‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 14 sur 63 · DE BEIRA AU CHARTERLAND · texte numérisé non relu

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pas encore les noms, et dont beaucoup me rappellent l'acacia, le chêne ou les grands feuillages du châtaignier. Il fait bon sous ces épais ombrages : on fait halte uniquement pour prendre de l'eau et ramasser du bois mort po-ur chauffer la locomotive. Il y a des broussailles et parfois des fourrés, mais en général le sol est couvert d'herbe, et je profite des arrêts pour cueillir (juelqucs petites fleurs éclatantes et de très fines graminées. Dans ces fourrés il y a des bêtes sauvages, et il n'est pas rare, paraît-il, de rencontrer des lions couches sur la voie et qui ne se décident à partir qu'à l'arrivée de la locomotive ; mais nous n'avons pas eu la chance d'en rencontrer. C'est un plaisir rare que de pouvoir contempler les bêtes sauvages les plus terribles dans leurs forêts, tout en étant en pleine sécurité. Il y a quelques semaines, un noir qui voyageait le long de la voie ferrée a été surpris et égorgé par un lion ; on nous montre !a place et ce qui reste de ses ossements, presque rien, les vautours et le soleil ontlout détruit ; nous rencontrons aussi des carcasses de bœufs, et les débris d'une voiture qui a servi à Rhodes, nous dit-on.

Le vallon a pris fin, il faut maintenant gravir les pentes de ces montagnes ; on s'y est pris d'une manière fort ingénieuse pour éviter les lacets, qui n'étaient pas possibles. La voie revient sur elle-même en faisant un rcbroussement. Le mécanicien descend de sa machine,

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manœuvre l'aiguille, remonte, fait machine eu arrière, et la locomotive repousse le train sur une autre voie qui s'éloigne de la précédente en gagnant en hauteur. Puis nouveau point de rebroussement : le mécanicien redescend, manœuvre un nouvel aiguillage, fait machine en avant, et le train suit la locomotive surune nouvelle voie dominant la précédente. Ce manège reprend sept ou huit fois, et nous arrivons enfin au sommet de la montagne; les pentes ont presque cessé, l'ombre du vallon a disparu, l'on voyage en pleine lumière, sous un ciel serein que cachent à intervalles les ombrages des palmiers et des autres grands arbres. Les cocotiers sont fort curieux; avec leur tronc renflé au milieu, on dirait le col d'un serpent qui a avalé une proie volumineuse. D'autres ont de larges feuilles en éventail terminées par des griffes, et nu fruit jaune éclatant sur le vert du feuillage.

Nous traversons une jolie rivière d'une eau très limpide, sur un pont en bois, et l'on fait halte pour abreuver la locomotive et aussi les voyageurs; c'est un endroit des plus pittoresques et qui le serait davantage encore s'il y avait, comme ce doit être à l'aurore, des daims et des antilopes venant s'y désaltérer : il y a comme des pelouses d'unvert magnifique sur les bords de l'eau, entourées de fourrés impénétrables sous des ombrages de toutes sortes; on sent une douce fraîcheur au milieu de cette végétation africaine dans toute sa

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splendeur, et pourtant qui ne diffère pas tant de notre végétation forestière en France.

Les forêts recommencent, puis ce sont, avec des clairières, des bouquets d'arbres et des fourres, et enfin des forêts d'autres grands arbres ; on dirait les superbes forêts d'ormes de la Transylvanie. Nous faisons une balte vers cinq heures du soir, au 80' mille, dans un endroit charmant, sous ces beaux ombrages : il y a une auberge fort propre, l'on nous sert un excellent diner où les poulets jouent le rôle principal. Le train s'arrête là en général pour la nuit, et repart le lendemain matin pour Ciiimoio ; mais on a fait une exception pour nous, et nous repartons vers six heures du soir. Si nous avions su quels lits nous attendaient à Ciiinioio, nous aurions préféré rester au 80' mille, où l'auberge était si propre. A défaut de confortable à l'hôtel, la végétation du moins gardera toute sa luxuriante splendeur.

Xous arrivons à la station sanitaire, l'hôpital, à dix milles environ avant Chimoio, tout à fait au sommet des crêtes; de là ou redescend vers Chimoio, qui est bien moins salubre. IVous faisons halte à l'hôpital pour allendrelc docteur, qui était auprès d'un malade ; c'est une jolie maisonnette daus un site paisible où l'on aimerait à se reposer. Mais il est nuit depuis longtemps, et l'on est presque fâché de voir enfin briller les rares lumières de Chimoio après seize à dix-sept heures dans des régions si curieuses.

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De Chimoio à Umtali. — Nous allons faire un séjour de trois joursàChimoio, parceque nous avons manqué, grâce au Kiniberlei/, la correspondance avec le coacli, la malle-poste qui fait le service de Chimoio à L'mtali. C'est plus qu'il n'eu faut pour bien visiter ccHc station portugaise, pauvre village de cinq ou six huttes en roseaux et en terre qui s'appellent des magasins, la poste el des hôtels. A'ous sommes au Premier Hôtel, du titre de Cécil Rhodes, le premier ministre du Cap, the Premier, comme disent les Ai glais.

Pour passer le temps, nous allons faire une visite au gouverueur de Chimoio, un commandant portugais. Il habite, à trois milles de la station, une maison isolée ; c'était l'ancien site choisi pour la colonie. Le site actuel est malsain, au milieu des marais ; on nous affirme pourtant que ce sont les Anglais du railway qui ont décidé d'établir bi leur terminus provisoire. Pour se rendre chez le commandant, on monte en pente très douce un sol couvert de très hautes herbes, sous les ombrages de la forêt, qui n'a pas cessé depuis les premières montagnes. Nous sommes armés, car il y a du gros gibier, et mon compagnon le prospecteur, qui est un peuTartarin, meracontedcs histoiresde lions qu'on lui a dites au Premier Hôtel, et qui l'ont évidemuiout frappé. Mais pas le moindre rugissement ne nous émeut jusque chez le gouverneur.

De ce poste on voit au loin un ancien fort portugais

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au sommctd'Qne montagne toute pointue. Xous dînons en plein air, au son d'une boîte à musique venant de Suisse, qu'un noir remonte après chaque audition. Ces airs vont bien avec ce site alpestre, et c'est un peu l'air du pays qui vient évoquer son souvenir lointain. Evidemment, sauf les plaisirs delà chasse, la vie n'est pas très gaie à Cliimoio. Pour nous y reconduire, le gouverneur a fait venir son trolley, plate-forme sur quatre roues à boudin qui roule sur la voie ferrée. Nous y montons, et, après l'élandonné, lesdeus noirs quil'ont amenée y montent avec nous, et nous voilà, à cause de la pente, glissant à toute vitesse sur Chimoio. Au dernier contour, le frein nous retient peu à peu, et le trolley s'arrête sans secousse, ayant fait en quelques minutes le trajet qui nous avait coûté une heure de marche.

Les chambres à coucher du Premier Hùtel sont en roseaux ; les cloisons existent à peine, et les lits sont sommaires, mais surtout il y a des insectes et d'autres bêles désagréables ; ce n'est plus la propreté anglaise, et, malgré les effoils qu'on fait pour nous trouver à dîner, et malgré le billard, qui est le seul souvenir de la civilisation dans ces parages, nous avons hâte de partir vers de nouveaux horizons, vers cet Umtali qu'on nous a tant vanté. La grosse difficulté à résoudre, c'est d'assurer le transport de nos bagages les plus lourds. Lecoach ne peut s'en charger; il est réservé aux voya-

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gciirs cl aux colis légers. Ce sont des wagons a bœufs qui font les lourds transports, et vont mettre des semaines et des mois pour faire le Irajet que le coach va faire en deux jours et deux nuits, de Cliimoio à Umtali parMassi-Kessi. Impossible de faire autrement, il faut eu passer par là.

Le coach s'ébranle pour partir de Chimoio à minuit. Il fait frais, presque froid, il faut mettre des manteaux et des couvertures, et il est impossible de dormir dans cette voiture à peine fermée par des toiles cirées et où l'on est très secoué. En guise de chevaux, nous avons cinq paires déjeunes taureaux, des bidlocks qui savent trotter, maisà leur fnçon, laquelleu'est pas très rapide. On fait balte toutes les deux ou trois heures à un relais pour changer les bœufs; au matin, nous pouvons trouver quelque chose pour déjeuner; c'est un soulagement de voir le jour, on sait enfin où l'on est, la nuit étant absolument noire.

Le pays est très boisé toujours ; il y a des mimosas, des orangers sauvages, puis l'arbre à sucre, l'acajou, le mapani, et surtout beaucoup d'acacias à feuilles très fines retombant comme des franges. Ces arbres sont espacés sur un sol de hautes herbes, parfois couvert de broussailles et de lianes faisant des fourrés impénétrables. Il y a des lions et des panthères : à chaque relais on nous montre des peaux de ces bêtes sauvages tuées tout récemment. Cette forêt a poussé sur un sol

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