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votre tâche sur les autres et de les charger de penser pour vous; ce que je désire, c’est que vous consultiez, que vous appeliez en conseil les hommes les plus distingués par leur savoir et par leur expérience : en conseil, dis-je, dont la décision demeure entièrement remise à vous. Une pareille conduite dans le commerce de la vie n’a jamais été regardée comme honteuse, ni comme une preuve de faiblesse dans l’es-
prit; c’est au contraire un signe de cette vraie sagesse qui fait.
qu'on sent l’imperfection individuelle et le besoin de recourir à l’observation collective pour remplir l'immense étendue, pour embrasser l’infinie variété de la nature. Ce que je recommande n’est pas plus le plagiat que l’individualisme. Je ne fais que vous avertir de ne pas vous priver de l'assistance nécessaire à tout homme, et dont les plus grands peintres, comme
le prouvent ces exemples, n'ont pas dédaigné de profiter.
J'ajoute que l'application nécessitée par cette recherche, et Le soin d’accommoder les idées empruntées à votre pratique particulière, est une tâche à laquelle la paresse se refuse, et que l'ignorance ne peut exécuter.Mais pour mieux faire comprendre l’espèce d'emprunt dont je parle quand je recommande avec tant d’insistance l’étude des ouvrages des grands maitres, il
nous faut retourner un instant à Raphaël pour considérer sa
méthode et pour chercher à l’imiter dans sa manière d’imiter les autres.
Les deux figures de saint Paul dont j'ai parlé sont si nobles chez Masaccio, qu’iln’a peut-être pas été au pouvoir de Raphaël même de leur donner plus de grandeur, du moins ne l’a-t-il pas essayé; mais il a eu l’adresse de changer quelque chose
de leur caractère, sans le diminuer cependant : au lieu.
d’une majesté tranquille, il leur a donné cette expression animée que requérait le personnage plus agissant qu'il en faisait.
De la même manière, il a donné plus d'animation à la figure de Serge-Paul, ainsi qu’à celle qui sert dans le tableau de la Prédication de Saint Paul, Masaccio n'avait fait qu'indiquer celle-ci, et Raphaël l’a terminée. Les yeux fermés de cette figure chez Masaccio pouvaient aisément faire croire qu’elle dormait, tandis
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que l’expression qu’elle a recue dans le Carton ne laisse aucun doute; ses yeux sont fermés il est vrai, mais ils le sont avec tant de force qu’on y reconnait du premier coup l'expression d’une âme en proie à l'agitation la plus vive ; mais ce qu’il y a de plus extraordinaire, et qui selon moi mérite surtout d’être admiré, c'est que la même idée se poursuit à travers la figure tout entière, et jusque dans l’arrangement de la draperie, laquelle l'enveloppe si étroitement qu’on ne voit pas même les mains du personnage. Par cette heureuse correspondance entre l'expression du visage et la disposition des parties, la figure plonge dans la réflexion depuis la tête jusqu'aux pieds. I n’y a que les hommes d’un talent supérieur qui sachent, soit emprunter ainsi et se rendre propres les idées d'autrui, soit exécuter et finir une première idée ou une conception imparfaite fournie par quelque grand original. Une promptitude à saisir ces idées, que l'ignorance ne remarque même pas, compose à mon avis une notable partie de cette faculté qu’on appelle le génie.
Il'arrive souvent que certaines idées peuvént être employées à des sujets totalement différents de celui pour lequel elles ont été inventées. Il y a une figure de Bacchante qui se renverse, latête rejetée entièrement en arrière, qui peut passer pour uneinvention favorite des anciens,car elle estsouvent répétée dans les bas-reliefs, dans les camées et dans les pierres gravées antiques; on a voulu dans cette attitude représenter une espèce de joie enthousiaste et frénétique. Or c’est cette figure que Baccio Bandinelli a pris dans un dessin que je possède de ce maitre, pour représenter une des trois Maries dans le sujet de la Descente de Croix. Nul n’a su mieux que Bandinelli ce qui méritait d’être emprunté. N’est-il pas curieux d'observer que les extrèmes de deux passions contraires trouvent, au prix de changements légers, leur expression naturelle dans le même geste?
Si j'avais à vous recommander une méthode dans quelque partie de vos études du peintre, ce serait dans l'invention. Je vous dirais qu'il ne faut pas que les jeunes peintres se croient qualifiés pour inventer, avant d’avoir connu ce que le genre