‹ Rhétorique franc̜aise, composée pour l'instruction de la jeunesseChapitre 10 sur 40 · MI · texte numérisé non relu

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(^) Mflavges , iôme I.

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est-on obligé de parler un peu mieux dans une leUre que dans la conversation , parce qu'on a le temps de choisir ses idées et ses expressions , et de leur donner un tour plus agréable, dépendant rien n'y doit paraître recherché en aucune» manière. Lç style «impie et facile est le seul qui puisse être mis en usage. Dans les lettres de sentiment, il doit être pathétique ; mais en pénétrant dans Ykvae avec douceur , sans trop échauffer Timagination , sans exciter de grands mouveiuens. Dans les lettres d'agrément, il doit être fleuri; mais en n'admettant que des ornemens naturels , et en rejetant toute parure affectée. Ce style paâiétiqqe et ce style fleuri doirent toujours porter un caractère de simplicité.

Deux excès spnt à ^iter dans le style épistolaire ; le trop d'art , c'est-à-dire , les pensées rafinées^ les mots sonores, les ugures éclatanties , les périodes nom^ breuses, les tours pompeux ou alam*biqués. Madame ,de MaitUenon , répondant à la lettre d'un jeune ecclésiastique pour qui elle s'intéressait , lui disait : « Je croîs votre lettre très-exacte , et dans toutes les règles de Part de bien dire; mais elle ne me parait point conforme à celles du bon goût: fe l'aurais voulue plus simple. Votre bon casvar est pressé de reconnaissance et d'abritîé pour

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moi ; je vous permets de le dire ; car je Biii5 fort touchée de ces sentimuens , et co «ont des vertus : mais il allait le dire san^ 4>]iercher des termes et des expressioBt

{»lu6 propres à une déclamation ^u'à^ une ettre » .

L'antre excès est le trop de nëgli^ gence. On doit dire dans une lettre les choses comme elles se présentent à Tesprit , sans se permettre jamais des mots hnpropres , des phrases triviales , des proverbes populaires. Par exemple » ces expressions : Je vous écris ee$ deux lignes ; j€ prends la liberté de vous écrire pour m* informer de l'état de votre santé , etc. , sont non pas du style simple, mais du style bas : le ton de la bonne compagnie ne les souffre point. Il faut surtout éviter les grandes fautes de langage : elles décèlent une profonde ignorance des principes de notre langue , et par là même une éducation négligée , qui ne peut donner qu'une idée peu favorable de Thomme qui éorît. Les jeunes gens doivent, à cet égard, s'appliquer à corriger leurs lettres , jusqu'à ce qu'ils aient acquis , par l'haMtude , la £hcdité d'écrire purement e^ avec grâce.

. Si l'on sent bien qui l'on est et à qui l'on parle, on ne dira, dans une lettre ue ce que l'on doit dire , et on le dira e la manière dont on dort le dire. Le respect, le devoir, l'amitié, la supério-

Diffié tentes

espèces

d« lettres

iftinilières.

i^% RHÉTORlQtB

rite même , ont chacun un langage particulier. La bonne éducation » le bon esprit , le sentiment , nous dictent ce langage. Un inférieur concevra aisément qu'il doit parler en termes res^ pectueux , sans trop s'abaisser ; un égal ,

Îu'il ne doit point prendre un ton de auteur; un supérieur , qu'il ne doit pas trop faire sentir ce qu'il est. Un ami se livrera au sentiment , et laissera courir la plume: c'est au cœur seul à dicter les lettres d'amitié. On recommande cependant , et avec juste raison , d'y être réservé sur la plaisanterie : il ne faut se la permettre que rarement en écrivant à un ami. Un bon mot peut être lu dans un moment d'humeur, et affaiblir , briser même insensiblement les liens de l'amitié.

Le style ne saurait être trop simple; trop clair et trop précis dans les lettres d'affaires. L'esprit et l'enjouement doivent en être bannis. Dites ce qu'il faut, et ne dites que ce qu'il faut : entrez en matière sans préambule , et passez d'un a^icle à l'autre , sans chercher de transition. C'est là qu'il faut s'occuper plus des choses que de la manière de les dire , pourvu qu'on s'exprime nettement et sans équivoque. ^

• Il n'en est pas de même dans les lettres de demande. Le ton doit en être mo^ deste et respectueux» à proportion do

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la qualité de la per$onneàiaq«elle on écrit; les expressions choisies , sans le paraître ; les pensées justes et convaincantes; les tours agréables et propres à persua* der. Mais l'art doit être ici bien caché.

Quelquefois on obtient en louant avec finesse les personnes , en flattant leur vanité, en leur faisant même entrevoir qu'il est de leur intérêt de vous rendre service. Tout cela dépend du caractère de celui à ' qui Ton demande. Il faut le connaître par soi-même ou parla voix publique. *

A ces sortes de lettres ressemblent , à bien des égards, les lettres de recommandation. La chaleur du sentiment , la douceur et l'agrément du style doivent les caractériser. On, ne saurait trop y montrer l'intérêt qu'on prend à la personne pour laquelle on demande quelque chose 9 et dont on ne doit pas pas- ,ser sous silence les talens st les vertus.

Cicéron est admirable dans ces sortes de lettres : il s'exprime , il sollicite , il insiste avec la plu^ vive chaleur , et avec cette éloquence qui entraîne le cœur et la volonté de celui à qui il écrit. Pline U jeune n'est ni moins zélé , ni moins

f>ressant, ni moins pathétique dans ses ettres de recommandation. Nous n'en cannaissons qu'une toute entière d^ Horace, celle qu'il écrivit à Tibère , pour Je prier de placer auprès de lui Sep^

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thniuê, dam mn voyage «|oe ce JQBue prifice «liait faire en Orient., à la tété d'une armée. Tikère en effet 4gréa Sep-timius , et le fit enHiite connaître d'y^u^ gU8$e , qui ne tarda pas à lui donner son afiëction. Cette lettre est un wai med^a en ce pmte , ]mncipaleraient peur la pré^ cision , la délicatesae , et le Ion qtt'^a doit prendre, quand on écrit dams oes circonstancesà ddspersonnes d'un rang éle^é.

La Yoici :

« Septimitu ^esrt sans dcmte le aeul qui » )uge que j'ai quelque part à yotre »~ estime. Quand il me prie , ou plutôt » quand il m^dblige de vous le reooin-^ » mander comme un bomme digne d'en- » trer dans la maison et dans la con- » fidence d'un prince qui ne choiait que » des gens de mérite ; quand il se per* » snade que tous voulez bien m*hono»

» rer à\me amitié itrUme, il s'ima^ne » certaftieiitent qisie j^jieuït plus ^e)e » ne le crois nM»i^inêtae« Je lui ai vdît bieM » des raisons po«nr m'^êxoiiser. Mais enfia » j'ai appréhendé qu'inné me soupsor^iât » de vouloir Tabaissor mon crédit auprès » de TOUS , et d'user de dissiaiilatioai » enrrers lui , dansia Taede n'^ré utile » qu'à moi^EH^e. Ainsi , pour èrîto* oe ] 9 reprocbe honteux , ^'ai osé aapirer am » récompenses des courtisans les plus » assidus. Si donc je vous parais d^e , » de quelque éloge , pour avoir franchi

FRAN<^AISB« l6â

» le» bofnea dala reteaue etdu resi^éct, 9 pav déférenoe aux <Mndre» d'un ami > je Y ^CMM- supplie d'aceorder à. Sef4ùnif4S 9 une place dans Toire maiflon ; et creyo^ 9 que VOUS a»réK< unr homiBe de c<9ur et j» de pn>bité^ » «

Totre eœur doiti &anHr oe fue vou^ ftres à é&re dans une leHre de remerclment. Si veu« êtes inraimeiit sensible au searace que tous ^vee reçu, ?eu$ ne manquereic ni d'expveaûoa ni de touvs , pour en marquer teuÉe retre reconnaissaHO«, et pour louer la géxiépesiié de la ^ersoBoe qui Tou«. a oUigéi Mai^ ne veus VBBt»giBen pas qu'il faille pour cela une bien len^ue lettc^. Le sentknent se pemt sou^^nt dans un seul met. Voyez cette lettre du- maréchai de TiMtrd èi madame de MawHênon,

« Madame,.

» Reeefez, "sTA tous platt, ici mes

» âfè»4ii!imUé4 remèrcimens du mot que

> TOUS me fltee rhonneur. de me dire hier.

» Bien n'égale tos beeiés ; rien n'égale ma

» reconnaissance. If^ous m'avez accordé

9 Totre proteetioB pour me faire chcva-

» lier de l'ordre^; j'en ai ressenti les effets

» quand' j'»i été duc. Vous achevrez ,

» Mtidanne , quand fl tous plaira , de

9 me mettre au rang dé mes. camarades*

» Pour moi , je tie songerai toute m«

» TÎe qot*k marquer au roi et à vous la

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