PRETORIA ET LES BOERS
une gorge resserrée et rocailleuse, et Ton débouche dans le vaste amphithéâtre de Pretoria, d'où surgissent de tous côtés les bois d'eucalyptus et de saules pleureurs.
Il y a UQ beau monument à Pretoria : c'est le Parlement. Le reste fait Teffet d'une ville de province, sauf que les artères sont beaucoup plus larges et les maisons moins hautes, bâties en briques et couvertes en tôle ondulée, comme à Johannesburg.
Je suis allé à plusieurs reprises à Pretoria. Il s'y est passé celte année un événement très intéressant : c'est le procès des membres du Comité de réformes de Johannesburg, du gouvernement provisoire. On sait ce qui arriva : les soixante-deux accusés reconnurent être coupables des faits qu'on leur reprochait, c'est-àdire de haute trahison et de lèse-majesté. Cette attitude leur avait été conseillée pour éviter la publication de documents trop compromettants. Ils n'en furent pas moins condamnés, les quatre leaders à la peine de mort, et les autres à des peines variant de trois mois à plusieurs années de prison. La séance des condamnations fut vraiment sérieuse. On voyait circuler des gens chamarrés de chaînes de montre et de toutes sortes de bijoux et les poches toutes gonflées de portefeuilles. C'étaient les amis intimes des condamnés, à qui ceux-ci avaient conGé ce qu'ils avaient de plus précieux, parce qu'on les avait prévenus qu'ils en seraient dépouillés en prison. Jusque-là ils avaient
no RHODESIE ET TRANSVAAL.
joui d*une grande liberté ; ils pouvaient venir même à Johannesburg de temps à autre. Des condamnés de confiance, pourrait-on dire.
Pour prononcer la sentence de mort, le juge s*approcha successivement des quatre leaders : L. Philips, colonel Rhodes, J. Hanimond et G. Farrar, et leur dit à chacun cette phrase : ^ Vous, un tel, pour tel et tel motif, vous êtes condamné à être pendu par le cou jusqu*àce que vous soyez mort. Que Dieu ait pitié de votre âme ! n
Pour des gens qui jusque-là circulaient presque librement et se doutaient à peine qu*ils étaient des prisonniers, la surprise était rude ; aussi tout le monde le prit au sérieux; dans Fimmense salle des ventes utilisée pour la circonstance à cause de la foule des soixante-deux accusés et de leurs nombreux amis, il y eut des dames qui pleurèrent et des hommes qui devinrent furieux. B. Barnato jura qu'il allait vendre toutes ses mines, et télégraphia de renvoyer tous ses employés. On Tarrêta à temps : les mines du Transvaal ne coururent jamais de plus grand danger; la valeur de celles de Barnato n'en fut cependant pas augmentée pour y avoir échappé.
Quelques jours après arrivait la commutation des peines. La peine de mort était supprimée. Pour des condamnés à mort, le changement était brusque : ce Pourvu, disions-nous, qu'ils n'en meurent pas de