GALERIE DE DUSSELDORF
Cette galerie est confiée aux soins de M. Lambert Kraye, qui est en même temps directeur de l’Académie.
L'accès facile qu’on a dans cette galerie de tableaux, où l’on entre aussi souvent et où l’on demeure aussi longtemps qu’on
1. Cette galerie, portée à Munich en 1806, a fait depuis l’ornement incomparable de cette ville. Les numéros que les tableaux portent au catalogue de Munich sont donnés dans les notes qui suivent. Quelques-uns sont au château de Schleissheim : la note en fait mention en son lieu.
veut sans paraître incommoder personne, ne peut qu'être fort agréable aux étrangers, et très avantageux aux élèves en peinture, qui paraissent jouir de la même permission, car nous en trouvâmes plusieurs occupés à faire des copies et d’autres dans une grande pièce au-dessus, qui est destinée à ce travail. Je ne pus m'empêcher d'exprimer à M. Kraye le plaisir que me causait non seulement la grande commodité avec laquelle je pouvais voir la galerie, mais encore la grande facilité qu’on y accordait aux jeunes artistes. Il me répondit que telle était la volonté de l'Électeur', que ceux qui visitaient cette collection y trouvassent la plus grande commodité; mais qu'en ce qui concernait les élèves, il prenait quelque chose sur lui en leur procurant cet avantage. La première fois qu’il demanda à l’Électeur la permission pour les étudiants de copier les tableaux de la galerie, le prince refusa ; et la raison qu’il en donna était que ces copies ensuite seraient vendues pour les originaux, et que ces répétitions des tableaux qu’elle contenait ne manqueraïent pas de déprécier la galerie. M. Kraye répondit que ceux qui seraient capables de faire des copies de ce mérite n'étaient pas gens à perdre leur temps à copier, vu qu’ils n’en avaient pas trop pour exécuter leurs propres inventions; qu'il n'y avait pas à craindre que les'‘élèves fassent des copies capables de tromper d’autres personnes que les ignorants, et que l’erreur de ces derniers était peu à considérer. Il ajouta que puisque Son Altesse souhaitait de voir produire des peintres à ses États, il serait mal entendu de refuser aux étudiants cet avantage, autant qu’à un patron de la science qui voudrait produire des gens de lettres, il serait mal entendu de fermer l’usage de sa bibliothèque. L'Électeur consentit, et commanda à M. Kraye de faire en cela tout ce qu'il croirait utile à l'avancement de l’art.