Nommé Thys au catalogue d'Anvers
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lui paraissent empruntées à d’autres maîtres. S'il a pris quelque chose des autres, il a eu l'adresse de le changer et de l’adapter si bien au reste de son ouvrage, que le larcin ne peut être découvert.
Outre l'excellence de Rubens quant aux qualités générales, il a eu le vrai art d’imiter. Il voyait la nature avec l’œil du peintre ; il saisissait sur-le-champ le trait dominant par lequel
\ chaque objet se distingue, et il ne l'avait pas plutôt vu qu'il : le rendait avec une facilité admirable. Et je puis ajouter que
pour le peintre, quand il examine un tableau, cette facilité est cause d’un grand plaisir. J’ignore jusqu’à quel point cette qualité peut être sentie par ceux qui ne sont pas peintres ; mais à ceux-là non plus il ne saurait suffire que les objets soient fidèlement rendus : il faut encore qu'ils aient de la
| grâce, et cette grâce ne saurait venir que d’une tâche accom- \ plie sans effort. Rubens a peut-être été le plus grand maître
dans la partie mécanique de l’art, le meilleur ouvrier ou manieur d'outil qui ait jamais tenu un pinceau.
Il ne faut pas comparer cette partie aux facultés d'invention, ni à celles qui donnent à un ouvrage l’expression et le caractère ; cependant elle est en soi matière à l'exercice du génie. On ne saurait enseigner cela par des paroles, mais chacun pourra s’en convaincre par un examen assidu des tableaux où cette perfection se trouve. Elle est sentie de peu de peintres et elle n’est pas moins rare de nos jours parmi les artistes vivants qu'aucune des excellences plus relevées de l’art.
Cette qualité, que Rubens a eue au plus haut degré, lui a permis de représenter mieux que n'importe qui tout ce qu'il lui
, a plu de mettre sur sa toile. Ses animaux, ses lions surtout et ses chevaux, sont si beaux, que le propre caractère n’en a été
saisi que chez lui. Ses portraits le disputent aux meilleures œuvres des peintres qui ont fait de cette branche de l’art l'unique affaire de toute leur vie, et il en a laissé un grand nombre d’exemples. On peut dire la même chose de ses paysages, et, quoique Claude Lorrain ait fini davantage, comme
. il convient à un spécialiste dans quelque branche que ce soit,
il y a cependant tant de vague et tant de facilité dans les
paysages de Rubens, qu’un peintre aimerait autant être l'auteur des siens, que de ceux de Claude ou de tout autre maître
Les tableaux de Rubens ont cet effet, qu’ils ôtent au spectateur toute disposition à y découvrir des défauts et à s'arrêter sur la critique. Plusieurs reproches qu’on lui a faits, sont certainement déraisonnables. On ne peut pas plus blâmer son style de ce qu’il n'offre pas le sublime de Michel-Ange, qu’on ne saurait blâmer Ovide parce qu'il ne ressemble pas à Virgile. Mais enfin il faut avouer qu’il a manqué de plusieurs qualités qui se seraient parfaitement accordées avec son style. Au nombre de ces qualités, on peut compter la beauté de caractère des
femmes. Les siennes en approchent quelquefois, ce sont des
figures fraîches et avenantes ; mais elles n’ont que rarement, si jamais, l'élégance. La même chose peut se dire de ses jeunes
, gens et ses enfants. Ses vieillards ont l’espèce de majesté que
confère une barbe touffue; mais jamais il n’a eu une idée
| poétique du caractère de cet âge. Dans ses représentations des
plus hautes figures de l’histoire sainte et de la fable, au lieu de quelque chose de surhumain qui remplisse l’idée qu’on se fait d'êtres de cette nature, le spectateur ne trouve guère plus que les simples mortels qu’il rencontre tous les jours. L'incorrection dans ses contours est plus souvent l'effet de
\la précipitation et de la négligence que d’un défaut de talent;