‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 17 sur 63 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LE CENTRE DU M ASHOWl L AN D ET SALISBURY.

Salishury. — Le plateau de granit qui fait toute la partie centrale du Ciiartcrlaud a une immense largeur qui atteint deux cents kilomètres, et il y souffle un vent constant qui enlève des tourbillons de poussière et vous dessèche les lèvres et jusqu'à l'intérieur de la gorge. C'esl aussi l'effet de lasécheresse de l'air ; les muqueuses ont besoin de quelque temps pour s'y accoutumer. Salishury est à seize cents mètres d'altitude, et cet effet est sensible sur les organes, au moins pendant un certain temps.

La ville de Salishury, dont le plan s'étend sur trois à quatre kilomètres de diamètre au moins et comporterait une population plus de soixante mille habifanis comme Johannesburg, n'est maintenant qu'un désert d'herbe où apparaissent de loin en loin quelques maisons en brique ou en tôle ondulée. La brique domine de beaucoup. Tout autour de cette plaine, ce sont des

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bois, sur des oudulalions de (erraia. A l'ouest seulement s'élève, à cinquante ou soixante mètres de hauteur, le monticule ou kopjè que nous avons aperçu de loin en arrivant et qui est, lui aussi, couvert de petits bosquets.

On distingue déjà trois quartiers dans le Salisbury de l'avenir. D'abord le quarlier marchand et commerçant, au pied du kopjè; il y a déjà là les bureaux de plusieurs syndicats et compajjuies minières, le marché, le journal [Rhodesia Herald), et la place d'une Bourse. A une demi-heure à l'est, c'est le quartier, administratif, les bureaux et les ministères de la Cliartered Company, les banques, le club, les hôtels, la poste, l'hùpilal, etc.; les rues sont très larges, tellement qu'on distingue à peine les bâtiments de briques sans étages des deux côtés; on a eu les conceptions grandioses : ce seront là des avenues avec des arbres : l'Avenue Hôtel possède déjà deux rangs d'eucalyptus. Enfin à vingt minutes au nord-est, c'est le quartier des villas, directement prolongé par les bois; beaucoup d'arbres ont été conservés dans ce quartier autour des maisons. Les plus belles de ces villas sont celles du ministre des mines, M. Pauling, qui est en briques et tout entourée d'une large véranda, et celle de l'administrateur, D'' Jameson, qui est en papier, possède un étage et est arrivée de Londres par la côte est de de l'Afrique. Il est inutile d'ajouter que les toitures de

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toutes les maisons de Salishiiry sont eu tùle plate, et cela fait un singulier effet de neige, la nuit au clair de lune. C'est un voyage que de courir d'un quartier à l'aulrc, et le vent, qui est constant, soulève de partout où riierbe a disparu pour le passage des rues futures des tourbillons de poussière.

Il faut signaler enfin, à une autre extrémité de la ville, les casernes du régiment de volontaires de Salisbury, le Rhodesia Horse, qui possède plusieurs canons Maxim.

Quand nous avons rempli tous les devoirs que nous imposent nos lettres de recommandation, nous nous mettons en quête des relations qui peuvent nous être agréables. En première ligue, il y a les Jésuites, chez qui nous retrouverons plusieurs compatriotes, et il n'est pas indifférent de pouvoir causer en français en plein Maslionalaud. Les Pères ont une ferme à dix ou douze milles de Salisbury, et une habitation à trois quarts d'heure de la ville, en plein milieu des bois Cette maison est en briques rouges avec un toit de cliaumc, ce qui vaut mieux que les toits en tùle. Pour la rapidité de leur service, ils possèdent uu cheval et une bicyclette montée par uu frère lai : leur cha|)elle est voisine de l'hôpital. Ce sont de bons moments que Ton passe dans l'isolement de leur habitation si bien retirée.

Le pays est, me disent-ils, beaucoup plus beau et plus riche que ne semble l'indiquer le parcours que

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l'on fait en voiture d'L mlali à Salisbury, car ou suit la crête du plateau central, qui c^t la séparation des eaux du Zambèze de celles des rivières Pungwe, Sabi, etc. Des deux côtés de ce plalcuu, la végétation est belle et le pays susceptible de produire, mais nous avons le temps de le visiter.

Pour visiter le pays, il faut maintenant en cberchcr les moyens ; il n'y en a qu'un seul, c'est d'acbeter un uagon ou cbariot boër avec cinq ou six paires de bœufs, de louer des cochers noirs et un guide, d'embarquer des provisions et tout le matériel nécessaire pour un séjour de plusieurs semaines, et de partir dans l'inconnu. Tout cela se rencontre à Salisbury; nous sommes bientôt pourvus abondamment et tout à fait prêts pour le métier d'explorateurs. Nous visiterons d'abord le district minier d'Hartley Hills.

Hartley Hills. — Xoiis avons mené dans ce district la véritable vie des Boërs nomades sous la tente de leur wagon. Ou s'y porte admirablement : le matin seulement, le froid est assez vif, et on le sent vous réveiller, il n'y a pas plus de six à huit degrés centigrades. Comme le soir on ne peut se couvrir beaucoup, il faut ajouter une couverture vers trois heures du matin. Le uagon boër est un grand véhicule porté sur quatre grandes roues et d'une solidité à l'épreuve. Il est dépourvu de ressorts, long de cinq a six mètres et entièrement recouvert d'une double toile vernie imper-

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méablc portée sur des arceaux en bois et percée de deux fenêtres étroites; l'avant et l'arrière se ferment au moyen de toiles suspendues. Uiicaulrc loile, (|ui se suspend autour de la caisse de la voilure, foinie sur le sol un abri pour nos hommes.

L'attelage consiste en une longue chaîne de fer à laquelle s'adaptent cinq paires de jougs en bois pour les cinq paires de bœufs. Le joug porte sur l'os de l'épaule de chaque bœuf, et non sur le front et les cornes; il est fl\é par des chevilles et une corde : on le voit, c'est aussi simple que possible; la direction est donnée par le long fouet en peau d'hippopotame.

Nous couchons en général dans notre wagon; il y a à l'arrière un grand lit suspendu eu toile tenant toute la largeur du chariot sur deux mètres de longueur, et à l'avant un lit de camp qu'on replie pendant le jour. On part le matin vers trois à quatre heures, après avoir pris une tasse de thé. 11 est impossible de rester couché, tant le chariot est secoué; les routes ne sont pas comme celles de France.

Il faut voyager beaucoup le matin et le soir, les bœufs ne peuvent supporter sans des fatigues excessives la grosse chaleur de midi à quatre heures. On fait ainsi trois étapes par jour; de trois heures et demie à sept heures, de neuf heures à midi, et le soir de quatre à sept ou huit heures; on arrive ainsi à faire seize à dix-huit milles par jour. Ou fait aussi trois repas :

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