Elle est aux Offices de Florence, n° 609 du catalogue
d'autres chez ces deux maîtres, ainsi que chez beaucoup d'autres artistes.
Quand l'élève se sera accoutumé à cette grande conception de l’art, quand le goût de ce style sera établi chez lui et fera. une part de lui-même, que son esprit en sera pénétré, il aura !: acquis en même temps le talent de tirer de la nature tout ce qu'elle contient de grand, et qui correspond à ce goût ; tout ce qu’il y a de commun et d’insipide sera naturellement, négligé. C’est alors qu’il pourra produire de lui-même des ouvrages propres à enrichir notre commun trésor d'invention.
Je suis assuré d’avoir raison, et de vous donner en cela le meilleurs des conseils ; cependant je n’ignore pas à quelles moqueries je mexpose chez ceux qui s’imaginent que l’art est une affaire d'inspiration. Mais je serais fâché de paraitre, ne füt-ce qu à mes yeux, manquer de ce courage que je recommande à d’autres égards. Peut-être n’en faut-il pas moins au précepteur qu'au disciple : l’un et l’autre doivent s’armer de la même hardiesse et braver d’aveugles critiques.
Il faut bien avouer que l’art n’a cessé de décliner depuis le siècle de Michel-Ange jusqu’à nos jours ; et il est raisonnable d'attribuer ce déclin aux mêmes causes auxquelles les anciens critiques et philosophes ont imputé la corruption de l’éloquence. Les mêmes causes ne sauraient manquer de produire les mêmes effets dans tous les temps. L’indoleuce, qui nous détourne de prendre les mèmes peines que nos grands prédécesseurs, qui fait souhaiter des chemins plus courts : telles sont les raisons générales. Les paroles de Pétrone sont remarquables. Après avoir opposé la beauté chaste et pure de l’éloquence des anciens temps, à la contention et à l’enflure du sien, cet auteur ajoute : « La peinture aussi n’a pas eu un sort plus heureux, depuis que les Égyptiens ont imaginé de suflire à la grandeur de l’art par des leçons abrégées. » |
Par abrégé, je pense qu’il a en vue une manière de peindre pareille à celle qui a infecté le style des derniers peintres d’italie et de France ; lieu commun répété sans pensée, sans application, en NS d'une recette ; en opposition avec un style dont
le goût même pour être senti exige l'effort et l'attention, et qu’on ne pratique qu'au prix de és de peines.
J'ai cherché à rendre les artistes ambitieux de parcourir ce
noble sentier de gloire, je leur ai indiqué autant que je l’ai pu les traces qui y conduisent, et en même temps je leur ai dit de quel prix il en fallait payer l’accès. Un vieux proverbe dit que le travail est le prix que les dieux ont mis à toutes choses précieuses.
Le grand artiste qui vient de faire le sujet de ce discours, fut dIsHeus depuis son enfance pa une diligence infatigable,
il s’y entretint toute sa vie, jusqu'à ce que la vieillesse y eut.
mis fin. Le plus pauvre des hommes, disait-il, n'avait pas plus travaillé par besoin, qu'il ne faisait lui-même par choix. Et de fait, il n’y a pas de circonstance dans sa vie qui permette de penser qu'il ait cru à d’autres moyens que le travail; cependant de tous les artistes du monde ïl n'y en a pas eu qui plus que lui ait eu des raisons de croire à la réussite du génie naturel. Je suis persuadé qu il aurait aimé qu'on dit de lui ce que lui-même disait de Raphaël : « Qu'il ne tenait pas son art de la nature, mais d’une longue étude. » Il avait conscience que la grande excellence à laquelle il avait atteint, avait été gagnée à force de travail, et il ne voulait pas qu'on crût qu'aucune habileté supérieure, eüût-elle l'air le moins acquis du monde, eût été le fruit de moins de peine qu’elle n'avait été chez lui-niême. Voilà je crois le sens de son observation. On ne peut supposer qu’il l'ait faite dans l'intention de décrier Raphaël, dont il parlait toujours, dit Condivi, avec le plus grand respect. Quoiqu'ils fussent rivaux, un pareil manque d’égards ne pouvait exister entre eux, et de son côté Raphaël entretenait à l’endroit de Michel-Ange une véritable vénération, comme il paraît par le propos qu’on rapporte de lui : « qu’il se félicitait et rendait grâce à Dieu de l’avoir fait naître dans le même temps que ce peintre. »
Si la grande estime et la vénération dans laquelle on a tenu Michel-Ange dans tous les temps et chez tous les peuples devait être mise au compte du préjugé, encore faudrait-il supposer des causes à un pareil préjugé, et la constance de
ces causes même mériterait notre admiration. Mais de quelque fond que cette estime procède, et de quelque nom qu’on l’appelle, j'espère qu'on ne prendra pas pour de la présomption l’empressement que je mets à me placer dans le train, non de ses imitateurs, mais de ceux qui l’admirent. La route que j'ai suivie moi-même est différente : mes talents et Le goût de mon temps m'engageaient dans d’autres chemins. Cependant, quelque peu armé que je me sente pour cette entreprise, si j avais à recommencer ma carrière, c'est sur les traces de ce grand maître que je voudrais marcher; et de toucher seulement le bord de son vêtement, de gagner la plus légère de ses perfections, me serait une gloire suffisante pour payer toutes les ambitions.
La seule pensée que je suis capable des sentiments qu’il se proposait d'inspirer est pour moi le plus grand des réconforts. Je songe non sans orgueil que les discours que je prononce porteront témoignage de mon admiration pour cet homme vraiment divin, et mon plus cher désir est que les dernières paroles que j'aurai fait entendre dans cette Académie et à cette place, soient son nom, le nom de Michel-
Ange.