‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 24 sur 63 · LES VALLEES DE MAZOE AU M A SIIOX A LAND . 'O · texte numérisé non relu

LES VALLEES DE MAZOE AU M A SIIOX A LAND . 'O

que chez dous, on en preatl l'iiabitiide. Nous savons mieux choisir nos boîtes de conserves, et surtout mieux les utiliser : ce sont de véritables ragoûts que nous obtenons dans la marmite en y précipitant dans l'eau bouillante différentes espèces de conserves assorties : quelques-uns cependant, qui sont de notre invention, sont moins réussis. Mais une chose qui est toujours excellente, c'est le riz, et le riz mashona est vraiment fin et délicat. Le thé est notre seule boisson, le vin est très rare, et d'ailleurs il serait échaufilmt dans ce climat et avec la vie active que nous menons. Luc lasse de tlié avec du lait concentré forme la boisson la plus agréable et la plus vivifiante que j'aie connue au Mashonaland. Mous avons joui de la plus parfaite santé tout le temps de notre séjour, et nous le devons bien ci notre régime en même temps qu'à l'activité que nous avons déployée : il fait cependant beaucoup plus cluuid qu'à Salisbury, dans ces régions plus basses de iUazoé ou de Lo Mogundis, comme dans celles de l'inifiili inférieur.

Nous passons notre première nuit au pied du cliàteau de P... Ce château, ou plutôt les huttes dont il se compose, offre vraiment un certain confort, supérieur même aux baraques en tôle ou en briques de Salisbury, et il est situé au centre d'une ferme très considérable. Il y a 350 bœufs et vaches, je ne sais combien de moutons et de porcs, de chèvres, etc., etc., et enfin

80 RIIODliSIE ET TKAXSVAAL.

vingt-quatre chiens de chasse et de garde et deux petits singes. La laiterie est étonnante de propreté; on y fait un beurre exquis (jui sérail primé en Angleterre.

Quant à l'hahilatiou, elle est encore bien primitive, quand on la voit do près : elle est formée de trois huiles en bois couvertes eu chaume, accolées sur le sommet de la colline, à coté des bois, et devant une cour que terminent les communs sur deux autres cùlcs : laiterie, élables, etc. L'une de ces huttes est la cuisine, celle de l'autre extrémité, la chambre à coucher; au milieu, le salon, salle à manger et un vestibule. Ce petit salon a l'air de quelque chose : une grande draperie à ramages s'élève en pointe jusqu'au sommet du cùue qui forme le plafond de la hutte circulaire, et cela ressemble à une tente arabe : une grande table, un divan et des chaises cannées avec des tapis en peau de panthère, de singe et de chat sauvage; aux piliers qui supportent le toit, des cornes d'antilope et de rhinocéros; tout cela est largement éclairé tout le tour à hauteur d'appui par de grandes ouvertures sur la campagne et les arbres à perte de vue, au pied de la colline : au loin, ce sont les belles croupes bleues du mont Hampden.

Après dîner, le soir, les grandes baies du salon se ferment au moyeu de toiles suspendues, et nous allons passer la nuit dans notre wagon.

Le mont Hampden. — Nous parcourons le iende-

LES VALLEES DE M A ZOE AU M ASHO .\ A L A \" n. SI

main la plaine longue de dix milles qui aboutit au mont Hampdeu : l'effet que faisait de loin celte montagne diminue rapidement avec la distance. Il ne domiue pas laplaiuede plus de 150 mètres, ses pentes sont boisées; j'aiais envie de le gravir, mais on me dit que c'est un repaire de lions, et de fait ceux-ci viennent de temps à autre enlever un bœuf ou un mouton chez M. de P... La rivière, le Gwibi, qui passe au pied des pentes, n'offre qu'un peu d'eau stagnaote. Désormais nous ne voyagerons plus de jour, la chaleur fatigue trop les bœufs à mesure que nous descendons du haut plateau : nous ne ferons que deux étapes, de grand matin et le soir.

En descendant vers le Mazoé, les forêts commencent, le sol se couvre de fleurs, ou voit au loin des montagnes et des vallées. Une fleur étonnante surgit d'un oignon à fleur de terre : sur une forte tige s'épanouissent en formant une demi-sphère des centaines de tiges très fines, longues de dix centimètres et terminées chacune par une petite fleur violette ou rose avec deux longs pistils. C'est un bouquet parfait; ou ne voit plus qu'une fleur formée de centaines d'autres.

Le Tattigoi'ci river. — Aux premières montagues, c'est l'ancien camp de la misère^ où M. de P... avec les pionniers a passé quatre mois de pluies ; tous ont eu les fièvres, et plusieurs sont morts depuis. Près de là coule l'eau fraîche et limpide du Tattigora, affluent du

S2 RHODESIE ET TRAXSVAAL.

.\Iazoe; nous y passons une nuit, près truiic de ces fourmilières hautes de trois à quatre mètres si fréquentes au Mashonaland. Derrière ce même tas de fourmis, M. de P... fut désagréablement surpris, un soir, par un lion qui poussa tout à coup un rugissement assourdissant. Panique épouvantable, fuite dans le wagon, et le lion s'enfuit, effrayé lui aussi sans doute a la vue du foyer et des hommes qu'il ne croyait pas si près.

L'eau du Tattigora est glacée au matin; c'est une joie de s'y baiguer. Les jolies collines boisées se succèdent. Nous dînons à l'ombre du niarotila, arbre dont le bois est si dur qu'il ébrèche les scies, et dont le fruit à noyau est très goûté des éléphants. Nous entendous pour la première fois le honeyhird, oiseau à miel; il appelle l'homme pour le conduire aux nids d'abeilb-s et enlever le miel, dans le but évidemment intéressé de faire chasser les abeilles, mais on le suit volontiers en voyant son manège ; il vole en chantant d'un arbre à l'autre et regardant par derrière si on le suit ; il insiste en saccadant son chaut, s'il voit qu'on s'arrête.

Le Watacay. — La campagne est couverte d'orchidées, de glaïeuls, etc. : nous faisons des bouquets magnifiques. Les bords du Watacay sont fort pittoresques; il y a, en amont, une cascade de dix à douze mètres avec plusieurs bassins d'une eau transparente propice aux bains si frais au grand soleil. Dans les bois

Page 1