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pièces émanent ou de leurs graveurs, ou de leurs élèves, qui ont copié leurs ouvrages.
J'ai hasardé de vous présenter ces principes, fruits de mon expérience ; mais comme ils s’écartent beaucoup des opinions reçues, je ne les présente pas sans défiance, et suis prêt à les corriger si l’on m'en propose de meilleurs.
Il en est un cependant sur lequel je suis bien sûr de n’encourir de contradiction que de la part des orgueilleux, des ignorants et des paresseux. Je ne crains pas de le répéter : ‘ veillez à ne pas être tenu dans une espèce de dépendance de vos qualités naturelles. Si vous avez de grands talents, lapplication les perfectionnera; si vous n’avez que de moyennes aptitudes, l'application y suppléera. Il n’est rien à quoi ne puissent atteindre des efforts bien dirigés, et sans ces efforts on n'obtient rien. Sans entrer ici dans la discussion métaphysique de la nature ou essence du génie, j'ose assurer qu’une courageuse assiduité jointe à un désir ardent de l’objet qu’on poursuit, produira des effets pareils à ceux de ce que plusieurs vantent sous le nom de facultés naturelles.
Quoiqu'il ne soit pas possible de peindre ou de dessiner en tous endroits et en tout temps, cependant l'esprit peut pourvoir partout et toujours à sa préparation, par la récolte des matériaux qui lui sont propres. Tite-Live et Plutarque nous présentent à propos de Philopæmen, qui fut un des plus
grands généraux de l’antiquité, le tableau frappant d’un esprit
toujours tendu aux choses de son état, et qui, par cette assiduité, parvient à cette excellence que d’autres attendent en vain toute leur vie de la nature. Je vais citer au long le passage de Tite-Live‘, rien ne se rapportant mieux que ce passage à la pratique que je recommande au peintre, au sculpteur, et à l’architecte.
« Philopæmen avait une adresse et une expérience particulières à choisir le terrain et à conduire une armée, il y avait formé son esprit en temps de paix comme en temps de guerre. Au cours de quelque voyage, s’il arrivait en un endroit dont le
1. Ce texte n’est ni de Tite-Live ni de Plutarque. Machiavel en contient un approchant.
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passage était difficile, il considérait à part lui la nature du lieu s il était seul, et, s’il était en compagnie, il demandait à ses amis ce qu'il faudrait faire en des lieux semblables, au cas que les ennemis s’y présentassent, qu'ils attaquassent de front, ou par derrière, ou de côté. Il pourrait arriver, disait-il, que l'ennemi se présentât en bataille, ou seulement en foule tumultueuse à cause de la nature du lieu. Il considérait donc pendant un moment quel point il occuperait, combien de troupes seraient nécessaires, et de quelles armes il serait utile de se servir; en quel endroit 1l mettrait ses chariots, son bagage et la suite de son camp; de quelles forces on aurait besoin pour la garder; s’il continuerait le chemin qu'il aurait pris, ou s’il serait plus avantageux de retourner sur ses pas. De même il se demandait où son camp serait placé avec le plus d'avantage; combien ses retranchements pourraient avoir d’étendue; d’où il tirerait l’eau, d’où le bois et Le fourrage, à quelle heure le lendemain il lèverait le camp; quel chemin il prendrait comme le plus assuré ; et dans quel ordre il ferait marcher ses troupes. Il avait Si bien exercé son esprit depuis son enfance par des méditations semblables, que rien ne pouvait le surprendre dans les occasions, qu’il n’eût envisagé déjà et à quoi il ne füt habitué. »
Je ne puis, en lisant cela, m'empêcher d'imaginer que je vois un jeune peintre d'avenir tout occupé de son art, également vigilant, soit chez lui, soit au dehors, soit dans les rues de la ville, soit aux champs. Chaque objet qu'il voit lui sert de lecon; il ne regarde la nature entière que relativement à son art, et combine ses beautés ou corrige ses défauts; il examine la contenance des hommes sous l’empire des passions ; souvent ce sont les objets les plus troublés et les plus difformes qui lui fournissent les idées les plus agréables ; des mauvais tableaux mêmes il tire d’utiles remarques; et, comme l'a conseillé Léonard de Vinci, il profite des images fantastiques qu’on voit quelquefois dans le feu, ou qui sont ébauchées dans les décrépitudes d’un vieux mur.