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d'alentour, les chevreuils abondent; plus bas, dans les pools, il y a des crocodiles. C'est là la ferme de Mazoé, appartenant à M. de P... ; il y a encore des restes de huttes et de jardins. Une nuit, Mme de P... y a tué elle-même uu lion qui devenait trop audacieux.
Certain soir, nous ne partons qu'à sept heures. La nuit est sans lune, et nous perdons le sentier de noirs que nous suivions, car depuis longtemps il n'y a plus de route; les hautes herbes s'inclinent sous l'avauttrain et sont broyées sous les roues du xiagon, les bœufs y disparaissent en entier, la lanterne fait uu curieux éclairage dans ces herbes et sous les voûtes d'arbres très espacés. IVos noirs reconnaissent où ils se sont égarés en se trouvant tout à coup au bord d'un très grand fourré impénétrable qu'ils savent être uu refuge des lions. \'Ous faisons un contour, et, vers onze heures du soir, nous retrouvons notre sentier; nos bœufs sont rendus Jiujourd'hui. Heureusement nous n'avons pas enlendu le plus lointain rugissement, grâce à un feu énorme de gros troncs d'arbres, un feu de château.
A un cours d'eau presque à sec, mais encaissé, nous avons, le lendemain matin, un nouveau retard; un des bœufs de tête s'embourbe, il faut le dételer, on songera à lui plus tard; en voulant passer plus bas, c'est le chariot à son tour qui s'embourbe; il faudra toute la journée pour nous sortir de là, et avoir recours au
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cric pour soulever le uagou, aux haches pour couper (lu bois et construire un passage dans la vase. Et il fait nu soleil de plomb, des nuages presque opaques de sauterelles l'ont seuls une ombre vague qui dure parfois plusieurs minutes.
Le Cormaputzie. — Plus loin, un autre soir, c'est la rivière Cormaputzie qu'il faut traverser; elle est très profondément encaissée, et les berges sont à peine entaillées, elles descendent à un angle inusité. Avec l'audace des boys africains, notre guide réussit la descente et le passage de l'eau plus vile que nous n'y pensions; mais à mi-chemin du lalus opposé, il est impossible d'aller plus haut. Il faut dételer les bœufs, qui seront moius fatigués et auront plus de force demain malin. Le wagon reste dans une position à demi renversée, et nous couchons à la belle étoile. Le ciel est superbe, le vent est frais; la nuit, les deux chiens de M. de P... qu'il a emmenés répondent à un loup qui hurle à faible distance; je distingue l'ombre d'une hyène, mais elle n'ose approcher. Je domine le sol sur mes couvertures, mais M. de P... s'est enfoui dans un sillon qui l'enferme comme dans une tombe. Mal lui en prend, car un de nos bœufs, en errant autour de nous, vient pres(|ue tomber sur lui. Le ciel est tout noir el criblé d'étoiles qui ressortent comme suspeudues en relief, mais l'horizon est plus clair et semble une vapeur (|ui sort de la brousse et des bois. Une pre-
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mière nuit de plein air, on ne Jort guère, il y a trop d'air; mais on en prend vite l'habitude, et, plus tard, on ne peut supporter de dormir dans une chambre : l'air manque, on dirait qu'on élouflfe.
L'eau du Cormaputzie est admirable de fraîcheur et de limpidité à l'aurore. Bientôt nous troui'ons une autre rivière un peu plus forte, le Wantzie, qui est aussi un affluent du Mazoé : les alluvions qui l'environnent sont aurifères, et les noirs les travaillent encore en ce moment. La région en amont, d'où viennent ces alluvions, est encore inexplorée, les indigènes n'aiment pas y conduire; c'est un de leurs refuges, et les prospecteurs ne croient pas qu'elle soit intéressante; les roches de l'entrée de ces vallées r.s sout que du granit, pourtant il faudrait peut-être les visiter.
Le IVataz Hill. — Nous passons au pied du Wataz Hill, colline de grauit en deux parties séparées par une selle où il y a une source. Les pentes sont comme polies par les érosions, et des blocs de granit s'en détachent. Les noirs cultivent ici des champs de maïs; ils ont un kraal sur le Wataz Hill.
Les forêts continuent toujours, les perdrix se lèvent sous nos pas, le gibier abonde, mais le pays est si intéressant, et aussi les histoires de M. deP... si captivantes, que nous sommes d'une rare maladresse pourchasser.
Au Saroui, jolie rivière dans un lit de roches entre des berges inclinées couvertes d'herbes vertes et de
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beaux arbres, nous passons une nuit charmante. Mais le passage de la rivière est difficile; nous décidons, pour éviter un accident, d'aller à pied voir d'anciennes mines au mont Mapondera, à une dizaine de milles, nous reviendrons ensuite à notre wagon.
Le mont Mapondera . — Au malin (il est nuit quand nous partons), nous faisons fuir un petit singe. A l'aurore, le mont Mapondera se dessine à l'horizon, dominant la plaine de deux cents mètres, mais il paraît bien plus haut de loin, car la plaine va en moulantconstammcnt. Sa forme est tourmentée ; il y a plusieurs pitons séparés par des cols. Les flancs sont de granit poli par les pluies : au pied s'amoncellent les blocs de granit. Quand nous allons y arriver, un coup de fusil tiré sur une pintade fait enfuir vers le sommet de la montagne trente ou quarante singes dont plusieurs sont des babouins presque aussi gros que des hommes. IJicnlôl il en sort de tous côtés, courant le long des pentes à travers les broussailles et les arbustes; nous leur envoyons, mais sans succès, quelques balles quand ils sortent des broussailles pour passer sur les granits. Tout près d'eux, il y a un kraal de noirs avec lesquels les singes vivent en bonne intelligence. Lorsque nous avons contourné le mont Mapondera, ils nous ont salués de cris qui avaient quelque chose d'humain, et ils nous jetaient des pierres.
Les anciennes fouilles au delà du Mapondera parais-
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sent bien avoir eu une certaine importance, mais aucun travail sérieux n'a encore été fait pour les découvrir; il y a des quantités de pierres polies ou crucihles au bord de la rivière le Luia ou Ruia,qui passe auprès des mines.
Les monts de. VUmwurkwe. — Du haut du mont Mapontlera on dislingue le mont Darwin, où l'on a récemment découvert des quartz aurifères, le mont IJarré et le mont Maparo, qui se détachent de la chaîne des montagnes de l'Umwurkwe. Au delà, c'est la plaine avec quelques autres élévations, comme le mont Gotha, où il y a encore, à Eurêka, d'anciennes mines d'or. Enfin commencent les grandes plaines duZambèze.
Mais je n'ai point été jusque-là : j'ai seulement traversé plus tard, avec un autre Français, la chaîne de rUmuurkwe pour aller du Watacay visiter une ancienne mine d'or dans le district du Lo ilIogundis,à Mandora, non loin de la mine Ayreshire, dont on parlait beaucoup en 1895 au Mashonaland. Le pays n'a rien de plus intéressant que celui que j'ai déjà décrit, mais il y a d'autres anciennes fouilles très importantes qu'on attribue également à des mines d'or; la plus importante s'appelle Mtopota, près du kraal de Sinoia. C'est un grand déblai entouré d'arbres et de broussailles qui le cachaient complètement, et qui a un diamètre de quatre-vingts à cent mètres. Il serait très intéressant d'y entreprendre des recherches, comme à .\Iapondera.
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Mais je reviens aux vallées des aflluenls du Mazoé, ' qui sont les plus pittoresques du Masbonaland. La chaîne de l'Umwurkwe, qui forme leurs cxlréniifés, est formée de roches éruptives; on peut y voir encore, enfouies dans les broussailles et les arbres, les traces (le plusieurs grands vides en forme de cratères dont l'orijine est éruptive.
Au moment où nous étions à Mapondcra, deux ingénieurs français visitant le district de Lo Mogundis avaient affaire de plus près que nous aux lions : au matin, deux de leurs mules en train de paître à quelque distance étaient attaquées, égorgées et à demi dévorées avant qu'ils s'en fussent aperçus. Les lions étaient déjà loin quand ils accoururent aux cris du nègre qui gardait les mules, et celles-ci avaient disparu épouvantées dans différentes directions; il fallut quatre jours pour les réunir. Le lion a un ;;oùt particulier pour la mule; on court moins de risques avec les bœufs, qui s'aventurent eu outre à de moindres distances, et cette nouvelle, qui nous arriva pendant notre séjour à Mazoé, nous rendit plus prudents encore pour suneiller nos noirs et nos bœufs. Que faire si les lions en dévorent plusieurs? Ils ne sont déjà pas trop nombreux pour tirer le chariot dans les passages difficiles, et il faudrait revenir à pied à Salisbury, avec des bagages pesants.
11 y a d'autres anciennes fouilles près de rEuuodzie,