PREMIÈRE SALLE
JORDAENS. — Le premier tableau qui frappe la vue en entrant dans la galerie est un Festin de Jordaens*, lequel est de
1. Palatin et de Bavière, Charles-Théodore, mort en 1799. 2..Le Roi boit, n° 814.
beaucoup le meilleur tableau que j'aie vu de sa main. Il y a un éclat de chaleur partout et beaucoup de force; toutes les têtes et toutes les parties parfaitement bien dessinées. La réjouissance vulgaire et bruyante n’a jamais été mieux exprimée; et pour le coloris et la vigueur, peu de tableaux de Rubens sont supérieurs. Il y a un peu de gris dans les draperies des femmes; le reste est tout couleurs chaudes, et fortes ombres.
VANDYOKk. — Portraits en pied par Vandyck*, vêtus de noir; trois hommes et une femme. Ce sont de beaux portraits, dans sa grande manière la plus finie.
Le Christ tenant sa croix et recevant les Quatre Pénitents, la Madeleine, Saint Pierre, David et le Bon Larron. Ce tableau ne fait pas grand honneur à Vandyck : la tête de la Madeleine est mal dessinée et David est un pauvre caractère; il a autant de l’air d’un voleur que le bon larron représenté. Le bras nu du Christ est mal dessiné; le contour en est hâté et court et point coulant. Le seul mérite qu’il y ait dans ce tableau est l'effet général, qui vient de l’harmonie du coloris.
GasPARD DE CRAYER. — On trouve ici un immense tableau de Gaspard de Crayer * : je le note non pour aucune excellence que je lui trouve, mais à cause de la grande réputation dont il jouit dans ce pays ; et pour les dimensions j'avoue que c’est un de ses premiers ouvrages. Quoiqu’on ne puisse pas dire qu'il pèche par le dessin ou parle coloris, il est loin de se faire remarquer. Il n’y a pas d'union entre les figures et le fond; le contour s'aperçoit partout, ce qui ôte le moelleux et la richesse d'effet; le caractère des hommes est insipide et les femmes sont sans beauté. La composition est un peu dansle genre du grand tableau de Rubens à Saint-Augustin d'Anvers : je veux dire le sujet, car pour la manière dont il est traité, il y a une grande différence entre les deux tableaux. L'effet froid et inanimé de celui-ci, ainsi que ceux de plusieurs maîtres modernes qui sont dans cette galerie, met ceux de Rubens dans un grand avantage. Il serait bon qu’un jeune peintre portât son attention de ces tableaux à ceux de Rubens, et les comparât plusieurs
fois, jusqu’à ce qu'il ait découvert et arrêté dans son esprit la cause et les principes de ces brillants effets dans les uns, et du défaut (là où il y a défaut) dans les autres.
SNYDERS, DE Vos, FyT, WEENIx. — Gibier mort, Chasse au sanglier et au cerf, par Snyders, de Vos, Fyt et Weenix. Weenix est le meilleur infiniment ‘.
Vanpyck. — La guérison du paralytique, par Vandyck*, dans la manière de Rubens. Ce tableau parait avoir été peint vers le même temps que celui des Quatre Pénitents : il a les mêmes défauts et les mêmes beautés. Gravé par
Pontius.
VALENTIN. — Des soldats jouant à la Moure*. Une réplique dans la galerie du duc de Rutland.
Vanpyck. — Une Notre-Dame de Pitié’ par Vandyck, dans
la manière de Rubens ; M. Kraye est d'avis qu'il est de ce dernier maître. Cette différence d'opinion parmi les connaisseurs montre à quel point la première manière de Vandyck ressemblait à celle de Rubens. Vandyck est presque le seul exemple qu’on ait d’une heureuse imitation; 1l n'en a pas moins eu une manière propre ensuite.
Saint Jean sanglote d’une fort vilaine manière. L’attitude du Christ serait admirable, si sa tête n'avait pas un si sordide aspect. Toute la figure du Christ recoit une lumière égale, ce qui, joint au linge blanc sur le genou de la Vierge, forme une grande masse de lumière. La tête de la Vierge et celle de la Madeleine font les lumières secondaires. La draperie de saint Jean, qui est d’un rouge clair, fait que la lumière se perd par degrés dans le fond.