‹ revve des docvments historiqvesChapitre 29 sur 70 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

la cour, la noblesse et la bourgeoisie (i). Toutes les femmes si séduisantes du règne de la Pompadour lui durent d'embellir leurs charmes.

Les marchands, eux aussi, cédèrent au goût général. Ils déployèrent du luxe dans leurs enseignes et commandèrent leurs adresses et factures aux dessinateurs les plus renommés. François Boucher dessina celle du fameux joaillier Gersaint, son ami : le comte de Caylus la grava (2]. ChofFart fit l'annonce de Torfévre Vallayer, du marchand-graveur Aubert, du libraire Prault, de Thorloger Danthiau, du brodeur ordinaire du roi Balzac. On dut à Cochin l'enseigne du bijputier Stras. Augustin de Saint-Aubin qui, dès Tâge dé seize ans, avait dessiné une carte d'entrée du Concert bourgeois de la rue Saint- Antoine, s'adonna à faire des adresses de marchands, des programmes de fête, etc. (3}. Aussi ces feuilles volantes, vouées à une destruction rapide, sont-elles aujourd'hui recherchées activement par les amateurs à cause des délicieuses vignettes qui les parent (4). Mon beau-frère et collègue, M. Fernand Calmettes, en a réuni quelques-unes, dont les dessinateurs sont inconnus, mais qui n'en sont pas moins des spécimens intéressants de l'art du XVIII* siècle. Maintenant que se manifeste une tendance à attirer l'attention du public par des choses plaisantes aux yeux, j'ai cru devoir faire reproduire, par l'héliogravure, quelques-unes de ces adresses illustrées, si communes au siècle passé. Des trois spécimens choisis par M. Calmettes, les deux premiers, de style Louis XV, concernent un joaillier de la rue Saint- Antoine, dont la boutique avait pour enseigne A la gerbe d'or [5)^ et un marchand d'éventails de la rue Saint-Denis

(t) Lazare Duvauz, né en 1703, mourut le 24 novembre 1758. Mon confrère M. Louis Courajod a récemment publié le livre- journal de ce foaillier : c Livre-Journal de Lazare Ùttvaux, marchand-bijoutier ordinaire du Roy, 1748-175 8, précédé d'une étude sur le goût et le commerce des objets d'art au milieu du XVIII* siècle (par Louis Coarajod); Paris, pour la Société des Bibliophiles français, 1873, 2 vol. in-8. »

(2) Cette curieuse adresse a été reproduite comme frontispice du Livre-journal de Lazare Duvaux, M. Courajod en a publié le texte que voici (t. I, p. CVII) :

« A LA Pagode, Gersaint, marchand jouaillier sur le pont Notre«Dame, vend tonte sorte de clainquaillerie nouvelle et de goût, bijoux, glaces, tableaux de cabinet, pagodes, vernis .et porcelaines du Japon, coquillages et autres morceaux d'histoire naturelle, cailloux, agathes, et généralement toutes marchandises curieuses et étrangères, à Paris, 1740. »

<3) Cf. Les Saint' Aubin, étude par E. et J. de Concourt; Paris, Dentu, iSSg, in-4, p. 7 et suiv.

(4) William Hogarth a dessiné des adresses de marchands qui sont très-recherchées en Angleterre.

(5) La facture est du S juillet 1776.

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