‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 237 sur 302 · Portée dans le bras droit du transept · texte numérisé non relu

Portée dans le bras droit du transept

| ANVERS | 373 comme je connaissais la gravure, je m'étais formé une idée de ce qu'une pareille composition devait produire entre les mains d’un tel peintre. J'avoue que je fus désappointé. Mais il ne faut pas attribuer cela à aucune infériorité du tableau même ; l’état dans lequel il dut sortir des mains de Rubens était sans doute très différent, c’est une désolation de voir à quel point il a souffert de nettoyage et de réparation ‘. Le brillant effet qu'il a certainement eu, est perdu dans un brouillard de vernis qui semble passé et moisi. Sur le corps du Christ des retouches qu'on aperçoit même à distance; la tête de saint Jean repeinte : et d’autres parties quand on les regarde paraissent en train de se soulever et prêtes à tomber de la toile. Cependant il en reste assez, si l’on est connaisseur, pour comprendre la réputation que ce tableau s’est acquise quand il était en bon état.

On dit que la composition est empruntée d’une gravure italienne. Je n’ai jamais vu cette estampe; mais ceux qui l’ont vué disent que Rubens n’y a rien changé, excepté l’attitude de la Madeleine. On lit sur cette estampe : Peter Passer invenit ; Hieronymus Wierix sculpsit.

Le trait le plus remarquable de cette composition est l’emploi du linceul blanc, sur lequel porte le corps du Christ : cette circonstance a probablement engagé Rubens à choisir cette composition. Il savait bien l'effet qu'un linge blanc opposé à la couleur de chair pouvait avoir avec un coloris tel que le sien ; effet dont un peintre italien n'aurait pas aisément ‘eu l’idée ; au contraire, il aurait redouté la rencontre du linceul blanc avec la chair, et le ton sourd qui en serait résulté pour celle-ci. La vérité est qu’il n’y a que les grands coloristes qui puissent hasarder l’emploi d’un linge blanc pur à côté de la chair ; mais ceux-là en connaissent l’avantage; de sorte que ce que Rubens a dérobé fût demeuré stérile aux mains de l’inventeur, et certainement il n’y avait personne au monde qui pût en tirer parti comme Rubens. Après cela il se peut bien qu'il en soit de ce plagiat comme de celui de Lauder*. Je serais

1. Je l'ai vu moi-même repeindre à neuf en 1900. Ce tableau est entretenu avec beaucoup de soin : on ne le laisse pas vieillir.

2, Lequel avait accusé Milton d’avoir pillé les poètes latins modernes. Ses

curieux de voir cette estampe, si elle existe, pour savoir à quel point Rubens lui doit son Christ, que je considère comme une des plus belles figures qui aient jamais été inventées ; 1l est de la plus parfaite correction de dessin et dans une attitude que je regarde comme extrêmement difficile à rendre. Le penchement de la tête sur l’épaule et la manière dont le corps tombe d’un côté, donnent une telle idée de la pesanteur de la mort, que rien ne saurait aller au delà.

Des trois Maries deux ont plus de beauté que Rubens n’en donnait généralement à ses figures de femmes, mais nulle élégance dans le caractère. Saint Joseph d’Arimathie est la même physionomie qu’il introduit si souvent dans ses œuvres : celle d’un gros visage plein, excessivement peu convenable à l’histoire.

La principale lumière est produite par le corps du Christ et par le linceul blanc ; il n’y a pas de seconde lumière qui soit en proportion avec cette principale ; à cet égard le tableau a plus de la manière de Rembrandt qu'aucun autre ouvrage de Rubens. Il y a cependant plusieurs petites lumières distribuées à quelque distance de la grande masse, comme la tête et les épaules de la Madeleine, la tête des deux Maries, la tête de saint Joseph, et le dos et le bas de la figure qui se penche par dessus la croix ; le tout environné d’un ciel obscur, sauf une petite lumière à l'horizon et une au-dessus de la croix.

L'histoire anecdotique de ce tableau dit que Rubens le donna en échange contre un terrain sur lequel il bâtit sa maison, et qu'il n’était convenu de fournir qu’un Saint Christophe, patron des Arquebusiers, avec l'Enfant Jésus sur son épaule. Rubens, voulant les surprendre par sa générosité, envoya cinq tableaux au lieu d’un : gracieuseté de la part du peintre qui dut être extrêmement bien reçue de la part des Arquebusiers, puisqu'elle était si fort à leur profit, comme fort au dommage du peintre.

Tous ces tableaux sont entendus pour se rapporter au nom

preuves, publiées dans le Gentleman’s Magazine en 1967, n'étaient qu’une mystification. Johnson lui-même y fut d’abord trompé.

de saint Christophe. En premier lieu le corps du Christ au milieu porté par saint Jean, par saint Joseph d’Arimathie, par la Madeleine, etc. D’un côté du volet de gauche est la Visitation : la Vierge porte ici le Christ avant qu'il ne soit né. Au revers du même volet est Saint Christophe lui-même avec l’Enfant Jésus sur ses épaules. Le tableau en pendant de l’autre côté, est le seul qui n’ait point de rapport avec le nom de Christophe. Il représente un Ermite avec une lanterne, qui attend de recevoir le Christ de l’autre côté de la rivière. Cet ermite regarde le bord opposé ; d’une main il tient la lanterne tandis que de l’autre il se protège de la lumière dans un geste fort naturel. Mais sur le revers de ce volet nous avons un autre Christophe : Le prêtre Siméon portant le Christ dans ses bras, les yeux tournés au ciel. Ce tableau, qui n’a pas souffert, est véritablement admirable, surtout la tête de Siméon, que rien ne peut surpasser. L'expression, le dessin, le coloris, sont audessus de tout éloge, et le tableau est aussi frais que s’il venait d’être peint. |

Le coloris du Saint Christophe est trop rouge et couleur de brique, et le contour n’est pas coulant. C'était la seule figure que les arquebusiers s’attendissent à recevoir ; mais Rubens jugea avec raison qu'une telle figure n'aurait fait qu’un médiocre tableau d’autel.

Il y a une estampe de la Descente de Croix par Lucas Vorsterman ; une de Saint Christophe, par Remi Eynhoudits, de la Présentation par Pontius (les épreuves avec dédicace à Gaspard Hubert sont retouchées et mauvaises). La Visitation est gravée par P. De Jode; l’Ermite n'a pas été gravé.

RuBENs. — Du côté du chœur sont les monuments des deux célèbres imprimeurs des Pays-Bas, Jean-Baptiste Moretus et Martin Plantin. Celui du premier est orné d’un tableau admirable de Rubens, dont les figures sont demi-nature : le Christ sortant du sépulcre dans la gloire, tandis que les gardes tombent effrayés les uns sur les autres : le Christ est bien dessiné et d’un beau coloris. Le Saint Jean-Baptiste, sur un volet, est pareillement de sa meilleure manière ; seule la jambe gauche du saint est un peu trop grande. Sur l’autre volet est Sainte Barbe,

la figure sans caractère et d’un coloris sans éclat. La couleur dominante du vêtement est le pourpre, qui n'obtient qu’un effet pesant.

Backer. — Le monument de Plantin est orné du Jugement dernier, par Backer, correctement dessiné, mais sans la moindre entente du clair-obscur.

Chapelle des Maitres d’'École.

François FRANCKk. — Le Christ au milieu des docteurs, par Francois Franck, appelé Franck le jeune. Il y a quelques belles têtes dans ce tableau, en particulier les trois hommes qui regardent dans un’livre, sont d’admirables caractères; les figures toutes bien dessinées et bien groupées, excepté le Christ, qui est médiocre.

B. VAN ORLEY. RUBENS. — Contre un pilier en face et à peu de distance de la Descente de croix est l’Adoration des Mages. La Vierge et l'Enfant sont admirables. Je la crois l’ouvrage de Van Orley. Sur les volets de chaque côté sont des portraits bien peints, celui de la femme surtout. Contre un autre pilier est un tableau de Rubens qui sert de monument à la famille Goubau ‘. Le mari et la femme y sont représentés à mi-corps, en prière devant la Vierge et l'Enfant Jésus. Le vieillard est bien peint, la Vierge est indifférente.

Chapelle des Cordonniers.

AMBROISE FRrANCKk. — Le Martyre de Saint Crépin et de Saint Crépinien, par Ambroise Franck”. Il y a quelques bonnes têtes, mais dans une manière sèche.

La confrérie de l’Arbalète.

ScauT. — Le Martyre de saint Georges, par Schut*. Il est bien composé et bien dessiné, c’est un de ses meilleurs

1. Porté au Musée de Tours, n° 223 du catalogue. 2. Maintenant au musée de la ville, n° 145 du catalogue.

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