‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 97 sur 302 · EXCELLENCE DE MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

EXCELLENCE DE MICHEL-ANGE

Messieurs,

Les rapports étroits qui ont lié mon existence à celle de l'Académie Royale depuis son établissement, les devoirs réciproques dans lesquels elle et moi avons été engagés si longtemps, font que toute profession d’attachement de ma part à l'égard de cette compagnie serait inutile : lhabitude, à défaut d’autres sentiments, aurait suffi pour le produire.

Pourtant, entre des hommes réunis dans le même corps et appliqués au même objet, la plus constante amitié ne saurait faire que de légers dissentiments ne s'élèvent”, Dans ces sortes de contestations, les hommes abondent naturellement plus qu’il ne convient dans leur sens; ils perdent la mesure de l’indulgence que nous devons à nos contradicteurs. Mais, constitués comme nous le sommes, ces petits différends ne passeront point dans le public; ils seront oubliés, même effacés par l'estime mutuelle qu’on professe chez nous pour les talents.

1. Ces dissentiments se produisirent au mois de février 1790, à l’occasion du désir qu’eut Reynolds de faire élire académicien l'architecte italien Bonomi. Les académiciens préférèrent Fuseli, et Reynolds aussitôt se démit de la présidence. L'intervention du roi lui-même ne put d’abord Le décider à la reprendre; enfin, les démarches de ses collègues l’emportèrent, et c'est comme président qu’il prononça ce dernier discours.

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Toutes les dissensions doivent finir, et je suis sûr qu’elles finiront, dans les sentiments fraternels qu’excite un zèle commun are. pour l’art.

SA En me retirant de l’Académie‘, c’est avec orgueil, avec ii affection, avec gratitude, que je rappelle la confiance presque inaltérable dont elle a bien voulu m’honorer depuis l’origine. A En me séparant de vous, Messieurs, je forme des vœux sin- ; cères pour votre concorde future et je me réjouis à la pensée que, grâce à cette concorde, l'origine fameuse de cette Académie sera effacée encore par les succès de l'avenir.

Mon âge et plus encore mes infirmités m’obligent à regarder cette fois comme la dernière où j'aurai eu l'honneur de vous adresser la parole de cette place. Privé comme je le suis, spatiis iniquis, d’une longue perspective d’existence, veuillez donc

da. m'excuser si je tourne mes regards en arrière vers le passé, sur la route que j'ai parcourue.

Les membres de cette Académie peuvent, je crois, réclamer l'honneur d’avoir rempli de leur mieux cette place intermédiaire que chacun tient dans l’ordre général des choses. Nos

devanciers ont travaillé pour nous, nous travaillons pour nos successeurs, et quoique nous n'ayons pas fait plus dans cet échange et dans cette réciprocité, que n’ont fait d’autres a sociétés formées dans ce pays pour l'avancement des sciences utiles et agréables, une circonstance pourtant nous autorise à réclamer plus que l’éloge d’avoir fait seulement notre devoir. Je parle de l'honneur qui revient à plusieurs d’avoir commencé Se. les premiers, et à tous en général d’avoir soutenu nos exposie | tions annuelles?. Ce projet, dans l’origine, n’a pu être conçu 1e que par des artistes déjà honorés de la faveur publique ; d’autres auraient été moins en mesure d’exciter la curiosité. Ainsi, il a fallu que le désir qu’ils ont eu de produire au grand jour le mérite caché, leur fît braver le risque de se donner des rivaux. Ils sont rentrés de leur plein gré dans la lice, et une

r. Ses infirmités l’y obligeaient. Il avait perdu l'œil gauche, et la crainte que le droit ne vint à lui manquer l’avait fait renoncer depuis l’année précédente à la pratique de son art.

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