenne citoit toujours un exemple , c'est qu'au combat de Fribourg, Tinfanterie de France, ayant emporté ufi retranchement, deux mil cavaliers impériaux, pied à terre, le regagnèrent sur notre infanterie.
Pour moy, qui ay veu que nos cavaliers, ayant derrière eux deux ou trois besaces, ne peuvent monter à cheval qu'avec une extrême peine, indépendamment des occasions où l'on peut faire mettre pied à terre à la cavalerie, je dis que les grosses bottes sont d'un mauvais usage, et ceux qui avancent qu'il faut de grosses bottes et de grands chevaux pour rompre des escadrons n'en ont guères veu charger. Je dis donc qu'il faut conserver les plastrons.
L'on peut laisser les mousquetons, ainsy que je Tay dit cydevant.
l8o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
Ne pas s'attacher aux grands chevaux, par la raison, qu'en temps de guerre ils sont trop chers. N'estre pas difficile sur les grands hommes. Quant aux buffles, n'y pas obliger les capitaines et ester les apparences de panier dans les just^ aux corps.
De bonnes épées. Que la garde couvre un peu la main et que les lames ne soyent pas si longues.
Voilà, monsieur, pour obéir à Tordre de Sa Majesté, duquel je me tiens très honoré, ce que je pense sur les diverses questions que contient votre lettre.
En temps de guerre je ne voudrois pas de grands chevaux, mais un petit bidet par chambrée pour porter la tente, la marmite et une partie des besaces.
Le cavalier est plus en état de servir; quand on fait un détachement dans la marche, ce qui est assez fréquent, on voit les régiments entiers obligés de faire alte pour donner le temps aux cavaliers détachés de mettre pied à terre, oster partie de ses besaces, la tente et la marmite pour en charger ses camarades.
Mais cet article d'un bidet par chambrée, gardons-le pour le premier quartier d'hyver que nous prendrons en pays ennemy.
Je suis toujours, avec les mesmes sentiments, plus parfai* tement que personne de monde, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
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