‹ revve des docvments historiqvesChapitre 18 sur 70 · ANTOINE PETIT · texte numérisé non relu

ANTOINE PETIT

de génie; mais je n^en suis point fâché. Je soutiens qu^il en est d^un ministre comme d^un médecin ; il ne faut pour exceller en médecine qu^un bon esprit, du travail et de la probité. Il n^en faut pas davantage pour faire un bon roy, un bon ministre : croiés-vous que Louis XII et le cardinal d'Amboise, croiés-vous que Charles le Sage eussent autant de finesse et d'esprit que Texécrable Isabeau de Bavière et la détestable Catherine de Médicis, etc? De la probité surtout c'étoit là la grande qualité de M. le duc de Choiseul. J'ai vu aujourd'hui la lettre d'un des commenceaux de sa maison ; on m'assure, et j'en bénis le ciel, qu'il n'a pas perdu un instant sa gaieté naturelle et qu'elle se répahd sur tout ce qui l'environne; je voudrois bien qu'elle put gagner jusqu'à moy; je vous avoue que je suis d'une humeur chagrine. C'est apparemment cette mauvaise humeur qui m'a fait m'arrester sur une phrase de votre lettre, où vous dites qu'il est certain que vous n'avés pas tiré, Vannée dernière, tout le party que vous auriés pu des bonnes dispositions où, Von étoit pour vous. Franchement il me semble que vous en avés tiré un très-bon party, et la certitude qui vous frappe ne se fait point sentir à ma foible intelligence. Je souhaite bien sincèrement que vous fassiés porter au double, même au triple, vos appointements ; mais il est des choses que l'amitié fait désirer, et que la justice ne permettroit pas de faire.

L'ami Guenet ne m'a point encore remis votre mémoire ; cette espèce de surintendance des choses relatives à la santé dont vous me dites quelques mots, ne peut et ne doit jamais, chez un peuple sagement policé, estre mise dans la main d'un médecin pour bien des raisons. La première, c'est qu'elle seroit infailliblement une sorte de magistrature, et le médecin ne doit jamais être magistrat; il vaudroit mieux qu'il fut prestre. Comment voulés-yous qu'un homme distrait par tous les détails de sa surintendance, inspection ou tout ce qu'il vous plaira, même en écartant de la place tout ce qui pour-

roit sentir la magistrature, soit censé avoir le tems de voir des malades jour et nuit et s^occuper uniquement d^eux. SMl n^y avoit que les grands seigneurs qui fussent malades, il n^y au-* roit pas de mal que tous les médecins fussent Chevaliers, Comtes, etc., mais les pauvres le sont et leur santé importe bien plus que celle des riches ; or il faut, quoi qu^en puissent dire les amateurs de la dignité et de la décoration, il faut entre le malade et le médecin un certain rapport, et conmient voulés-vous que M. le Surintendant se rapproche assés du malheureux paysan, artisan, etc ? Si votre homme n^est qu^un conseiller, un donneur d^avis. Monseigneur le gouverneur et puis mon autre seigfteur Tintendant et puis le maire et puis le lieutenant de Police et tant d^autres, recevront ces avis à Tordinaire sans les payer et sans les suivre, et tout ira bien. Eh mon amy, il n'y a que trop dans ce pays d'inspecteurs, de contrôleurs, d'intendant«, de gouverneurs, de ju* geurs, c'est-à-dire de mangeurs, rongeurs, suceurs, dévoreurs, etc. Mais je m'arreste, je sens que j 'ai trop d*humeur ; vous me la pardonnerés en faveur de la cause, et puis qui supportera donc nos mauvaises humeurs, si ce ne sont pas nos amis ? Il paroit que notre cher et féal le preux est bien convaincu de mon axiome et qu'il fait ce qu'il peut pour vous en administrer des preuves. Vous aurés bientost sa seconde lettre-, mais, mon cher amy, vous avés donc juré d'avoir aujourd'hui tort en tout; car, au vrai, si vous banissés la plaisanterie de sa lettre, que voulés-vous sur une matière usée qu'il dise de neuf? Au reste vous en jugerés. Malgré mon noir je suis le plus sincère de vos amis et celui qui vous estime

le plus.

A. Petit, D. M. P.

Paris, 9 janvier 1771

Antoine Petit se retira, en 1 777, à Fontenay-aux-Roses, puis k Olivet, près d'Orléans. C/est dans cette dernière demeure qu'il mourut le 21 octobre 1794.

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