‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 81 sur 302 · BUY · texte numérisé non relu

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un ancien bas-relief, publié depuis dans les Admiranda*.

J'ai tiré mes exemples des œuvres de Raphaël que nous avons chez nous, mais on pourraiten alléguer bien d’autres en preuve du cas que ce grand homme faisait de l'assistance d'autrui. Et de fait sa richesse était si connue, qu’il a pu, sans perdre de son crédit emprunter où il a voulu.

Il faut remarquer que l’ouvrage de Masaccio où il a pris si librement ces figures, était exposé au public dans une église de Florence, c’est-à-dire à peu de distance de Rome; ce qui fait que, s’il eùt regardé cet emprunt comme un plagiat déshonorant, il était sûr d’être découvert ; mais il était très convaincu que cela ne pouvait pas nuire beaucoup au renom de son pouvoir d'invention, Et en effet cela n’y a pas nui, sinon près de ceux qui n'ont aucune idée de la manière dont les grands ouvrages viennent au monde.

Ceux qui dérobent par pauvreté, qui, n’ayant rien à eux, ne sauraient subsister une minute sans commettre de pareils larcins, ceux dont le dénuement est tel qu'ils manquent même de l’endroit nécessaire pour déposer ce qu’ils rapportent, ceux-là je n’ai rien à dire; mais des artistes comme ceux à qui je crois m'adresser, des hommes que je considère comme raisonnablement pourvus du nécessaire et du convenable, hommes qui sont bien loin de songer à dérober des vérités communes, qui n'ont envie de posséder que des raretés capables d'orner leur cabinet, et qui prennent soin en retour de rendre au trésor commun des choses de même prix ou de plus grand prix encore, de tels hommes n’ont certainement pas à s’intimider de cet échange fraternel, qui doit exister entre artistes, échange dans lequel on prend aux morts pour donner aux vivants, et peut-être à ceux mêmes qui sont encore à naître, À |

L’aliment quotidien de Roue d’un artiste, c’estles ouvrages de ses prédécesseurs. Il n'y a pas pour lui d'autre moyen d’être grand. Serpens, nisi serpenlem comederit, non fit draco,est une

1. Romanorum antiquitatum monumenta, recueil gravé par P. S. Bartoli, sous la direction de Bellori en 1693. Le bas-relief (provenant de la villa Médicis) a fourni le groupe du taureau; pl. 10 (43 dans une autre édition sans date).

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remarque d'histoire naturelle fabuleuse que j'ai lue, et dont je ne puis me rappeler le titre. Fabuleuse en ce qui regarde les dragons, elle s’applique avec vérité aux artistes.

Comme il parait par ce que je viens de dire, Raphaël avait étudié avec soin les ouvrages de Masaccio ; et en vérité, sil’on excepte Michel-Ange (qu'il a également imité), il n’y avait pas de maître plus digne que celui-là de son attention. Quoique sa manière füt sèche et dure, quoique ses arrangements soient conventionnels et dépourvus de variété comme ceux de tous les peintres de cette époque ancienne, cependant ses ouvrages possèdent cette grandeur et cette simplicité qui accompagnent la régularité et la sècheresse de manière, et qui quelquefois en procèdent. Il faut considérer l’état de barbarie dans lequel l’art se trouvait avant lui, quand le dessin était si mal connu que les meilleurs peintres étaient incapables de représenter un pied en raccourci, de sorte que les figures de ce temps-là

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ont l'air de poser sur les doigts de pieds, et que ce qui servait de draperie, à cause de la dureté et de Ia petitesse des plis,

ressemblait plutôt à un amas de cordes serrées autour du Corps qu'à un vêtement. Masaccio le premier introduisit les draperies amples, tombant d'une manière naturelle; dans chaque partie de l’art il semble avoir été le premier qui aït trouvé le chemin de la perfection à laquelle l’art a atteint depuis, et on peut le considérer comme un des pères de l’art moderne.

Quoique cette digression au sujet de Masaccio m'ait retenu déjà plus que je n'aurais voulu, je n’en dois pas moins rappeler ici cette ardeur et cette constance d'application qui le distingua aux yeux de ses contemporains autant que ses talents naturels. On rapporte que toute son attention était si bien absorbée par son art, qu'il négligeait entièrement son vêtement, sa personne et tout le détail de son existence, et que de là lui vint le surnom de Masaccio ‘* Eten effet,.ce peintre est un remarquable exemple de ce que peut opérer en peu de temps une application bien dirigée. Il n’a vécu que vingt-sept ans; et pendant ce court espace, il a fait si fort avancer l’art

1. LA TERMINAISON EN ACCIO MARQUE UNE DIFFORMITÉ OU UNE IMPERFECTION DE CELUI A QUI ON L'APPLIQUE (note de l'auteur).

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SUR LA PEINTURE 21d

du point où il était avant lui, qu’il semble que ses successeurs n'ont pas suivi d'autre modèle. Vasari donne un long catalogue de peintres et de sculpteurs qui ont formé leur goût et appris leur art en étudiant ses ouvrages. Parmi ces artistes il nomme Michel-Ange, Léonard de Vinci, le Pérugin, Raphaël, le Frère Barthélemy, André del Soi le Rosso et Périn del Vaga.

L'habitude de HS les inventions du génie et d’en occuper sa réflexion, jusqu’à ce qu'on se sente échauffé à ce contact, est le vrai moyen de former son esprit pour les arts. En présence de ces grands hommes, il est impossible de penser ou d'inventer Dane Un état d’ spa se forme à leur contact, qui fait qu’on n’a plus de goût qu’à ce qui respire la grandeur et la simplicité.

Outre l’avantage général de former son goût par un pareil commerce, il y en a un qui est particulier, et dont j'ai fait la remarque en voyant la facon dont Raphaël a imité les œuvres de Masaccio. Sa figure du proconsul Serge-Paul est prise du tableau de Saint Félix‘ de ce maître, quoique l’une se présente de face et que l’autre soit de profil, de plus l’action est un peu changée ; mais il est évident que Raphaël avait alors cette figure dans l'esprit. Il y a une circonstance que je mentionne en passant, et qui le prouve d’une manière convaincante; Serge-Paul porte une couronne de laurier, ce qui ne s'accorde pas avec le reste et choque la couleur locale dont Raphaël était exact observateur en général ; mais il avait trouvé cette couronne chez Masaccio, et n’a pas pris la peine de la changer. Donc voilà une partie de la méthode que je conseille :

, de regarder les figures qu’on emprunte comme des statues, et | de les présenter comme a fait Raphaël dans une perspective

différente, en ayant soin de conserver tout l'esprit et toute la grâce del D |

J'espère qu'après ce que j'ai dit, on n’inférera pas de là que je recommande la dépendance des peintres à l'égard de leurs prédécesseurs. Je ne vous dis pas de vous débarrasser de

1. Erreur de nom; c’est le Martyre de Saint Pierre, au même lieu que les peintures mentionnées p. 212.

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