‹ Rhodésie et TransvaalChapitre 9 sur 63 · DE L'ANGLETERRE A BEIRA PAR CAPE TOWIV · texte numérisé non relu

DE L'ANGLETERRE A BEIRA PAR CAPE TOWIV

mêmes ai'ons triomphé. La vapeur a transformé tout cela et changé le sort de bien des colonies. On ne peut revenir en arrière, et c'est presque dommage. Quelle sensation ce doit èlre de voyager sur un de ces grands voiliers qui glissent sans bruit sur les flols, sous ces grandes voiles pendantes là-haut comme des ailes de grands oiseaux !

A bord, Ton entend les conversations les plus étranges. Ces aventuriers qui voyagent ne paraissent pas toujours avoir grande délicatesse, ni grande élévation d'idées; ils traitent avec le plus grand sérieux des choses absurdrs. Il n'y a pas chez certains d'entre eux ombre de sens philosophique et même moral. S'il faut un certain courage pour s'expatrier au loin, il est des gens pour lesquels c'est devenu une nécessité par leur propre faute, et cela ne les rend pas supérieurs aux gens qui restent dans leur pays, ni ne leur donne le droit de les mépriser. Je ne crois pas que le premier venu verra s'élargir ses idées, parce qu'il ira chercher des aventures en Afrique ou ailleurs. Les voyages ne donnent pas d'idées à ceux qui ne sont pas capables d'en avoir. Par contre nous avons aussi des compagnons de route très intéressants, et j'aurai l'occasion d'en rencontrer d'autres auCharterland et plus tard au Transvaal.

Lorcnço-Marquez. — A Lorenço-Marquez, ou Delagoa-Bay, on se croirait en pleine colonie française.

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OU u'enteDcl parler que le frauçais. Ce port se développe tous les jours depuis rachèvemcnl (mai 1895) du chemin de fer qui le relie à Pretoria et à Johannesburg. La rade naturtîllcost immeuse; c'est la plus belle de toute l'Afrique du Sud, mais le service du port est absolument insuffisant, de même que celui des chemins de fer. L'encombrement est colossal, il n'y a pas de wharfs. Les Portugais, qui possèdent ce beau port, sont jusqu'à présent tout à fait au-dessous de leur tâche, et les pertes d'argeut qu'ils font par leur lenteur sont incalculables. Tout un côté de la rade est occupé par des marais, et il importe d'assainir cetle côte; jusquelà Lorenço-Marquez gardera sa réputation méritée d'être insalubre. C'est à peine si l'on a tracé des rues pour construire les nouveaux quartiers à bâtir. Et cependant le sol est formé d'une terre rouge très meuble dans laquelle on avance avec peine; il faut également y construire des routes. Il est vrai que les pauvres Portugais sont en guerres presque continuelles avec les chefs nègres de l'intérieur, et les Anglais, qui convoitent ]\Iozambique, ne se font pas toujours faute de susciter des querelles dont leur habileté saurait profiter.

Pour l'inauguration de la ligne de Pretoria, qui veuaitd'avoir lieu, il y a encore dans la rade trois croiseurs portugais, un allemand, et un cuirassé à tourelles hollandais, la Reine IVillielminc : ce dernier a

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donné un grand l)al à tous les colons français et portugais et aux Boers venus du Transvaal. Ceux-ci sont venus par centaines; le gouvernement boer leur a offert gratuitement un voyage à la côte, pour leur faire admirer Lorenço-Marqucz et comprendre l'importance de ce port. C'est la première occasion que j'ai de prendre contact avec les Boers, ces gens de haute taille, à la barbe fleurie, dont les aventures au Transvaal, les Vacances des jeunes Boers, ont tant recréé notre jeunesse. Mais ils sont encore fort en retard dans leurs connaissances. Ceux-ci viennent tous les matins voir à l'aurore le soleil sortir de la mer, comme ils le croient à la lettre.

Le bateau allemand V Admirai, qui fait le service de la côte est de l'Afrique nous transporte de Lorenço- Marquez à Beïra. La côte est basse, mais très boisée : on sent déjà la végétation des tropiques; sans la brise de la mer, il ferait chaud, car le temps est superbe. Notre bateau, qui a déchargé toute sa cargaison, se trouve en équilibre tout à fait instable sur la mer, et ses oscillations contrastent avec la stabilité du Nortu an.

Avant de voir Beïra, on distingue au loin quelques dômes blancs qui appartiennent à l'ancienne Sofala.Ce port a dû d'être abandonné, parce qu'il s'ensablait, et tout le commerce qui s'y faisait avec l'intérieur s'est transporté soit à Chiluane, soit à Beïra. Il y a unp

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légende qui fail de Sofala rancicn norl de la reine de Saba, celui où les bâtiments du roi Salomon venaient chercher l'or et l'ivoire pour le temple de Jérusalem.

Notre longue traversée, qui dure depuis plus d'un mois, va bientôt prendre fm, et quand nous allons mettre pied à terre, ce sera pour longtemps. lUais avant d'être eu rade de lîcïra, il faut décrire un immense arc de cercle, de façon que le bateau reste dans le chenal creusé par la rivière Pungvie au milieu des sables de la mer pendant plusieurs milles. Ce chenal est marqué par des bouées qu'il faut déplacer tous les ans, car le lit de la Puogwe change de place : Bcïra, avant d'être devant nous, est d'abord figurée par une ligne d'arbres dont les sommets seuls émergent de l'eau derrière nous. Celte cùte est très basse, toute couverte de brousse et de grands arbres.

liientôl des toitures en tôle ondulée commencent à émerger derrière des cargo-boals ancrés dans la baie. C'est lieïra, la première ville dont nous sommes destinés à admirer l'architecture de tôle ondulée. Encore un relard, Y Admirai s'est ensablé; malgré les efforts de l'hélice, (jui tourne à toute vitesse, il ne remue pas plus qu'une bouée. Au bout d'un arrêt qui paraît long, nous finissons par sortir d'embarras et par rentrer dans le lit de la Pungxve.

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