TOME IV
l8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
duc de Bourgogne d'avoir assassiné leur père et lui envoyèrent un cartel (i). De là, une guerre entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne; le premier sollicita Tappui des Anglais et leur promit 240,000 écus pour soudoyer une armée. Après des succès divers, la paix fut conclue et les Anglais congédiés, mais le duc d'Orléans devait encore 100,000 écus et, pour répondre du paiement de cette somme, il donna en otage son plus jeune frère Jean, comte d'Angoulême, âgé de neuf ans. Ce prince fut donc emmené en Angleterre en novembre 141 2. Sa délivrance ne devait pas être prochaine, car le duc d'Orléans, de qui elle dépendait, fait prisonnier à Azincourt, vint rejoindre son frère dans sa captivité. Les divisions intestines, la conquête presque entière du royaume de France par les Anglais, la lutte héroïque contre l'étranger soutenue à l'instigation de Jeanne d'Arc, la dévastation du duché d'Orléans par l'ennemi, au mépris de la foi jurée, empêchèrent longtemps qu'on s'occupât du sort des prisonniers. Le traité d'Arras, en 1435, détacha le duc de Bourgogne de l'alliance anglaise et ménagea sa réconciliation avec la maison d'Orléans. Le i3 mai 1436, Charles donna procuration à son frère le bâtard d'Orléans pour vendre le comté de Périgord, qui appartenait au comte d'Angoulême. Du prix résultant de cette vente, quatorze mille salus devaient servir à rembourser le bâtard de ce qu'il avait avancé pour ce dernier, et le reste devait être affecté au rachat des deux frères (2). En 1440, Charles fut enfin mis en liberté moyennant une rançon de 400,000 écus, mais le comte d'Angoulême resta encore en Angleterre. Ce prince, dans sa prison, avait occupé son temps à s'instruire : puisant dans la lecture des livres saints la résignation nécessaire pour supporter une si longue captivité, il fit un recueil en latin des plus beaux préceptes de la philosophie et l'intitula le Caton moralisé. Ami des lettres, il composait des vers, comme son frère, mais non avec un égal talent. Plusieurs volumes écrits de sa main ou provenant de sa bibliothèque nous ont été conservés (3). L'un deux, écrit
(i) Le texte véritable de ce document a été publié en note par M. Castaigne dans son édition du livre de Du Port à la page 19.
(2) Cette lettre, datée de Londres, figurait, sous le no 289, dans une vente faite, le 8 mars 1867, par mon père. Voici l'analyse du catalogue :
« Procuration donnée à Jean, bâtard d'Orléans, son frère, pour la vente du comté de Périgord. Le duc veut que, sur le prix qu'on en retirera, le bâtard prenne la somme de 14,000 salu2, « laquelle somme il a bailliée et fait baillier par deçà pour le fait de la délivrance de beau-frère d'Engolesme par les mains du comte de Suffolk. » Le reste de l'argent devra servir c au bien et délivrance de nous et de notre dit frère d'Engolesme. ■
(3) Cf. le beau livre de M. Léopold Dclisle ; Le Ca binet des manuscrits de la Bibliothèque impériale^ t. i, p. 147.
JEAN d'oRLÉANS, comte d'ANGOULÈME 19
tout entier de la main du prince, s'appelle Meditaciones Francisci Petrarche (i), et porte sur la garde en vélin ces mots :
Iste liber constat domino Johanni Aurelianensi comiti Engolismensi.
Jehan.
Le livre est rédigé en latin : seule une oraison est rimée en français; Je l'ai crue, malgré sa médiocrité littéraire, digne d'être publiée, parce qu'elle marque bien le génie mystique du prince, qui édifia si bien ses contemporains qu'il mérita, dit-on, d'être proposé pour succéder à Eugène IV (2), déposé par le concile de Bâle.