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Philippe IV roi d'Espagne, et la Reine sa femme *.
Vanpycx. — Sur un des volets de fenêtres (si on peut y donner ce nom) qui s’ouvrent intérieurement pour recevoir de petits tableaux, et qui tournent, pour qu'on puisse les voir dans le jour le plus favorable, il y a un portrait (de trois quarts) par Vandyck?, vètu de noir, regardant, une partie de sa main droite visible avec laquelle il retient son manteau. Il est aussi bien dessiné que celui que nous avons vu dans la galerie du prince d'Orange, d’une aussi belle conservation, et d’un ton plus brillant, plus dans le coloris de Rubens ; il est fini comme un émail. Les yeux et le nez sont remarquablement bien dessinés et délicatement indiqués. M. Kraye me dit que Sandrart a gravé ce portrait, qui doit représenter un orfèvre.
JEAN DE HEMESSEN. — Un Æ£cce Homo sur un autre volet de fenêtre par Jean de Hemessen*, daté 1544. Je ne le cite pas pour sa beauté, mais parce qu’il y a dans toutes les collections beaucoup de tableaux de ce maître, en particulier des enfants, qu’on attribue à Léonard de Vinci.
RUBENS. — Saint Pierre crucifié la tête en bas, peint par Rubens peu de temps avant sa mort. Le corps et la tête du saint sont les seules bonnes parties de la peinture, qui est bien coloriée (de larges masses de lumière et d'ombre) et bien dessinée ; mais la figure se courbe trop rapidement à partir des cuisses, qui sont mal dessinées, ou plutôt d’un mauvais goût de dessin, ainsi que le bras, dontle contour est court et interrompu. L'expression des bourreaux n’a pas cette énergie qu'il donnait ordinairement à ses figures. Dans une de ses lettres à Geldorp, Rubens exprime le cas qu’il faisait de ce tableau, qui était, à ce qu'il dit, le meilleur de ses ouvrages. Il y témoigne aussi
…. No 7672700! 7 Château de Schleissheim, 41. HN,
sa satisfaction du sujet, qu’il regarde comme pittoresque. Cela était naturel à un esprit tel que Rubens, dont le défaut fut d'être trop occupé peut-être de rechercher le pittoresque et l'extraordinaire. Un homme pendu la tête en bas est certainement un objet plus extraordinaire que s’il était dans sa position naturelle. Plusieurs parties de ce tableau sont si faiblement dessinées et d’un pinceau si timide que je ne puis m'empêcher de croire que Rubens était mort avant que de l'avoir achevé, et que quelqu'un de ses élèves y a mis la dernière main. Ce tableau jouit d’une grande réputation, à cause j'imagine de la lettre de Rubens où il dit que c’est son meilleur ouvrage. Nous allâmes exprès de Dusseldorf à Cologne pour le voir; mais il s’en faut qu’il nous ait dédommagé du voyage.
WEENIx. — De Cologne nous fimes une course à Bernsbourg, maison de chasse de l’Électeur Palatin, que nous trouvàmes bien différente de ce qu'on nous avait fait attendre. Les trois salles peintes par Weenix, quelque belles qu’elles soient dans leur genre, ne sont pas meilleures ni même aussi bonnes que ce que nous avions déjà vu de ce maître dans la galerie de Dusseldorf. Ses figures grandes comme nature, qu’il aimait beaucoup à introduire, sont fortindifférentes, pour ne pas dire mauvaises. Son gibier mort ne peut être trop admiré ; mais un exemple suflit ; 1l y en a trop. Ses portraits sont de ceux que personne ne voudrait exposer chez soi, s'ils n'étaient accompagnés de ses oiseaux et de ses animaux.
Les fresques du mur et du plafond sont de Bellucci Pellegrino, et autres maitres des derniers temps, et ne méritent pas une minute d'attention. Nous vimes un tableau du Massacre des Innocents, du vieux Breugle, le même que j'avais vu quelque part en Hollande ; et j'en ai moi-même un autre. Ce peintre ignorait absolument toute la partie mécanique de l’art de faire un tableau; mais il y a beaucoup d'idées, une représentation d'accidents variés, propres à remplir vingt tableaux modernes. À cet égard il en diffère autant que Donne‘ des ver-
1. Poète mort en 1631, de l’espèce que Johnson appelait métaphysiques, et dont Dryden disait : « Nous avons moins d'esprit que Donne, mais plus de poésie. »