BRUGES
LA CATHÉDRALE
SÈGERS. — Au grand autel, l'Adoration des Mages, de Sègers. On regarde avec raison ce tableau comme un des meilleurs ouvrages de ce peintre, La partie qui fixe d’abord l'attention est un des rois, placé au premier plan. Cette figure, malgré sa grande réputation et sa beauté reconnue à plusieurs égards, a un grand défaut : elle semble n’avoir point affaire au reste de la composition, et a trop l’air d’un portrait en pied. Ce qui lui donne si fort cette apparence, ce sont ses yeux fixés hors du tableau vers le spectateur. Cet arrangement produit toujours mauvais effet et ne devrait jamais se rencontrer dans une composition historique sérieuse ; quelque heureux emploi qu'on en puisse faire dans des sujets de genre, où il ne se passe rien qui demande une sérieuse attention.
OrHo VEÉNIUS. — Au second autel à droite de la porte, est
une Nativité d'Otho Vénius. Plusieurs parties de ce tableau rappellent la manière de Rubens, surtout le coloris du bras d’un des bergers; mais en comparaison de Rubens, ce n’est qu'un ouvrage infime et qui ne mériterait même pas d'être cité, s’il n’était l’œuvre d’un homme qui a eu l'honneur d’être le maître de Rubens. |
Otho Vénius a publié deux livres d'emblèmes expliqués par des images d'enfants. C’est de lui que Rubens a pris ce goût des figures allégoriques, qui a fourni tant de matière à la critique, particulièrement dans la galerie du Luxembourg.
JEAN Van Eyck. — Dans la sacristie est un tableau de Jean Van Eyck, La Vierge avec l'Enfant Jésus, avec saint Georges et d’autres saints”. Une de ces figures, qui est vêtue de blanc et qui certainement a été peinte d’après nature, comme c'était la coutume des peintres de ce temps-là, a un grand caractère de nature et est d’un fini singulier, quoique le peintre eût soixante-six ans quand il la fit, car la date est de 1436. Cet ouvrage mérite peut-être plus d'attention pour être l'ouvrage de l'inventeur présumé de la peinture à l’huile, que pour aucun mérite de l’œuvre elle-même. Cependant cette invention, dont Vasari a été le premier à lui attribuer l'honneur, et dont à cause de cet auteur il a bénéficié dans le monde, lui a été Justement contestée par M. Raspe*, savant antiquaire qui a mis hors de doute que cet art fût inventé et pratiqué plusieurs siècles avant que Van Eyck fût né.
L'art est ici dans son enfance, mais l'apparence qu'on y trouve d’une représentation fidèle de la nature individuelle, ne laisse pas de le rendre agréable. Jusqu'à un certain point le peintre a atteint son but, ce qui est plus qu’on ne peut dire de deux têtes de Saint Pierre et de Saint Paul peintes par Rubens, visibles dans la même sacristie*, et qui ne sont une bonne
1. La Vierge du Chanoiïine Pala, maintenant au musée, n° 1 du catalogue.
2. Essai critique sur la Peinture à l'huile. 1780. La discussion de ce point a été souvent reprise. Quoiqu'il en soit de l’huile prise en soi, il est certain que la mânière dont les Van Eyck s’en sont servis était nouvelle, et que c’est cette manière qu’on a suivie depuis.