‹ revve des docvments historiqvesChapitre 9 sur 70 · JEAN D^ORLÉANS, COMTE D^ANGOULÊME 2 I · texte numérisé non relu

JEAN D^ORLÉANS, COMTE D^ANGOULÊME 2 I

Appoinctement pris entre haultz et puissants princes seigneurs les duc d'Orléans et le conte de Dunois d'upe part, et le conte de Suffolk comme commis et ayant pouvoir à ce de par hault et puissant seigneur le duc de Sommercet, d'autre part, pour venir au faict de la dellivrance et eslargissement de Jehan d'Orléans, conte d' Angoulesme , frère dudit duc d'Orléans, estant à présent hautage et pleige ez mains dudit duc de Sommercet pour certaine grande somme de deniers, et affin que ledit conte d' Angoulesme puisse en sa personne aller devers ses parens et amis poursuivre son fait et sadite finance, ledit appoinctement faict et accordé en la manière qui s'ensuit, c'est à sçavoir que lesdits duc d'Orléans et conte de Dunois payront et dellivreront comptant en la place de Chierbourg audit duc de Sommercet ou à ses commis ou de ses hoirs ou ayans cause la somme de douze mil salus d'or ou six mil nobles d'or et de poix ou la valleur et pour seureté du résidu de ce qui pourra devoir ledit conte d' Angoulesme, lesdits duc d'Orléans et conte Dunois dellivreront et bailleront les scellez des seigneurs qui s'ensuivent, c'est à sçayoir le scellé dudit duc d'Orléans pour la somme de vingt mil salus d'or, le scellé du duc d'Alençon pour la somme de dix mil salus d'or, le scellé du duc de Bourbon pour la somme de dix mil salus, le scellé du conte de la Marche pour la somme de dix mil salus, le scellé dudit conte de Dunois pour la somme de dixmil salus, le scellé du seigneur de Loheac pour la somme de cinq mil salus d'or, le scellé dudit conte d' Angoulesme seul et pour le tout, lesquels scellez se montent à la somme de soixante et cinq mil salus d'or, sans celuy dudit conte d' Angoulesme, et avec ce pour plus grande seureté la petite croix qui autrefoys a esté baillée en gaige pour le faict dudit conte d' Angoulesme, demourée ez mains dudit duc de Sommercet ou de sesdits hoirs ou ayans cause ou commis pour le poix qu'elle sera ou pourra estre prisée par marchans indifférans et en fournissant les choses dessusdites, tous autres appoinaementz par cy devant faitz et

pris pour cause dudit eslargissement annuliez et mis au néant, sera tenu ledit conte de SufFolz d'eslargir ou faire eslargir lapersonne dudit conte d'Angoulesme et mettre en sa liberté par ledit duc de Sommercet ou sesdits hoirs ou ayans cause ou commis, affin qu'il puisse en sa personne aller devers ses parens et amis poursuivre son fait comme dit est et tout ce que dit est dessus, tenir, entretenir et accomplir de la part de nous Charles d'Orléans et Jehan, bastard d'Orléans, conte de Dunois, dessusdits, avons promis et promettons par ces présentes en ce qui nous touche par la foy et serment de nos corps et sur nostre honneur et l'obligation de tous et chacuns nos biens meubles et immeubles et de nos hoirs et ayans cause présens et advenir. En tesmoing de ce nous avons signé ces présentes de nos seings manuels et icelles fait sceller des sceaux de nos armes. Faict et passé en la ville de Tours le douziesme jour du moys de mai Tan de grâce mil quatre cent quarante quatre.

Ainsi signé : Charles, J. bastard d'Orléans, et scellé de deux sceaux de cire rouge.

Le duc de Somerset, à qui la somme devait être remise, étant mort le 27 mai 1444, Texécution de Taccord précédent fut encore retardée. Jean fut amené à Cherbourg d'où il adressa le 1 1 juin une lettre suppliante au bâtard d'Orléans (i). Le 28 du même mois il adressa à son frère une nouvelle lettre dont je puis donner le texte, grâce à la gracieuse obligeance de M. Eugène Minoret, qui m'a communiqué l'original.

(i) La copie de cette lettre avait été faite par M, Rathery et jointe par lui à l'autre lettre originale que je publie. En voici le texte :

« A mon très chier et très amé frère le bastart d'Orléans, conte de Dunois.

« Très chier et très amé frère bastard, veuilles savoir que ay sceu par mestre Pierre des Caves et Coingac l'apointement qui par vostre bon moyan a esté prins avecques mon cousin de SouthfoUz touchant mon fait. L'apointement est très bon, ce ne fhst l'inconvénient de la mort du duc de Somerset, mon maistre, nonobstant ce qu'il a esté trouvé façon entre mondit cousin de SouthfoUz et ma garde, tellement que l'apointement se entretient et ne rompera point, se la faultene vient de nostre costé, corne pourrés savoir par ledit des Caves que veuilles croire de ce qu'il vous dira de par moy, et lequel, pourceque Coingac demeure pié a pié dveojues mondit co^sjn de SouthfoUz, y ay cluutgé de poursuivre et solliciter mon fait envers

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Très chier frère, J 'ay sceu par Coingac que il fault que soies obligié pour moy à plusieurs* seigneurs pour lez sellés qu^il me fault avoir et aucy pour les douze mille saluz qui me convient avoir, comme vous maimes en avez fait Tapointement aveques mon cousin de Southfolk, si vous prie tant de cuer que plus puis que à ce faire ne veuilles rien espargnier, et je vous promet par ma foy vous en dédomagier envers tous, comme tenu y seré. Et pour ce je vous prie de rechief que veuilles faire diligence que le faict de ma délivrance à ceste fois soit mené à fin qui par vous a esté commancé, comme en vous en ay parfaite fiance, et moy délivré vous me trouvères bon frère. Escript à Qiierbourg le xxviii* jour de juing.

Je voudrois que vous tenissiés à la court du Roy plus que ne faites, car à mon avis ce seroit vostre profit et nostre grant bien, comme vous dira Coingac.

A mon frère le bastart d'Orlians.

monsieur mon frère et envers vous, et pour ce que par ledit Coingac je ay sceu plusieurs choses et que principalement par vostre moyan ma délivrance ce treuve, et ce elle sortit efifect a ceste fois je congnois que vous en estes cause. Sy vous prie et tant affectueusement que plus puis que à ce ne veulliés rien espargner et prendre en vous entièrement toute la conduite de la chose, laquelle je vous balle comme à celuy à qui je ay et bien doy avoir plus parfaite confiance et je vous promet sur ma foy que en toutes choses en quoy vous vous obligerés et méterés en dengier pour moy au plaisir de Dieu, je vous en dédommageray et garantiray du tout, et le recongnestré en manière que me trouvères bon et loyal frère. Ce scet nostre Seigneur qui vous doint ce que vostre cuer désire et soit garde de vous. Escript à Chierbourg, ce XI* jor de juing [1444].

« Le conte d'Engo»* vostre frère.

R Jehan. «

L'affaire traîna encore en longueur, car le comte d'Ângoulême ne fut remis en liberté qu'en mars 1445. Le 3i de ce mois, il écrivit de Louviers au bâtard d'Orléans pour l'informer de son élargissement (1).

Je me recommande à vous.

Très chier et bien amé frère, veuillez savoir que au jour duy je suis eslargi par mon cousin de Southfollz, et à présent suis à Loviers sain et sàuf^ au quel lieu ay esté honorablement receu, et à l'aide de Dieu je vous pence brlefment veolr et vous remercyer comme celuy qui estez cause de ma délivrance, et ce m'a asseuré mon cousin de Southfollz, le quel ce recommande à vous. Escrlpt en hsLste à Louviers le derrenler jour de mars.

Vostre frère le conte d'Engo"'

Jehân.

A mon frère de Dunois.

La mise en liberté définitive n'eut lieu que le lendemain â Rouen. C'est dans cette ville que fut dressé l'acte officiel dont voici le texte (2) :

Nous Jehan, conte d'Angoulesme, certifions que le premier jour d'avril mil quatre cent quarante cinq après Pasques, nous estant en la ville de Rouen es mains des Anglois où nous avions esté hostage et pleige l'espace de trente deux ans et plus, fusmes mis es délivrance et eslargissement de nostre personne par le moyen et à la poursuite du conte de SufFolk, du costé desdits Anglois. Lequel conte de SufFolk à nostre partement de lui de ladite ville de Rouen, nous merciasmes de la grant peine et diligence qu'il avait eue et prinse à faire nostre dicte délivrance, de laquelle lui seul estoit principale cause et moyen^ en nous réputant à tousjours mais tenuz à lui el aux siens. Lequel conte de SufFolk nous respondit et dit que tout ce qu'il avoit fait tant à la délivrance de notre très cher

(2) G>Uection de M. Eugène Minoret.

(2) Copie faite par M. Rathery.

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seigneur et frère mons^ le duc d^Orléans que à la nostre, il Tavoit fait de très bon cuer, non pas seulement pour amour de mondit sieur et de nous, mais singulièrement et principalement il Pavoit fait pour l'amour de nostre très cher et bien amé frère le bastart d'Orléans, conte de Dunois, duquel il avoit esté prisonnier, et pour le plaisir qu'il lui avoit fait, lui estant en ses mains. En nous priant singulièrement ledit conte de SufiFolk que le plaisir, service et amour qu'il nous avoit fait dans nostre dite délivrance et eslargissement, voulsissions reconnoistre pour amour de lui envers nostre dit frère le conte de Dunois auquel il se réputoit tant tenu, et que quant Dieu nous donneroit la grâce feissions connoistre et apparcevoir à nostre dit frère le conte de Dunois le service, plaisir et amour que pour amour de lui nous avoit fait ledit conte de SufiFolk. Dont notre seigneur nous doint grâce selon le bon vouloir que en avons. Et afin qu'on sache pour vérité les choses dessusdites avoir esté ainsi dites à nostre partement dudit Rouen et dudit conte de SufiFolk, nous eh tesmoing de ce avons cy soubscript nostre seing manuel.

Jehan.

Je Pierre des Caves, secrétaire de monseigneur le duc d'Ociéans et de mondit sieur le conte d'Angoulesme certififie avoir esté à la poursuite et délivrance de mondit sieur le' conte d'Angoulesme et présent aux paroles dessusdites.

Caves.

Deux ans plus tard Guillaume, comte de SufiFolk, donna quittance au duc d'Orléans de trois mille salus d'or pour le fait de l'élargissement du comte d'Angouléme (i) :

Nous Guillaume, marquis et conte de SufiFolk, confessons avoir eu et receu de Mons^ le duc d'Orliens, par la main de

(i) Collection de M. Eugène Minoret. — Cette pièce a été acquise à la vente de la collection d'autographes de feu M. Rathery.

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