‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 297 sur 302 · PA CASE · texte numérisé non relu

PA CASE

on trouve dans ceux de ses grands ouvrages auxquels il paraît avoir donné plus de soin, des figures nues aussi distinguées par le dessin que par le coloris. On croit voir qu'il avait une grande aversion pour la manière maigre et sèche de ses prédécesseurs, les anciens maîtres allemands et flamands; afin de l’éviter mieux il a tenu son contour ample et coulant: ce qui, poussé jusqu à l'extrême, a produit cette pesanteur qu’on remarque souvent dans ses figures. Un autre défaut de ce

grand peintre est son peu d'attention pour le jet des draperies,

! surtout des draperies de femmes; car il n’arrive presque

| jamais que les plis en soient choisis avec intelligence.

Carle Maratte et Rubens sont à cet égard à des extrèmes , OPPOsés : l’un laisse apercevoir trop d’art dans la disposition | de ses draperies, et l’autre y en a mis trop peu. En outre, la

draperie de Rubens n’est pas proprement historique, la qualité

: de l’étoffe dont elle est composée se remarque trop distincte- : ment; et par là sa manière ressemble à celle de Paul Véronèse.

Cette espèce de draperie choque moins dans Rubens qu'elle ne le ferait dans plusieurs autres peintres, parce qu'elle contribue en Het à la richesse qui fait le caractère de son style, caractère qu’aussi bien je ne prétends pas donner pour le pins simple et le plus sublime.

La différence qu'il y a entre la manière de Rubens et celle de tous les autres maîtres qui avaient paru avant lui, ne se remarque dans aucune partie autant que dans son coloris, qui diffère totalement de celui du Titien, du Corrège, et de tous les grands coloristes. L'effet de ses tableaux peut être assez bien comparé à celui d’un amas de fleurs ; toutes ses couleurs en ont la beauté et la vivacité, en même temps qu'il a su éviter le papillotage auquel expose un rapprochement de teintes aussi brillantes; et à cet égard il a plus de ressemblance avec le Baroche qu'avec aucun autre peintre. Ce quia été dit d’un peintre ancien peut être appliqué à ces deux maîtres : « que leurs figures paraissent être nourries de roses ».

Ce seraitune étude curieuse et utile pour un peintre, que

d'examiner la différence d'effet et la cause de cette différence

dans les ouvrages du Corrège et de Rubens, l’un et l’autre

parfaits à sa manière. La préférence qu’on ferait de l’un à l’autre, serait sans doute réglée sur les habitudes de celui qui

en jugerait. Ceux qui auraient reçu leurs premières impressions

des ouvrages de Rubens accuseraient le Corrège de lourdeur :

et les admirateurs du Corrège diraient que Rubens manque de

solidité d'effet. Il y a chez Rubens une légèreté, un vague et une facilité, diraient ses défenseurs, et en comparaison une

\ pesanteur laborieuse chez le Corrège : dont les admirateurs,

à leur tour se plaindraient que le genre de Rubens est négligé et peu fini, tandis que les tableaux du Corrège sont terminés dans le plus haut degré de finesse. Et ce qui pourrait être dit en faveur de la largeur des lumières du Corrège, serait taxé

. chez ses censeurs de pédanterie et d’affectation. Il faut

observer que je ne parle ici que de la manière, de l'effet du

tableau ; et je crois pouvoir conclure, selon la méthode en usage dans les poésies pastorales, en décernant une couronne à chacun, sans décider de la supériorité de l’un ou de l’autre.

Pour finir, j oserai reprendre en faveur de Rubens ce que j'ai dit plus haut de l’école Hollandaise, que ceux qui n’apercoivent point le mérite de ce grand maître, ou bien sont prisonniers d'une conception étroite de la variété de l’art, ou bien sont égarés par cette affectation de ne vouloir rien approuver que ce qui vient des écoles d'Italie.

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