DE L'ANGLETERRE A BEIRA PAR CAPE-TOW
fuit en grinçant et gémissant sous les deux hélices. Ce château tranièrc est un vrai spectacle, on y est abrité (la veut et à Taise pour en jouir.
Le jour baisse, Vénus brille très haut dans le ciel. La côte d'Afrique est une suite de montagnes rocheuses hautes de 1,000 mètres et plus, dentelées, surmontant une berge de terre étroite, ou plongeant directement dans la mer. C'est la prolongation de la Table, et cette longue barrière paraît infranchissable. Je m'amuse à chercher avec une lorgnette les passages possibles entre ces rocs poiîitus, par des ravins arides. Il y en a quelques-uns, mais fort peu. Là-haut, de ces plateaux étroits au delà des pointes, on aurait une vue splendide sur la mer; mais personne ne songe à les visiter, sans doute, balayés qu'ils sont sans cesse par les nuages et les vents. Il ne se passe guère de jour qu'ils ne soient ensevelis dans les nuages.
Une route étroite longe la côte, elle devient ensuite un sentier dans les rochers. Il n'y a pas d'habitations, mais des récifs nombreux, et des bancs de sable parfois remontant les berges. Au sud, des bandes de nuages sortent de la mer à l'horizon et affectent des formes tourmentées de montagnes très hautes et très lointaines; on aurait la nostalgie d'aller là-bas, vers ce pôle Sud.
Le Cap des Tenipctes. — Il fait très frais, je vais mettre un manteau. Cet arrière du Norman qui oscille
de droite et de gauche en s'inclinant vers les abîmes creusés par les vagues, me rappelle certaine <ji;:vi:!C du vaisseau de Tristan et Yseult dans la tempête; et les hniits des vents, ces bruits sourds contre les roofs et sifflant dans les cordages, font une symphonie étrange avec les mugissements des vagues et des eaux qui fuient derrière nous. La nuit est tombée tout a fait ; il n'y a aucune lune, mais les seules étoiles, pour rendre plus saisissants encore les bruits et les sons innombrables de la magnifique symphonie des vents et de la mer.
Après le dîner, je demeure longtemps sur le pont. Nous voyons filer plusieurs phares à éclipses. Le dernier qui passe est très haut sur une crête plus noire que l'horizon tout noir. C'est le véritable cap de Bonne-Espérance, autrefois le cap des Tempêtes : son éclat passe par gradation jusqu'à devenir éblouissant, puis il baisse jusqu'à devenir un point à peine visible, et celte révolution se renouvelle chaque minute. Le fameux cap est franchi, et maintenant il semble se produire une légère accalmie. Bonne espérance pour notre voyage, est-ce là ce que cela veut dire? Ce passage des dernières hautes cimes de l'Afrique du Sud demeurera un souvenir inoubliable.
Ce n'est qu'après minuit ([ue nous passons la pointe extrême de l'Afrique australe, le cap des Aiguilles. Ce sont toujours des montagnes, mais beaucoup moius
ROCIIEllS GRAMTIQLES : COL DK MAUGWE (RHOUESIE)
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hautes, et nous en longeons do nouvelles dans la matinée suivante, cette fois à Test de l'Afrique.
La mer est maintenant presque calmée, et nous sommes bien tranquilles sur le pont devenu solitaire du NormaUj car les passagers sont très peu nombreux. Je n'avais pas joui de la mer jusqu'à cette soirée d'hier; elle avait été trop calme, et hier encore ce n'était point assez, j'aurais désiré voir une violente tempête, ce doit être extraordinaire.
Le mauvais temps recommence et nous empêche de débarquer à Port-Elisabeth. La ville, qui longe la baie d'Algoa-Bay, parait toute neuve. Depuis la consli'uction des chemins de fer de Grahamstoun et de Graaf-Reinet, une quantité de propriétés ont été achetées sur cette cùte de la colonie du Cap, qui est toute verte et paraît très fertile, en même temps que le climat très tempéré en est excellent. C'est une preuve de plus que les poris et les voies ferrées sont le plus sûr moyen de colonisation.
East-London. — Xous avons été retardés trois jours à East-Londou ; la mer était mauvaise, et il était impossible de transborder les cargaisons. Là nous avons quitté le Norman pour prendre un autre bateau de la même Compagnie, le Troj'an; il arrive à peine à la moitié du tonnage du Norman, mais c'est un joli bateau de type plutôt français, avec le pont d'arrière entièrement découvert, ce qui offre beaucoup d'espace
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et d'agrément. S'il y a moins de luxe que sur le Norman ^ la pension est bien meilleure et l'on jouit de la vue de moutons vivants. Ces pauvres bêtes étaient pourtant bien malades pendant la traversée agitée que nous avons eue jusqu'à Natal.
Durban. — Durban, ou Port-Natal, est la perle de l'Afrique du Sud, avec sa ricbe campagne, ses collines couvertes de forêts et de villas, ses plages pour les bains de mer et son admirable climat; on l'appelle déjà, depuis que la voie ferrée est achevée, le BrùjJiton de Johannesburg. Le jardin botanique est fort curieux ; mais que cette végétation, tonte luxuriante qu'elle soit, avec ses énormes feuilles, sa régularité monotone, sa symétrie, est loin des délicatesses de nos feuillages (lu Xord ! Tout cela est plus monstrueux que beau, et je lui préfère un coin perdu de nos montagnes de la Savoie ou des Pyrénées.
Nous n'avons pas le temps de séjourner à Durban, et nous repartons pour Delagoa-Bay. Hier nous longions le Zoulouland. Vu de cette distance et vers le soir, il me faisait l'efiet des collines du Jura. Je complais quatreou cinq rangs de collines étagées et boisées. Nous avons croisé un superbe voilier portant dixhuit voiles aussi blanches que la neige, et peint luimême tout en blanc ; c'était un resplendissement sur le bleu de l'Océan. C'était là la vraie navigation autrefois, celle où les Portugais, les Hollandais et nous-