KHÉtORIQUK
» reconnaissance de ce que je dois à Tua j> et à l'autre: trop heureux. Madame, 9 si yous êtes aussi persuadée de mes sen- Tf timens que je le mérite » .
Une lettre de félicitation ou de condoléance à un ami , est facile à faire , parce qu'on se réjouit ou l'on «^afflige réellement avec lui. 11 n'en est pas de même ' de celles que la bienséance seule nous oblige d'écrire rà un supérieur ou à un égal. 11 faut alors , dans une lettre de félicitation , employer ces lieux communs , déjà épuisés , qui sont le mérite de la personne, 4a justice qui lui a été rendue , les espérances qu'elle peut concevoir pour l'avenir , et l'intérêt 'qu'on prend à tout ce qui la regarde. Ces sortes de lettres doivent être courtes. Celle-ci peut servir de modèle. Elle est du comte Bussy à M. Mascaron , sur sa nomination à l'évêché de Tulles,
« Je viens d'apprendre avec beaucoup » de joie , Monsieur , la grâce que le roi > vous a faite , non-seulement pour Tin- » térét de mon ami , mais encore pour » celui de mon maître. Je trouve qu'il » est aussi beau au roi de vous faire du » bien qu'à vous de le miérîter » .
Voici la réponse de Mctscaron.
« Le roi m'a donné plus qu'ilne pense, » Monsieur. Le compliment que la g^âce » qu'il m'a faite m'a attiré de votre part,^ » jest pour moi un second bien. presque
FBANÇAISE. 167
» aussi précieux que le premier. Toute » la différence que j'y vois , c'est qu'il ne » m'a pas permis de croire que je sois » digne d'un grand évêché , et que mon 1 ccBur me dit que je mérite un peu de 1 part dans votre amitié par les sentimens » avec lesquels , etq. », .
On ne me pardonnerait point de passer sous silence la lettre que le duc de Moniausier^ cet Jiomme d'une vertu si pure, si droite , si ferme et si courageuse , écrivit au grand- dauphin , son ancien élève , après la prise de Philipsbourg.
La voici :
C MoNSEIGNEtJB,
1 Je ne vous fais pas de compliment 1 sur la prise de Philipsbourg : vous » aviez une bonne armée, une excellente 1 artillerie et Vauban. Je ne vous en fais 9 pas non plus sur les preuves que vous 1 avez données de bravoure et d'intré- 9 pidité : ce sont des vertus héréditaires » dans votre maison. Mais je me réjouis » avec vous de ce que vous êtes libéral , 9 généreux, humain, faisant valoir les 9 services d' autrui, et oubliant les vôtres; 9 c'est sur quoi je vous fais mon com- 9 pliment 9.
Le duc de MontausUr , cessant de faire les fonctions de gouverneur du dauphin^ lui avait dit : Monseigneur, si vous êtes honnête homme, vous m'aimerez; si vous
l68 RBéTORIQVE
i»e l'êtes pM, VQU^inp ha<ifree, 6| je niem eofUùlérai.
Les lettres de condoléance exigent un style sérieux» srare et négligé , ua ton conforme à celui de la personne qui pleure. Quelques réflexions de piété y sont très-bien placées» pourm qu'eUet ne soient pa& longues. H est bien des peines , bien des rêyèrs qui abali»nt cette fière raison dont nous nous enor-
Î;uei{lissotts. La douce» la consolante reigion peut senle en relever le courage et ranimer les forces.
Louis XY était convalescenl à Metz.
Madame la duchesse de Fùntadour »
Î gouvernante des Enfans de France» allait ui écrire pour le féliciter sur le rétablissement de sa santé, lorsqu'on vint lui annoncer la mort de Madame sixième»
qui était élevée avec Mesdames à Fon* tevrault. Au compliment de félicitation»
elle joignit ainsi le compliment de con-* doléance :
< SiBE»
> Après la grâce que le seigneur vient 1- d'accorder à la France» en lut conser-»
• vanfc voire majesté » il ne fallait rien de » moins qu'un ange en ambassade pour » l'en aller remercier».
Il &ibt beaucoup de prudence et de circonspection din» une lettre de re-* profites» Plaignent vous aveei douceur : k
politesse l'exige. Mêlez même Tenjouement à vos plaintes ; en blâmant les procédés de la personne , justifiez ses intentions ; c'est le moyen de ramener les esprits. Des reproches trop vifs et amers n'ont presque toujours d'autre effet qu'une rupture -ouverte.
Si au contraire vous avez des torts , ne rougissez point d'en convenir dans votre lettre. Montrez -vous touché d'avoir pu déplaire à celui à qui vous écrivez , si sincèrement disposé à réparer le passé. Il faut , dans ces lettres d'excuses , une manière de s'exprimer franche et .
naturelle , qui soit un sûr garant des sentimens du cœur. Dire qu'on se trompa hier , c'est faire voir , suivant la pensée de Pope , qu'on est plus sage aujourd'hui.
Cette réflexicm bien méditée doit nous engager à ne jamais dissimuler nos fautes.
Notre amour-propre y trouve même son intérêt.
Il y a bien peu de choses à dire sur ces lettres de bonne année , qui ne sont dictées que par les égards et les ménagemens. Ce sont toujours les mêmes idées tant rebattues ;»et c'est ce qui les rend difficiles à faire. Le mieux est de souhaiter simplement aux personnes qu'on cultive , une heureuse année , et de leur demander la continuation de leurs bontés.
Il n'est peut-être pas en ce genre de plus beau souhait que celui qu Ovide fit à
lyO nH«TOAIQVB
Germanicus y et que le P. Br-utnoi a ainsi paraphrasé : .
Ovide , pour vos destinëes , Ferait les- souhaits les plus doux^ Que le Cieli doone le* aniiéfis , Vous trouverez le reste en vous.
Le style des lettres dana lesquelle^^ oa fait des récita ou dea descmptîoQS:» peut être soigné , fleuri , aYoir unicertaio éclat, pourvu que l'art ne paraisse point. Les peintures magnifiques , les grandes figures y seraient déplacées. Que le ton soit lé^ geret badin , grave et sérieux^ seloa les^ choses qu!on raconte. Mais quai y s^.
toujours de la chaleur ejLde la rapidîtiéi dansrle récit : c'est le moyen, de ilatteD l'esprit et l'imagination» en-méme-temp(iî qu'on enchaîne la curiosité* Voy^s» la grâce et la vivacité que.madame d^. Séoû gné a mistes danà ce& détails du paiS^e du Rhin.
« Le comte de Guiche a fait une ao- » tton dont le su€cès le couvre, de gloire; » car , si elle eût tourné autrement, il^ » était criminel. Il se charge de recoa- » naître si la rivière est; guéahle; il dit' » que oui : elle neTestpaSt Desescadrona » entiers passent à la nage, sans se. dé* » ranger; il est vrai qu'il passe le prer » mier. Gela ne s'est jamais hasardé, cela » réussit. Il enveloppe des escadrons , et » les force à se rendre. Vous voyez bien 3> iq[ue son bonheur et sa valeuOr ne se sont
» point séparés; mais tous. devez avoir » de granaes relations de tout cela. Un » chevalier de Nantouillet était tombé » de cheval; il va au fond de Teau , 9 il revient; il y rentre, H revient en- » core ; eniSn il trouve la queue d'un » cheval;' il s'y attache; ce cheval le » mène à bord ; il monte sur le cheval , » se trouve à la mêlée ; reçoit deux coups >» dans son chapeau, et revient gaillard ».
Tout fait image dans ce récit , et tout y est naturel. Quelle légèreté , quel enjouement ! quel coloris ! Mais voici le ton du sentiment , l'expression de ladouleur dans cette lettre , où madame de Sévigné annonce au comte de Grignan la mort de M. de Turenne.
« C'est à vous que je m'adresse , mon » cher comte , pour vous écrire une des » plus fâcheuses pertes quî^ pût arriver » en France ; c'est celle de M. de Tu- » renne , dont je siïis assurée que vous » serez aussi touché et aussi désolé qife »'nous le sommes ici. Cette nouvelle » arriva lundi à Versailles ; le roi en à 9^ été afSigé, comme on doit l'être de la » mort du plus grand capitaine et du » plus honnête homme du monde : toute » la cour fut en larmes , et M. de Con- » dom (*) pensa s'évanouir. On était
'(*) 5r>w/4ef , précepteur d« grnnd-dauphin. Il f irt nommé depuis à Tévéché de Meaux.
172 RHÉTOBIQUE
» près d'aller se divertir à Fontaine- ]» bleau ; tout a été rompu ; jamais un 9 homme n'a été regretté si sincèrement; » tout ce quartier où il a logé , et tout » Paris » et tout le peuple étaient dans le » trouble et dans l'émotion : chacun par- » lait et s'attroupait pour regretter ce » héros. Je vous envoie une très-bonne » relation de ce qu'il a fait quelques » jours avant sa mort : après frois mois » d'une conduite toute miraculeuse , et » que les gens du métier ne se lassent » pas d'admirer , vous n'avez plus qu'à » ajouter le dernier jour de sa gloire )> et de sa vie. Il avait le plaisir de voir » décamper l'armée des ennemis devant » lui ; et le 27 , qui était samedi , il alla » sur une petite hauteur pour observer » leur marche : son dessein était de don- 9 ner sur l'arrière-garde , et il mandait » au roi à midi que , dans cette pensée, » il avait envoyé dire à Brisach qu'on » fît les prières de quarante heures. Il » mande la mort du jeune d'Hocquin- » court , et qu'il enverra un courrier pour » apprendre au roi la suite de cette en- » treprise : il cachette sa lettre , et l'en- » voie à deux heures. Il va sur cette pe- » tite colline avec huit ou dix personnes ; » on tire de loin à l'aventure un mal- » heureux coup de canon qui le coupe » par le milieu du corps , et vous pouvez » penser les cris et les pleurs de cette
FRANÇXiSB. 173
» armée : le courrier partit à l'instant ; il 9 arriva lundi, comme je vous ait dit : de » sorte qu'à une heure l'une de l'autre , » le roi eut une lettre de M. deTurenne, » et la nouvelle de sa mort » .
Ne prenez jamais un ton de mattre dans les lettres de conseils. Vous devez y ménager l'amour-propré de celui à qui vous écrivez , soit que vous lui donniez de vous-même ces conseils , soit qu'il vous les ait demandés. Ce n'est pas assez qu'ils soient le fruit d'une rtiison saine et d'un sens droit ; il faut encore les fartée goûter par la douceur , la politesse , et l'expression de la vraie amitié. On va voir un modèle du ton et du style de ces sortes de lettres , dans celle-ci de mademoiselle de BarTy à son frère , élève de l'Ecole royale militaire. Je l'ai trouvée dans le Mercure de France^ du mois de septembre lySS. Elle contient de trop grandes leçons de vertu , pour que je doive craindre de la citer entière.
« J'apprends , mon cher frère , que n vous allez sortir de l'Ecole militaire., » pour entrer dans la carrière des armes.
9 Vous êtes un des 'premiers que cette 9 Ecole ait formés ; et , comme étant » parmi ses enfans du nombre d^ ses 9 aînés , vous allez porter des premiers » dans le sein de la patrie les fruits de » cette excellente culture.
174 RHiTOBIQUE
9 Je n'ai eu jusqu'à ce moment que 9 la douce habitude de tous aimer : majs » je vou« avouerai que je "mêle à cet » amour un Trai respect, quand je me » représente Totre destinée honorable.
» Vous n'aviez reçu en naissant .qu'un » nom et de la pauvreté. C'était beau- 9 coup quiB.le premier de ces dons : mais y la cruelle médiocrité rend ^>et honneur .
» bien pesant; et qui sait si cette fâcheuse n CompagDse vous aurait permis de vivre » et de i]M)urir avec toute la pureté de » votre «naissance?
» Heureusement ipour vous et pour » vos pareils , dans un de ces momens où 9 Dieu parle au cœur des bons rois, n celui qui nous gouverne a jeté les > yeux sur la pauvre noblesse de son 9 royaume. Son âme s'est ouverte au i » mouvement le plus généreux ; il a .
V adopté sur-le-champ une foule d'en- » fans illustres et infortunés. Un ^dit » plein de grandeur leur imprime sa pro- » tection royale , et a consolé , par cet » appui , les mânes plaintifs de leurs » pères.
» Bénissons » mon cheï* frère , les cir> i9i constances qui out fait éciore un acte » aussi grand , dans les premières années » dç votre vie : 4ix ans plus tard , ce » bien&it n'eût existé que pour vos con- » citoyens. Mais bénissons surtout ces a âmes vraimeint héroïques , qui ont en>-
» brassé et exécuté un projetaussi noble » et aussi paternel.
» Vous voilà donc , grâces à cet éta- » l^lissement , muni des leçons de Thon- » neur le plus pur, et des plus belles » lumières. Votre éducation a été une * espèce de choix parmi les autres éduit cations , et l'État vous a prodigué ses » soins les plus précieux et les plus chers.
» En vérité, mon cher frèie, je consi- » dère avec joie tant d'avantages; mais » je ne saurais m'empêcher de murmu- 9 rer un peu contre mon sexe , qui , en » me laissant sentir toutes ces choses ^ comme vous, met en votre bonheur n et le mien une si grande dilTérence.
» Suivez donc vos destins , puisqu'il le » faut : augmentez même, j y consens, . » ma jalousie. Je ne. vous dissimulerai » pourtant pas que votre tâche me paraît » un peu difficile : vos secours passés V augmentent vos engagemens; et des 9 succès ordinaires ne vous acquitteraient » peut<-être pas. Si les inspirations du .
D cœur valaient toujours celles de la » «raison , je romprais sans doute le sin lence , et je risquerais auprès de vous n ces oonseilsque l'amitié me suggère sur » votre conduite et vos devoirs.
» 1.* Mon cher frère , je me figurerais » en vot^e iplace , qu'en tout état et en » tout temps , je dois être modeste ; et , 3 quoique les bienfe^its du roi honorent
1^6 BHÊTORIQVE
ses plus grands sujets» je m'en tiendrais dans ce sens fort glorieux ; mais j^irais aussi jusqu'à considérer dans ce bienfait ma* patrie entière» et je ferais en sorte -que ma conduite fût rexpressioD de ma*reconnaissance.
9 a."" J'aurais un courage prudent et rassis ; point de tons , point de prétentions. Je céderais , dès que je pourrai^ descendre avec décence. Je voilerais même mes forces ; et je serais plus touché d'obtenir les suffrages» que de les contraindre.
» S.*" J'aimerais mieux être un homme estimé qu'un homme aimable; un officier de nom qu'un joli cavalier; et je prendrais , si je pouvais» en talens » la part de mérite que les Français cherchent trop souvent en agrémens et en amabilité.
9 4*** Je fuirais les passions. Je les crois » au - moins une trêve à nos devoirs.
9 Cependant , comme il serait peu rai^ » sonnable d'aller sur ce point jusqu'au » précepte , je ferais en sorte de n'avoir » dans mes goûts que des objets respec- » tables ; c'est le seul moyen de resti- » tuer par un côté , ce que l'amonr fait * toujours perdre de l'autre à l'exacte » vertu.
» J'allais mettre 5.** , mon cher frère; » mais la crainte de faire un sermon » m'arrête ; et puis , je me persuade qu'il
FRANÇAISE. Ijj
» faut de courtes leçons aux grands cou- 9 rages. C'est ainsi que mon âme se plaît » à parler à la vôtre , et j'entre à mer- » veillé , comme vous voyez , dans l'édu- » cation que vous avez reçue.
n II faut pourtant que j'ajoute à mes » avis. le pouvoir de l'exemple : je suis » assez heureuse pour le trouver dans » notre sang. De tels exemples sont , » comme vous. savez, des commande- » mens absolus. Je ne sais si c'est cette » raison seule qui me détermine à vous » les transcrire ici : mais quand j'y mé- » lerais un.peu d'orgueil , c'est peut-être D là toute la gloire de notre sexe : la T» vôtre consiste à les imiter.
» Barry , notre grand - oncle , était » gouverneur de Leucate en Languedoc , » sous lé* règne de Henri IV. Les li- » gueurs , l'ayant fait prisonnier , le con - » duisirent dans la ville de Narbonne , » qu'ils avaient en leur pouvoir ; là on » le menaça de la mort la plus rîgou- » reuse, s'il ne livrait la place; sa ré- 9 ponse fut qu'il était prêt à nupirir.
» Barry avait une jeune épouse qui s'é- » tait enfermée dans Leucate. Les li- » gueurs la crurent plus facile à vaincre :
» ils l'avertirent du dessein de son mari, » et lui promirent sa vie, si elle livrait » la ville. La réponse de la femme de » Barry fut que l'honneur de son mari » lui était encore plus cher que ses jours.
» La grandeur fut égale de part et d'au- » ti*e : Barry souffrit la mort ; et sa fem- » me , après avoir défendu la place avec ji succès , alla ensevelir 'sa douleur et sa n jeunesse dans un couvent de Bézîers , » où elle mourut.
» Le fils de ce généreux Bairy s«cn céda à son gouvernement de Lesicate , » en 1637. Serbellotii, apfè^ avoir in- » vesti cette place , tenta de le corrom- » pre , et lui promit des avantages con- » sidérables , s'il embra;ssaît fe sm^vice » des Espagnols : l'histoire de son père » fut la seule réponse que le général » espagnol en reçut.
» Voilà , mon cher frère , lAenx B«rry » qui n'ont point «u d'École militaire 9 pour berceau , et qui ont été pourtant » bien grabds l'un et l'autre. Souvetiez- ^ vous d'eux, je vous conjure , toute «votre vie; sou venez- vous-en *fe y©ur » d'une bxitaille , et dans toutes les occa-' » siens où il s'agira de faire bien; et si ce » n'cst^pàs assez de faire mieux qtie les » acÉI*es ( car il faut porter jusque là » son ambition ) , dites-vous sans cesse :
» Je SUIS dev^ant les jeux de mes embé' » très : Us tïie voient ; et ne soyez pas » après cela digne d'eux si vous le pou- » vez. Ma main tremble en vous écrri- » vant ceci , mafe c'est moins de crainte yt que de courage.
D Entrez ^d^nc , mon cher frère , de
FBANÇAISB. l^h
j> rÉcoIe dans la carrière milltajre. Por- » tez les armes que vos pères ont portées, » et que ce soit avec honneur comme » eux. Que je vous trouve heureux d'a- » voir tant d'obligations à devenir un » sujet distingué , et de devoir au roi » votre vie et vos services , au double » titre de votre maître et de votre pè^e !
» .Vous porterez toute votre vie sur votre » personne les signes glorieux de sa bonté » ( fe croix de l'ordre de Saint-I.azare) :
» mais je suis sûre qu'on les reconnaîtra » encore mieux à vos actions. Je suis » certaine encore que vous ne perdrez » jamais le souvenir de ce que vous devez » à ceux qui vous ont dirigé dans l'Ecole , » que vdus .quittez , et principalement à » ce citoyen vertueux (*), que ses gran- » de» qualités ont , pour ainsi dire , asso- » cié à l'œuvre immortelle de ce règne.
» Je vous aimerai alors de tendresse » et de fierté ; et tandis que , confinée « dans un château , je partagerai ma » vie entre le soin de mon sexe et des » amusemens littéraires , je vous perdrai ^ » de vue dans le chemin de la gloire.
» Vous cueillerez des lauriers, et votre » sœur disputera au/ jeux floraux leurs » couronne^ Elle s'élèvera peu-à-peu à
(") Verney (Pr^ris du); il concourut ejOTicacement à rétabli ^semetjt de TÉcoIe royale mîKtaire de Paris , et aux moyens de la mainteuir.
. iSo BHÉTORIQVE
» nn style plus noble; et si vous devenez n jamais un grand guerrier , vous lui !► apprendrez à vous chanter , et vous j> aurez de sa part un poème. Je meurs » d'envie d'avoir quelque jour ce talent , » et vous sentez par là ce que mon am- » bition vous demande. Adieu , mon cher » frère , pardonnez à ma jeunesse ces » réflexions; mais sachez-en gré à mon » amitié. J'ai ' voulu vous écrire dans » l'époque la plus importante de votre « vie ; et mon cœur a volé pour cela jus- » qu'à vous : c'est lui qui m'a dicté tout » ce que cette lettre contient; il vous » aime trop pour avoir pu se tromper»
» Je suis , etc. »
écrivains L» Iccturo dc^ bous épistolaires est épiitoiairef. infiniment utile , et peut aider beaucoup à se faire un style agréable. Mais nous en avons peu de cette espèce. On ne parle plus des lettres de Balzac et de Foiture, que pour les citer, les premières comme des modèles de style am<poulé , et les autres comme des modèles d'affectation. Celles de Baursault sont faites sans goût , et dépourvues de naturel. Il y a en général trop d'esprit dans les lettres de Bussi-Babutin ; trop d'apprêt dans le style de cèlle^de madame Lambert ; et le travail se fait trop ^sontir dans celles de Fléchier. Il faut donc se borner aux lettres de madame de Sévigné, ' et à celles de madame de Mainte-
FRAlfÇAlSE. rSî
ncm. Maïs qui parviendra jamais à imiter la vivacité , la délicatesse , l'enjouement , Tsiuiable négligence , les grâces si naturelles et si piquantes du style enchanteur de la première ? Madame de Matntenon •pourrait plutôt servir de modèle pour la
«oble simplicité, Féléganee et la précifen du style.
Voici le cérémonial observé dans les lettres. Ce détail ne paraîtra pas minutieux , puisqu'il est nécessaire : d'ailleurs il oe sera pas long.
On place indifféremment la date au cér^morîai haut ou au bas d'une lettre. Il y a des atos^i^'e^Vitre personnes qui prétendent que la seconde manière est plus cpnforme aux règles de la politesse; et je dois dire qu'aujourd'hui elle est assez généralement suivie , quoiqu'elle soit peut-être moins commode que la première. Mais dans les lettres d'affaires et de commerce , on la place ordijiairement au haut de la lettre.
Vers le quart de la page , à commencer en* haut , on écrit le mot Monseigneur , Monsieur y Madame^ ou Mademoiselle , selon l'état et le rang.de la personne., en ajoutant au mot Monsieur ou Madanm le titre d'une terre ou d'une charge distinguée , s'ils en ont un.' On donne le titre ^ ' de Monseigneur aux J)rinces du sang , aux cardinaux , aux.évêques, au chancelier , au garde-des-sceaux , aux maréchaux de France , etc. Il y a d'autres
iSa RHÉT0B1QU£
1 personnes à qui on le donne , suivant es circonstances : c'est ce qu'on ne peut apprendre que par Tusage.
Il faut laisser entre la qualification de la personne et le commencement de la lettre , un intervalle plus ou moins grand, selon le respect qu'on lui doit : c est ce qu'on appelle donner la ligne. On d^ laisser aussi au bas de la même page un espace un peu considérable , )Bt , au revers , commencer à-peu-près à la même hauteur où l'on a placé de l'autre côté le mot de Madame ou de Monsieur, Il faut donner Ja ligne aux personnes qui sont au-dessus de nous. On n'en agit pas de même à Tégard de ses égaux et de ses amis; mais on place le mot de Monsieurou de ^ac/ame le plus tôt qu'il se peut.
Quand on écrit à des personnes de la plus haute distinction , iLconvient de ne pas employer la seconde personne, .mais de se servir d'une périphrase. On dira donc : Im lettre dont votre altesse, votre éminence, etc. ( selon le titre de la personne) m'a honoré j etc. Tout le monde sait que les rois ont le titre de majesté, et leturs fils et petits-fils celui d'altesse royale. Les autres princes du sang ont celui d'altesse sérénisslme^ On dit votre éminence aux cardinaux et votre akesse éminentissiine, s'ils sont princes ; votre exeellence auxambàssadeurs^ aux grands seigneurs des pays étrangers ;' et votre
^ PfiAN4^AIS£« l85
p*andeur à d'autres personnes que les circonstances de la vie feront connaître.
La politesse exige que dans le cours d'une lettre , quelque peu étendue qu'elle soit 9 on rappelle le titre de Monseigneur, ou le mot de Monsieur avec le titre dont il est accompagné, selon qu'on a commencé* Il faut avoir soin de le répéter le plus tôt qu'on peut quand on a tourné la page.
On iinit tout uniment une lettre par ces mots qu'on met à Y alinéa : Je suis ou j'ai l'honneur d*être, en y joignant l'expression de quelque sentiment , selon le rang de la personne à laquelle on écrit. Si l'on se sert du mot ^^espeôt > on doit mettre simplement , je suis : ntais avec toute aotre -expression on met , j'ai l'honneur d'être, etc. , je suis avec iin profond respect* — j'ai l'honneur d^étre avec la.piue » parfaite estime, a/vec la plus parfaite considération» On répète ensuite le mot de Monsieur , en %'écartatit 4e la ligne et un peu a«[-dess<^us ; et puis ^n s'écartant et descendant toujours vers le coin de la page , on met , votrt' très-humble et trèsobéissant serviteur,* C'est à.-peu'-près vis- 4i-vis ces mots qu'il laut écrire ia date , si on la place au bas de la lettre.
Ces intervalles doii^nt être gardés dans los lettres même où l'on n a pas donné la ligne. Mais dans une lettre à ua isilcrieur , on écrit tout de suitç : je sui^ avec Us sentimons Us plus distingués >
l84 RHiTO^RIQQE i
, OU avec attachement, ou très-panfuitement , etc. La formule qu'il convient d'employer doit être déterminée par le»
circonstances. Si dans le corps de la lettre on a donné quelque titre particulier , il faut le répéter dans la souscription de cette manière :
Je suis , etc.
Monseigneur ,
De Votre Altesse sérénissime ^
ou
De Votre Eminence ,
Le très-humble » etc.
Il y a des personnes qui prétendent que les nobles ne doivent pas , en sig;nant , ajouter le £{e à leur noip , non plus que leur titre ou de Marquis y ou de Comte , etc., à moins qu'on ne soit plusieurs du même nom , et que ce titre ne soit employé comme distinctif.. D'autres personnes prétendent le contraire. Je ne puis dire quel est sur ce point l'usage le plus généralement suivi. Si néanmoins ceux qui signent ordinairement sans ajouter leur titre à leur nom , écrivent pour la première fois à des personnes dont il est à présumer qu'ils ne sont pas connus , il conviendra , je crois , qu'ils ajoutent le titré ou de leur terre , ou de leur charge, etc.
Les. lettres à un prince du. sang ovX cette adresse : A son Altesse sérénissime
PHAlfÇAISE. l85
Monseigneur le Prince^ etc. On met pour un cardinal : A son Eminence Mansei^ grt^ur le, etc. ; pour un évêque: A Monseigneur l' Evêque de, etc. ; pour le chancelier : A Monseigneur le Chancelier ( en supprimant le nom ) ; pour un ambassadeur : A son Excellence, etc. On sait que les lettres aux têtes couronnées n'ont d'autre adresse que celle-ci : Au Roi y A la Reine,
Au-dessus des autres lettres , on exprime le titre , la profession et la demeure -des personnes. Je remarquerai ici qu'en indiquant la demeure , c'est une faute de dire , par exemple , demeurant dans IcL rue du Mail, dans la rue des Noyers; ce gérondif, ainsi que la préposition et l'article doivent être supprimés : il faut dire seulement rue du Mail, rue des Noyers. C'est encore une faute de joindre l'article simple et l'article particule , audessus d'une 'lettre qu'on écrit à un religieux. Au-lieu de mettre : Au Révérend Père, le Révérend Père , il faut, au Révérend Père, Révérend Père, etc.
J'avais oublié de dire que , quand on écrit à une personne à qui l'on doit du respect , la politesse ne souffre pas qu'on la charge de faire des eompHmens à une autre. Si On le fait, c'est toujours avec ce correctif: Permettez que Madame, etc.
Monsieur, etc. , trouve ici les assurances d'e mon respect, La politesse proscrit
l86 RH^TORIQVB
aussi les apostilles , les past scriptum^ Elles annoncent d'ailleurs qu'on a eu peu d'attention en écrivant.