ORATIO AD CRUCIFIXUM
Saint sauveur très doulz Jehu Crist Conceu du saint esperit Et né de la Vierge Marie, Très doulz saulveur je te prie Qu'il te plaise à saulver mon ame Et mon corps garder de diffame.
Humblement le pri et requier Que tu me gardes d'encombrier.
Saint salveur^ par ta grant puissance Sauve mes biens et ma substance, VeuUes moy saver mes amis Desfen nous de nos anemis Et ta sainte grâce nous donne.
Saint saulveur, seconde persone De la benoite trinité, Une gloire, une déité, Une puissance, une excellance, Ung dieu, ung roy, une puissance.
Dieu sans fin, sans conmencement.
Qui créas tout le firmament, Biau sire Dieu, gardes moy hui
De mal, de péchié et d'anui.
De honte, de mal fait, de folie. De courrous, d'orguel et d'envie, De maie perte et de pesance Et de toute autre meschance, De mal dire, penser ne faire.
Me défens, roy débonnaire.
Roy précieus, plain d'amistié.
Conseille moy par ta pitié.
Des yeux, du cuer me regarde, Corps et ame met en ta garde.
Maintien moy en bonne créance.
En charité, en pacience, Et me maintien en tous bons fais Et me garde de tous meffais.
Et ce que j'ay meffait, biau sire, Sy comme tu es souverain mire.
Par ta grant douceur me pardone Et par confession me donne Repentence de mes péchiés Dont tout mon corps est entechiés.
(i) Bibl. nat., F. lat. 3638. Ce manuscrit est sur papier et a i3i feuillets. — Le mss. 1802 du Fonds français porte au folio 242 verso la mention : Ce livre est au duc d'Orlians^ suivie des signatures du duc et de son frère le comte d*Angoulême.
(2; Vie du comte d'Angoulême par J. Duport, p. 38.
Que par ycelle repentence
Puisse avoir à toy acordance
Des péchiés que j'ay fait mesmaie,
Sire Dieu, com je meffait aye,
De courous où de félonnie
Ou de convoitise ou d'envie
Ou de veoir ou de sentir
Ou de jurer ou de mentir
De langue, de dens ou de bouche,
Ou de dire vilain reprouche,
Des ieux, d'ouir, de cuer, de mains,
De corps, de pies, de bras, de rains.
Ou en veillant ou en dormant.
Ou en beuvant ou en mengent
Ou en quelconque autre manière,
De tout mon cuer te fois prière,
De tout mon povoir je te pri
Que tu ayes de moy mercy.
Et si me donnes consail tel
Que ne chée en péchié mortel
Et gardes de toutes folies
Tous mes amis et mes amies ,
Tous ceulx qui onques bien me firent
Et enseignèrent et nourrirent
Et de qui lez biens sont venu
Dont je vis et ay vescu.
Tous ceus qui croient en ta loy
Et pour qui prier je doi.
Par ta duceur, par ta franchise,
Tous nous atourne à ton service
Et nous fay à toy si pencer
Par quoi nous puissons trespasser
Par my lez choses terrienes
Pour aler auz celestienes
La sus par la plus droite voie
Où tu es en parfaite joie,
En paradis où tu as mis
Tes sains, tes elleus, tez amis,
Ceus et celles qui passés sont
En Taultre siècle de cest mont
Dez quelz lez âmes paine senteat
Et ta miséricorde atendent.
Par la prière de ta mère
De qui tu es et filz et père.
De tous sains et de toutez saintes
En soies priés à mains jointes
Tous mez amis et mez amies.
Pardones péchiés et folies,
A ton service nous atourne
Et de mal faire nous destourne.
Donne vraie confession,
Repentence et contriction.
Et nos péchiés tous nous pardonne
Et la joie sans fin nous donne.
AMSN*
En 1444 les négociations pour la délivrance de Jean furent enfin commencées. Le 1 2 mai, on fit, à Tours, un accord entre le duc d'Orléans et le comte de Dunois, d'une part, et le comte de Suffolk, d'autre part. Ce dernier agissait au nom de Jean de Beaufort, duc de Somerset (x), dont le comte d'Angoulême était le prisonnier. Moyennant le paiement comptant de 12,000 salus d'or et l'engagement des ducs d'Alençon et de Bourbon, des comtes de La Marche et de Dunois et du seigneur de Loheac pour 65, 000 salus d'or, le comte d'Angoulême devait être élargi, comme le mentionne le document suivant (2).
(i) Jean de Beaufort était le second fils de Jean d* Angleterre, petit-fils d*Edouard III. (2) Bibl. nat., F. fr. 28x1, n» 19. Ce docament n*e8t qu'en copie dans ce recueil.