‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 15 sur 63 · DE BEIRA AU C II ARTE RL AMD · texte numérisé non relu

DE BEIRA AU C II ARTE RL AMD

de sable, et la route s'enfonce dans ce sable en véritables fondrières ; on tâche de les éviter en passant à travers les bois, dans les hautes herbes. La voiture va si lentement que nous mettons pied à terre, et nous nous enfonçons dans la forêt, en quête de gibier. Tout ce que nous voyons, ce sont des antilopes, mais ces bêtes nous font perdre la route, et il faut courir à travers les grandes herbes. C'est l'occasion pour notre Tartariu de nous rappeler le voisinage des lions ; les moindres fronts des oiseaux dans les herbes et les branches le font regarder avec inquiétude. Il a une idée géniale : si un lion paraît, vite il enflammera toutes ces grandes herbes jaunes avec sa boite d'allumettes, et on sait que les lions ont peur du feu. Les lions ne paraissent pas ; ils se reposent sans doute pendant la chaleur du jour, aiteadant la nuit pour commencer leurs chasses, aux rendez-vous près des sources où vont s'abreuver les antilopes. Ce sont des heures qui se passent, et vers le soir seulement nous retrouvons notre coach ; ces noirs insouciants n'ont pas prêté la moindre attention à notre absence : en Afrique, il ne f lut compter sur personne, il faut se tii'er d'afl'aire tout seul.

Nous ne sommes (|u'à minuit à Massi-Kessi, le dernier poste portugais et le siège de l'administration des mines de la Compagnie de .Mozambique : c'est le terme du voyage de l'ingénieur qui voyage avec nous et que je ne retrouverai que quinze mois plus tard à Beïra.

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Massi-Kessi. — Voilà trente-six heures que nous sommes debout, dont vingf-qualrc en voyage. Nos conducteurs nous laisseï:!, et dans leur intérêt surfout, je pense, quelques heures de repos; on ne repartira qu'à quatre heures du matiu. C'est une aubaine dont il faut profiter, et encore avec une inquiétude : songera-t-on à nous réveiller? Curieux endroit que ce Massi-Kessi, que je n'ai vu ce soir qu'à la lueur des étoiles; il me semble cependant plutôt pittoresque. C'est un vallon boisé oîi l'on a bâti quelques huttes, mais il n'y a aucune installation pour l'ingénieur des mines de la Compagnie de Mozambitjue. Notre pauvre compagnon de voyage va être bien mal logé; heureusement il est homme à se tirer d'affaire. Pour le moment, il est tout à la joie de retrouver dans un employé de la Compagnie un ancien camarade de collège; il y a de ces rencontres vraiment curieuses; après quinze ans, se retrouver au milieu de l'Afrique! Comme ils sont lous deux du lîidi, on peut deviner leurs effusions. Il faut les faire taire pour obtenir (luelqucs heures de sommeil.

A (juatre heures nous sommes deboul, mais le coach est déjà loin; nous voilà courant pour le rattraper au fond d'un ravin profond. Il est nuit noire, Orion bi'ille eu plein ciel, et celte vue (lue je n'attendais pas éveille en moi brusquement le ciel de l'autre hémisphère. Au fond du ravin nous remontons en voiture, mais c'est

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ensuite un nouveau ravin plus creux encore, cl les berges eu sont raides à faire frémir. Les cochers ne peuvent retenir la voiture, qui n'a pas de freins, et voilà les dix hiiUocks au grand galop, et la voiture bondissant sur les cailloux et les rocs qui remplissent l;i route, et qu'il est impossible de voir. C'est un miracle qu'il n'arrive pas d'accidents sur des routes pareilles, et que les voitures ne soient pas brisées mille fois.

Les arbres continuent; sur le sol il y a des graminées compliquées, peut-être rares, d'énormes bruyères violettes, des fleurs rouge écarlatc.

Peu à peu la région devient dépourvue d'arbres. Nous montous le Christnios pass ou passage cleNoëlj date de son premier passage par le chasseur Selous qui a tracé cette route. On passe le col, et nos bœufs peuvent aller plus vite en descendant dans un joli vallon au fond duquel paraîtra bientôt Umtali. Ces pauvres bœufs sont ércinlés, et pourtant les relais sont fréquents. Les cochers et les postillons nègres se fatiguent autant qu'eux, et il faut ces gens-là pour conduire des bœufs dans un pays pareil et par ce soleil qui est ardent, en vérité, de midi à quatre heures.

Ce postillon est un jeune nègre fort dégourdi, il porte un veston jaune et des pantalons courts, avec un chapeau de feutre pointu à larges bords. Il a une ligure expressive ; les nègres de ce pays ne sont pas mal vraiment. Quand il se retourne, il sourit, et ses

prunelles blanches et ses dents blanches tranchent sur sa peau noire; il rit, et ce rire si naturel est gentil tout de même; on s'habitue vite aux physionomies des nègres.

Voici enfin la rivière d'Umtali, si fraîche et si limpide, puis les premières maisons, mais il est nuit, et il faut attendre le jour pour en faire hi connaissance. En attendant, pour la première fois depuis Beïra, nous avons bon souper et bon gîte, tout cela de bon augure pour le Chartcrland.

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